‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 195 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Evangiles; et, trouvant l'occasion d'en parler à M. Vialaïf, , évêque de Châlons-sur-Marne, ils le firent avec tant d'éloges, que ce prélat, renommé par sa sagesse et ses vertus, voulut en prendre connaissance. Après avoir lu et examiné ce livre avec soin , il Tapprouva par un mandement du 5 septembre 1671, et en recommanda la lecture aux. ecclésiastiques et aux fidèles de son diocèse. Dans l'intervalle, Quesnel, qui s'était jeté ouvertement dans le parti des jansénistes , fut exilé à Bruxelles avec le P. Abel de Sainte-Marthe, générai de l'Oratoire, ami et partisan d'Arnauld. Là il mit la dernière main à son livre et en revit la première partie, imprimée en 1671, y glissa le poison de l'hérésie jansénienne, pour la mettre en rapport avec son nouveau travail, et l'ouvrage, ainsi refait à neuf, fut présenté , en 1694 , à M. de Noailles , qui avait succédé à M. Vialart sur le siège de Châlons-sur-Marne. Ce prélat, informé que ce livre, approuvé par son prédécesseur, avait cours dans son diocèse et y était goûté, donna, sans plus ample examen, son autorisation pour l'édition nouvelle. La même année, M. de Noailles fut transféré sur le siège métropolitain de Paris. Il y déploya le plus grand zèle contre les jansénistes, condamna, en 1 69 6 , un livre de l'abbé Barcos, neveu de Duvergier de Hauranne, intitulé Exposition de la foi de l'Eglise touchant la grâce et la prédestination, qui contenait toute la doctrine de Port-Royal ; et en 1703, publia contre le Cas de conscience l'ordonnance dont nous avons parlé.

Dès lors Quesnel prit à partie l'archevêque de Paris. Il n'avait pu s'empêcher de verser des larmes en voyant, dans sa retraite de Bruxelles, le Cas de conscience dont la secte avait tant espéré, renversé tout à coup par un soulèvement général des catholiques. Bientôt ses larmes se convertirent en un torrent de fiel qui ne ménagea personne. Il écrivit au cardinal de Noailles* une lettre dans laquelle il accusait le prélat d'avoir porté une funeste atteinte à la paix de l'Eglise, ot reprochait aux quarante docteurs qui avaient rétracté leur première consultation, d'avoir donné le « scandale d'une soumission lâche, forcée, contraire aux lumières » de leur conscience et à celles de la vérité. » Cette lettre fut bientôt suivie d'une autre pièce du même genre, intitulée : Lettre d'un évêque à un cvêaue. Quesnel y parlait encore dans le même

394 clément xi (1700-1721).

sens, mais cette fois avec une insolence plus schismatiqne et uiw inconvenance inqualifiable. Clément XI ne tarda pas à flétrir la décision du Cas de conscience, et à opposer son jugement solennel aux efforts audacieux du sectaire. C'est ce qu'il fit par deux brefsr adressés l'un au roi, l'autre à l'archevêque de Paris. Ces deux brefs furent le signal, de la part des jansénistes , d'un redoublement d'injures, Quelques écrivains de ce parti ne rougirent pas d'écrire que le bref au toi « marquait une âme de tigre. » Le Pape se résolut à promulguor plus explicitement encore sa décision, et d'une manière plus irréfragable. Il voulut déterminer avec autant de précision que d'autorité, jusqu'où les vrais catholiques doivent porter l'obéissance aux constitutions pontificales reçues de toute l'Eglise.

25. Tel est le but le la fameuse bulle Vineam Domini Sabaoth. Après avoir rappelé les décrets d'Innocent X et d'Alexandre VIII sur la même matière. Clément XI y déplore l'opiniâtreté de ces sectaires hypocrites qui , peu contents de ne point acquiescer à la vérité, cherchent pour l'éluder tous les fauxfuyants imaginables. Ils ne rougissent point , dit-il , d'employer, pour la défense de leurs erreurs, les décrets mêmes portés contre elles par le Saint-Siège apostolique. Telle a été spécialement leur conduite pour la lettre de Clément IX, en forme de bref, aux quatre évêques réfractaires de France, et pour les deux lettre» d'Innocent XII aux évêques des Pays-Bas ; comme si Clément IX,. qui déclarait, dans ce bref, exiger des quatre prélats une obéissance absolue et véritable, et voulait qu'ils souscrivissent sineèrement au Formulaire d'Alexandre VII, avait réellement admis dans cette affaire une exception quelconque, lui qui protestait qu'il n'entendait jamais en recevoir aucune; <^mme si Innocent XII, en déclarant formellement que les «MM) pro'^msitions extraites du livre de Jansénius , ont été condamnées dans le sens naturel qu'elles présentent au lecteur, avait voulu parler non du sens qu'elles forment dans le livre, ou que Jansénius a exprimé, mais de quelque autre sens différent ; comme si ce Pontife eût voulu tempérer, restreindre ou changer en quelque chose les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, dans le bref même OÙ il déclarait, en termes formols, qu'elles avaient été et queiias

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