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27. Cette mesure ne produisit pas l'effet qu'on devait en attendre. Les jansénistes continuèrent à défendre l'ouvrage de Quesnel et le Problème ecclésiastique. Louis XIV, las de voir la France déchirée par des discussions sans fin, demanda au Pape une constitution assez nettement formulée pour terminer tous les débats. Jamais aucune hérésie ne s'était ainsi jouée des foudres de l'Eglise , n'avait éludé avec plus de mauvaise foi les anathèmes des Pontifes, Depuis un demi-siècle , la France et les Pays-Bas étaient une arène religieuse où les jansénistes livraient leurs opiniâtres combats. Clément XI sentait aussi vivement que Louis XIV la nécessité de rétablir la paix. Le zèle ne lui avait pas manqué jusque-là pour l'accomplissement de ses devoirs de Pontife. Il avait eu la douleur de voir tous ses efforts échouer contre l'hypocrisie de la secte ; mais il était de ces natures héroïques que les revers ne découragent jamais. Une congrégation de cardinaux, nommée par lui, s'occupa avec activité d'un examen plus approfondi du livre Jes Réflexions morales. Cent une propositions furent extraites de net ouvrage et soumises, avec diverses qualifications, à la censure pontificale. Clément XI ordonna ensuite des prières publiques dans toutes les églises de Rome pour implorer les lumières de l' Esprit-Saint. Enfin, le 8 septembre 171 3? la célèbre constitution Unigenitus Dei Filiushxt promulguée. L'ouvrage du père Quesnel y est condamné comme contenant cent une propositions respectivement fausses , captieuses , mal sonnantes , suspectes d'hérésies , erronées , hérétiques enfin , et renouvelan diverses erreurs , principalement celles qui sont contenues dans les fameuses propositions de Jansénius. Il est défendu à tous les fidèles de soutenir et d'enseigner lesdites propositions , ou d'en parler dans un autre sens qu'il n'est porté dans cette constitution. « D'ailleurs, ajoute le Pape, par la condamnation expresse et par- » ticulière des cent une propositions, nous ne prétendons nulle- » ment approuver ce qui est contenu dans le reste du livre. Dans » le cours de l'examen que nous en avons fait, nous y avons en- * core remarqué plusieurs autres propositions qui ont beaucoup
français, avec des réflexions morales sur chaque verset, ou Abrégé de la morale it V Evangile, des Actes des Apôtres, des Epîtres de saint Paul, par te F. Pasûuier Quesnel , prêtre de l'Oratoire.
398 clément xi (1700-1721).
r> de rapport et d'affinité avec celles que nous venons de condam*
* ner, et qui sont remplies des mêmes erreurs. De plus, nous y » en avons trouvé beaucoup d'autres qui sont propres à fomenter è la désobéissance et la rébellion contre les puissances, soit ecclé-
* siastiques, soit civiles. Enfin, ce qui est plus intolérable encore, » nous y avons yu le texte du Nouveau-Testament altéré d'une » manière souverainement condamnable , et conforme , en beau- » coup d'endroits, à la traduction française de Mous , condamnée » depuis longtemps. On a porté la mauvaise foi jusqu'à détourner » le sens naturel du texte, pour y substituer un sens étranger et » dangereux. A ces .causes , en vertu de l'autorité apostolique , » nous détendons et condamnons le livre des Réflexions morales, » sous quelque titre que ce soit et en quelque langue qu'il ait été » ou soit jamais imprimé ; en quelque édition et en quelque ver- » sion qu'il ait paru ou puisse paraître, comme étant éminemment » propre à séduire les fidèles par la fausse image d'une instruction » remplie de piété. Nous condamnons de même tous les autres » livres ou libelles, manuscrits ou imprimés, ou ce qu'à Dieu ne » plaise, qui s'imprimeraient dans la suite pour la défense de ce » livre. Nous interdisons à tout fidèle de les lire, de les copier, de
* les retenir, d'en faire usage, sous peine d'excommunication en- » courue ipso facto. »
28. Au premier bruit d'une bulle fulminée contre un livre auquel était attaché comme le destin du jansénisme , tout le parti fut dans la consternation. La constitution U?iigenitus , envoyée par Clément XI à Louis XIV, fut remise à l'assemblée du clergé. Quarante prélats la reconnurent ; sept seulement hésitèrent et se réunirent au cardinal de Noailles pour refuser d'y souscrire. Le cardinal, engagé dans le mauvais pas où l'avait placé le Problème ecclésiastique, crut qu'il était de son honneur de ne pas adhérer à la condamnation d'un livre qui avait paru avec son approbation. C'était une malencontreuse délicatesse ; mais , pour qui connaît le coeur humain et les subterfuges de l'amour-propre , une pareille conduite, quelque affligeante qu'elle soit , n'a rien de surprenant. Toutefois , plus de cent évêques publièrent la bulle Unigenitus dans toute l'étendue du royaume. Louis XIV annonça hautement sa ferme résolution de la soutenir , même par les voies