CHAPITRE III
» Cessez ces discours. Demandez pour moi à Dieu pardon de mes » péchés. » Dans les dernières années de sa vie, Bossuet avait conçu le projet de ramener, les protestants à la foi catholique. Il entretint a ce sujet une correspondance suivie avec le grand Leibnitz, le plus profond philosophe de l'Allemagne. On peut juger de l'estime que ce dernier professait pour le catholicisme, en lisant son ouvrage intitulé : Système théologique, dans lequel il admet presque tous !es articles de notre foi.
31. Le régent de France, Philippe d'Orléans, était un prince frivole, de mœurs plus que légères, qui donna le premier l'exemple de cette déplorable corruption, dans laquelle la noblesse se plongeait en riant, et qui devait conduire le royaume à sa ruine. L'homme qu'il mit à la tête de son administration, et dont, à la honte du clergé, il fit plus tard le cardinal Dubois, valait encore moins que son maître. Le régent ne suivit point, par rapport aux discussions jansénistes, la ligne de conduite tracée par Louis XI V. Il ne prit pas la peine de dissimuler que la bulle Unigenitus lui était personnellement désagréable. On rappela dès lors ceux qui avaient été exilés, sous le précédent règne, pour s'être montrés désobéissants aux décisions pontificales. La Sorbonne, qui avait d'abord accepté la constitution, commença à l'attaquer. Clément XI,indigné d'une telle mauvaise foi , suspendit les privilèges de cette institution, et défendit qu'on y conférât les degrés ecclésiastiques. La Sorbonne n'en persista pas moins dans ses résolutions hostiles, et, en 1717, elle se réunit aux appelants, et révoqua le décret par lequel, en 1715, elle avait prononcé l'exclusion du doctorat contre tous ceux de ses membres qui auraient, verbalement ou par écrit, attaqué labulle. Le 5 mars 1717, parut un écrit signé du cardinal de Noailles, des évêques de Mirepoix, de Montpellier, de Boulogne, de Seriez, et d'une foule d'ecclésiastiques dusecond ordre intitulé : Appel de labulle Unigenitus au Pape mieux informé, oubien au concile général. Pour appuyer leur protestation par des adhérents plus nombreux, ces prélats égarés ne rougirent pas d'offrir des sommes d'argent à tous ceux qui consentiraient à la souscrire. Cependant la saine partie de l'é-piscop&t français gémissait de ces désordres. Languet, d'abord évoque de Soisiv, 26
402 clément xi (1700—1721).
sons, puis archevêque de Sens, se distingua particulièrement par son zèle à défendre les droits méconnus du Siège apostolique. Le duc d'Orléans avait voulu du scandale ; il était servi au-delà de ses désirs. La tournure que prenait le débat commençait à l'inquiéter. Par un éditde 1717, il imposa silence aux deux partis; mais il est plusfacile de déchaîner les tempêtes que de les apaiser. L'édit du régent passa inaperçu. Cependant Clément XI avait condamné l'appel du cardinal de Noailles et des quatre évêques. Le 25 mars 1718, il écrivit de sa main une lettre italienne à l'archevêque de Paris, pour le conjurer de donner l'exemple de la soumission, et de rentrer dans la voie de l'obéissance. Cette démarche, d'uncaractère si tendre et si conciliant, fut encore inutile. Alors, le 27 août 1718, par la constitution Pastoralis, le souverain Pontife déclara qu'à l'avenir il ne reconnaîtrait plus comme fi's de l'Eglise ceux quirefuseraient d'obéir à la bulle Unigenitus, quand même ils seraient ornés de la dignité épiscopale ou cardinalice. Le régent et les évêques réfractaires, effrayés de l'imperturbable constance de Clément XI, proposèrent au Pape de recevoir labulle, si Sa Sainteté voulait yjoindre quelques explications. Mais le Pontife refusa cette condition, comme injurieuse au Siège apostolique. Quelques évêques de France, dans l'intention de faciliter la paix, essayèrent de présenter ces explications, et ils le firent en termes honorables pour le Saint-Siège. Mais Clément XI, touten louant leur zèle, refusa son consentement à leurmédiation. Il ne restait plus qu'à se soumettre. Un édit du duc d'Orléans (1718) ordonna que, dans toute la France, on reçût et exécutât fidèlement la bulle Unigemtus, défendant tout appel à un futur concile, et annulant ceux qui avaient pu être faits précédemment. Malgré tant de motifs de se désister d'une opposition déplorable, le cardinal de Noailles et les quatre évêques réfractaires ne se soumirent pas encore. Ils se contentèrent de garder ce qu'ils appelaient le silence respectueux. Le Pape aurait pu sévir, mais il ne voulutpoint « éteindre la mèche quifumait encore, » et l'histoire, quia louéla fermetédeClémentXI, aaussigardéla mémoire de sa miséricordieuse etinépuisable douceur. Il suffisait au Pontife que légalement l'observation de la bulle Unigenitus fût exigée en France ; le reste n'était plus qu'une affare de temps.