‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 200 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

32. Dès l'année 1715, Clément XI, par la bulle Ex ïllâ die, avait terminé une controverse fameuse, connue sous le nom de Question des rites chinois. Les premiers missionnaires de la Chine avaient été les Jésuites. Profondément versés dans les lettres et l'histoire de ce pays, leur attention avaient été naturellement attirée vers l'étude des cérémonies religieuses et civiles des Chinois. Le culte des ancêtres et les honneurs rendus àConfucius en faisaient les deux principales parties. Le peuple s'était tellement attaché à ces pratiques, qui s'étaient, en quelque sorte, fondues dans l'histoire et les mœurs de la nation, que les lui interdire semblait fermer à jamais tous les cœurs à la loi catholique dans le céleste Empire. Après un mûr examen, la plupart des Jésuites crurent pouvoir excuser les cérémonies chinoises de superstitions et d'idolâtrie. Le désir qu'ils avaient de faciliter la conversion des Chinois, principalement des lettrés, dont l'exemple pouvait entraîner le reste de la population, « leur charité et leur » zèle, dit M. Crétineau-Joiy, les égarèrent. » Ils présentèrent donc à la congrégation de la Propagande, la question sous le point de vue dont ils l'envisageaient eux-mêmes; et ils en reçurent, à diverses reprises, des solutions qui les autorisaient à permettre aux néophytes la pratique des cérémonies, telles qu'elles étaient exposées. Cependant des religieux dominicains étant venus à leur tour évangéliser la Chine, jugèrent la question différemment. Ils exposèrent leurs doutes au Saint-Siège. La difficulté grandit avec la passion que chaque parti mit à défendre son sentiment. Enfin, pour terminer des discussions regrettables, Clément XI déclara que les cérémonies chinoises seraient à l'avenir interdites à tous les nouveaux chrétiens du céleste Empire. Tel fut le sujet de la bulle Ex illâ die. « La suppression des » cérémonies chinoises, dit un écrivain moderne, fut ordonnée » avec beaucoup de sagesse. Le moindre sujet de douter si elles » étaient idolâtriques ; l'animosité que le partage des sentiments » augmentait chaque jour parmi les missionnaires; les qualifi- » cations de fauteurs de l'idolâtrie et d'adulateurs de rois ido- » lâtres ; les infidèles témoins de divisions scandaleuses, et le » Christianisme livré à leur dérision ; c'est là, sans contredit, le » plus grand dommage que l'Evangile pût souffrir; et, pour y

» mettre fin, il n'y avait point de considérations sur lesquelles i on ne dût passer. »

33. Un spectacle bien propre à fixer l'attention de l'historien se présentait alors en Angleterre. La nation avait été comme tranchée en deux parts, depuis le schisme de Henri VIII. L'Angleterre protestante persécute dès lors, sans repos ni trêve, l'Angleterre catholique. La tête de Marie Stuart, celle de Charles Ier, tombent sous les coups de l'anglicanisme. L'Angleterre pro',estante proscrit Jacques II et son fils ; elle exclut du trône quiconque professe l'antique religion des aïeux ; elle appelle à la couronne le calviniste hollandais Guillaume de Nassau, avec sa femme, Marie-Henriette, fille hérétique du roi catholique détrôné, puis une autre fille du même roi, la princesse Anne, avec son mari luthérien, Georges de Danemark (1702-1714) ; enfin un luthérien allemand, Georges de Hanovre (1714-1727), au préjudice de plus de cinqudiite princes qui avaient plus de droits au trône, mais qui professaient la religion de la vieille Angleterre, la religion des grands et des saints rois Edouard et Altred. Pour justifier son apostasie, du moins à ses propres yeux, l'Angleterre protestante s'attache, par la plume de ses écrivains, a flétrir, à calomnier l'Angleterre catholique, l'île des Saints. Tels sont le but et l'esprit des histoires de Burnet, de Rapin-Thoyras, de Hume, et de presque toutes les publications historiques faites en Angleterre. Cependant l'anglicanisme se fractionne en une infinité de sectes, qui se peuvent, quand à la forme gouvernementale, résumer en deux classes : les Episcopaux, reconnaissant une autorité épiscopale, et les Presbytér iens, n'en reconnaissant pas. LesEpiscopaux (anglicanisme officiel) ont conservé la hiérarchie des évêques, des prêtres et des diacres ; mais l'Eglise romaine regarde leurs ordinations comme entièrement nulles, pour deux raisons, l'une de fait, l'autre de droit : 1° Matthieu Parker, prétendu archevêque de Cantorbéry, et tige de tout l'épiscopat anglican, depuis 1559, n'a jamais été validement ordonné évêque ni même prêtre, puisque Barlow, son prétendu consécrateur, ne l'avait pas été lui-même. 2° La formule d'ordination, prescrite par le rituel d'Edouard VI, et suivant laquelle Parker a été ordonné évêque par un homme qui ne l'était pas, est nulle et insignifiante ;

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