‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 2 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ses injures tant d'applaudissements, ses querelles tant de soldats, son prosélytisme tant de néophytes, sa licence tant d'imitateurs. Du reste le Protestantisme, dès sa naissance, se divisa en fractions et en sectes : l'unité, qui fait la force, n'appartient qu'à la véritable Eglise. De nos jours, Luther ne reconnaîtrait rien à son œuvre, La perpétuelle mobilité de l'erreur, ses variations incessantes, peuvent satisfaire, un temps, l'inquiétude naturelle au cœur de l'homme. Mais elles ne fondent rien de solide, ni de durable. Là est le secret de la faiblesse intime du Protestantisme. Il se soutient comme moyen politique ; il est mort comme religion. Il tourne sur lui-même sans étendre ses conquêtes. Il a de l'or, des honneurs, des armées; il n'a plus la foi qui fait vivre; il n'a jamais eu, il n'aura jamais un François-Xavier, qui lui soumette de nouveaux empires et lui subjugue des cœurs. Les événements le favorisèrent à son début. L'imprimerie, récemment découverte , porta par milliers ses productions anticatholiques jusque dans les chaumières les plus isolées; l'invention de la poudre à canon, en changeant le système ancien de la guerre, lui fournit des armées; la renaissance des lettres au flambeau de l'antiquité païenne, répandit dans la société savante comme une atmosphère de liberté intime, d'indépendance individuelle, et, faut-il le dire? d'incrédulité générale, qui servit à sa propagation. Au milieu de ces nouveaux orages, l'Eglise, toujours grande, toujours glorieuse, toujours féconde, trouva dans le monde nouveau , ouvert à son zèle par le génie de Christophe Colomb, une moisson spirituelle qui la dédommagea des pertes qu'elle faisait en Europe. Des prodiges de sainteté, de fidélité et de dévoûment la consolèrent des scandales et des désordres de l'Allemagne et de l'Angleterre ; l'esprit de Dieu ne cessa point d'habiter en elle.

2. Au moment où Jules II laissait vacant le trône de saint Pierre, l'Europe catholique avait pour souverains, en France, Louis XII, dont nous avons raconté les tentatives de conquêtes sur l'Italie ; en Angleterre, Henri VIII, second prince de la maison de Tudor, qui devait attacher à son nom la triple honte de l'apostasie, de l'adultère et de la barbarie , mais dont la jeunesse, brillante et chevaleresque, ne laissait encore rien prévoir de ces

4 léon x (1513-152Î).

futures ignominies; en Allemagne, l'empereur Maximilien Iw, qui s'était montré l'allié fidèle du Saint-Siège, et qui devait bientôt laisser sa couronne à l'héroïque Charles-Quint ; en Espagne, Ferdinand-le-Catholique et Isabelle de Castille, qui achevaient leur glorieuse carrière et étonnaient le monde par le spectacle d'une prospérité sans nuages et de vertus égales à leur prospérité. Les royaumes du Nord prenaient encore peu de part aux affaires générales d'Europe. L'intérêt politique se concentrait en Italie, en France et en Angleterre. L'avènement ultérieur de Charles-Quint à l'empire, en réunissant dans la même main une puissance formidable, et deux mondes sous le même sceptre, devait bientôt faire entrer l'Europe et l'Allemagne dans une sphère nouvelle d'activité. François Ier, en se constituant le rival de Charles-Quint , allait inaugurer le système poursuivi er France jusqu'à Louis XIV, et qui consistait à combattre la prédominance excessive de l'empire. Le* germes de la guerre couvaient donc sous l'apparence de la paix, au moment où la mort de Jules II faisait succéder un intervalle de trêve aux luttes de son pontificat.

3. Le 4 mars 1513, les cardinaux s'étaient reunis en conclave dans la chapelle de Saint-André. Jean de Médicis, le plus jeune d'entre eux (il n'avait que trente-six ans), fut chargé de lecueillir les votes. Sa famille venait d'être rétablie à Florence, où elle signalait son pouvoir par des bienfaits 5ans nombre et la noble protection qu'elle savait accorder aux lettres et aux arts. Après sept jours de conclave, le 1 1 mars, l'illustre scrutateur lut son n©m sur la presque unanimité des bulletins. Il était Pape. Quand il eut relevé les suffrages , Jean de Médicis ne fit paraître aucune émotion. Les cardinaux s'approchèrent pour lui rendre leurs hommages; il les embrassa tendrement. Le jeune Pontife prit le nom de Léon X . Cette promotion excita dans tout l'univers catholique un véritable enthousiasme. Il semble que les contemporains aient eu alors comme un pressentiment des grandes ihoses qui devaient illustrer le nouveau pontificat. Léon X allait donner son nom à tout un siècle. On avait dit jusque-là le siècle de Périclès, le siècle d'Auguste; on dira bientôt le siècle d« Léon X, et plus tard le siècle de Louis XIV. Les grands hommes

Page 1