CHAPITRE PREMIER
31. Tetzel répondit à ce fatras d'injures par une vérytafol* thèse de théologie où il réfutait une à une toutes les erreurs du nouveau sectaire. Huit cents exemplaires de cette œuvre catholique, calme comme la vérité, simple dans la forme, pleine de raison, de jugement et de solidité, furent apportés à Wittemberg pour contrebalancer l'effet des sophismes insolents de Luther. Mais les écoliers, passionnés pour l'éloquence impie de leur docteur, se saisirent des feuilles fraîchement imprimées et annoncèrent dans les rues de la ville qu'on brûlerait en place publique les propositions de maître Tetzel, inquisiteur de la foi, bachelier en théologie et prêtre de Tordre de Saint-Dominique. La flamme en effet s'alluma sur la place de l'Université , et un écolier jetait les thèses au feu en criant: Vivat Luther! Pereat Tetzel! Ce» nouvelles, et les troubles qu'elles excitèrent dans toute l'Allemagne, traversèrent bientôt les Alpes et allèrent émouvoir la Papauté. Luther, pour prévenir le jugement de ce tribunal suprême, crut devoir adresser à Léon X une lettre où il protestait de son dévouement et de son obéissance filiale. « Très saint Père, » lui dit-il, me voici prosterné aux pieds de Votre Béatitude, » moi et tout ce que je suis , et tout ce que j'ai : vivifiez , tuez , » appelez , rappelez , approuvez , réprouvez ; votre voix , c'est la » voix du Christ qui repose en vous, qui parle par votre bouche. » Si j'ai mérité la mort, je suis prêt à mourir. » Le croirait-on? Léon X, dans la mansuétude de sa grande âme, fut trompé par ces témoignages hypocrites. Avant de prononcer la sentence, \1 voulut que le docteur saxon fût examiné sur les lieux mêmes. Le cararpal Cajétan, cet oracle de la science théologique en Italie, était alors légat Au Saint-Siège près de la Diète germanique. Léon X lui confia l'examen des nouvelles doctrines. « Si Luther » serepent, disait le Pape à son ambassadeur, pardonnez-lui; » s'il s'opiniâtre, il faut l'interdire. » Luther renouvela auprès de Cajétan les mêmes protestations qu'il avait déjà faites au Pape, mais sans plus de sincérité. Il se jeta aux genoux du nonce en lui jurant qu'il était prêt à désavouer les paroles qu'on lui repro chait, si on voulait lui montrer en quoi elles étaient repréhensibles. «Mon fils, lui dit Cajétan, mon intention n'est pas de » discuter. Je vous demande, par ordre de Sa Sainteté, que voua
et léon x (1513-1521).
» rétr^tic Vf>s erreurs. » Luther refusa et demanda qu'on lui signalât du moins les propositions condamnables qu'il avait enseignées. Cajétan en cita deux que le moine voulut défendre. L'entretien dura plus d'une heure ; maigre lui le cardinal discu» tait. Enfin, Luther demanda trois jours pour songer au parti qu'il avait à prendre ; le cardinal les lui accorda. Ce délai expiré , le moine demanda qu'il lui fût permis de se défendre par écrit. Cajétan y consentit , et le lendemain Luther apporta au nonce une thèse où il soutenait qu'en matière de foi le fidèle est supérieur au Pape, s'il a pour lui l'autorité et la raison. Le nonce essaya de ramener par des paroles conciliantes cet orgueil égaré ; Luther s'emporta. Cajétan lui prenant alors les deux mains : « Il
* pu est temps encore, lui dit-il, j'intercéderai pour vous auprès r> de Léon X, rétractez-vous. » Luther garda le silence , son obstination était inflexible. Un mois après paraissait la bulle pontificale où Léon X exposait la doctrine de l'Eglise touchant les indulgences , et condamnait les nouvelles erreurs sans même prononcer le nom de Luther. Le novateur, levant alors le masque, se livra contre le Pape à des emportements qui dépassaient toutes les bornes. « En vérité, écrivait-il, c'est à peine si je puis croire » que quelque chose de si monstrueux vienne d'un Pape et sury> tout de Léon X : quel que soit l'ignorant , sous son nom , qui » essaie de me faire peur avec ce décret, qu'il sache que j'ai sous » les mains de quoi confondre son iniquité et son ineptie. »
32. Engagé dans cette voie, Luther désormais va marcher à grands pas : son premier acte fut la publication d'un appel au futur concile. «Loin de moi, dit-il, l'intention d'attaquer l'autorité » du Saint-Père, et encore moins de me séparer de l'Eglise ; mais » n'est-il pas de même chair, de même nature , de même condi-
* tion que les autres hommes, peccable et faible comme eux; nt » peut-il pas faillir et tomber, ainsi que l'a fait saint Pierre? » L'idée réformatrice faisait de rapides progrès; non-seulement elle agitait l'Allemagne , mais encore elle trouvait des disciples. Mélanchton et Carlostadt se faisaient remarquer parmi ses plus fervents apôtres. Agé de vingt-deux ans à peine, le premier professait le grec à l'université de Wittemberg. C'était une nature rôo reuse, un cœur porté aux effusions mystiques d'une tendre piété^