CHAPITRE PREMIER
un esprit nourri des é:udes de l'antiquité classique. La parole ardente et colorée de Luther le séduisit et le domina. Quant au second, il avait étudié en Allemagne et eu Italie. Doyen de l'Université de Wittemberg, où il enseignait la théologie, il avait donné à Luther le bonnet de docteur. C'était un de ces esprits aussi mouvants que le sable, et qui se laissent emporter au vent de toutes les opinions. Ces deux conquêtes étaient précieuses pouï Luther, elles gagnaient à sa cause les esprits moins lettrés auprès desquels les noms de Mélanchton et de Carlostadt étaient une autorité ; cependant, il faut le dire, ce ne fut pas la question religieuse qui fit le plus de partisans à la Réforme. L'ambition des princes voyait avec une secrète joie les entreprises factieuses de Luther contre l'autorité ecclésiastique; ils espéraient que leur pouvoir gagnerait ce que celui du clergé pourrait perdre. Déplorable aveuglement qui dut se dissiper un jour, quand la parole de Luther eut armé en Allemagne cent mille paysans contre l'autorité des nobles et des grands. La prospérité de la religion dans les pays chrétiens est parallèle à la tranquillité et à la prospérité des Etats, les princes qui l'oublient sont toujours 1er premières victimes de leur imprudence et des révolutions qu'ils ont déchaînées. 33. Léon X espérait encore que le moine allemand rentrerait dans k voie de la soumission et du repentir. L'an 1509, un nouveau négociateur fut chargé de reprendre avec Luther les conférences précédemment entamées par le cardinal Cajétan. Le choix du Pape s'arrêta sur un théologien saxon, Charles de Miltitz. Luther n'essaya pas même une objection contre lui, il lui jura que, dans toute la chrétienté, le Pape ne comptait pas un fils plus respectueux, plus dévoué, plus soumis qu'il ne l'était lui-même, ei qu'il était prêt b rétracter toutes les erreurs qu'on lui avait jusque là reprochées. Ebloui par ces trompeuses promesses, Miltitz repartit pour Rome , où Léon X accueillit, avec des transports de joie la fausse nouvelle de la rétractation du réformateur, « Ce sera p pour nous, disait le Pape, une consolation ineffable de voir, * avant de mouiir, la paix rendue à l'Eglise. » La joie ne dura pas longtemps : la lettre que Luther devait adresser au souverain Pontife, pour déposer à ses pieds l'abjuration de ses erreurs, fut bien différente de ce que l'on attendait. C'était une diatribe vioiv. à
50 Léon x (1513-1521).
lente contre l'autorité du Pape, où le moine saxon accumule le» épithètes les plus outrageantes et les images les plus grossières. Léon X avait épuisé tous les trésors de sa paternelle indulgence. Néanmoins, il hésitait encore ; il aimait ce frère Martin , disait-il, doué d'un si beau génie. Ce n'est là qu'une querelle de moines. Cependant la situation était pressante ; l'Allemagne en feu secouait le joug de l'Eglise, tous les regards étaient tournés vers la chaire de Saint-Pierre, l'univers attendait la parole du vicaire de Jésus- Christ. Le 15 juin * 520, la bulle de Léon X parut enfin. Luther y est comparé à l'hérétique Porphyre, parce que, comme lui, il ose insulter la majesté du Pontife romain, et qu'il ne craint pas d'employer des injures, quand il manque de raisons. « Nous » voyons, dit le Pape, avec douleur, que quelques docteurs témé- » raires, dont le père du mensonge a aveuglé l'esprit, détournent » les paroles des saintes Ecritures en des sens mauvais et dépra- » vés, en sorte que ce n'est plus l'évangile de Jésus-Christ, mais » l'évangile de l'homme, et trop souvent même l'évangile du dé- » mon. » Il ajoute qu'on renouvelle en Allemagne les erreurs des Grecs et des Bohémiens, déjà condamnées par les conciles et les constitutions de ses prédécesseurs ; que c'est ce qui lui cause une douleur d'autant plus vive, que les papes, et lui en particulier, ont toujours chéri la nation allemande, à qui le Saint-Siège a de grandes obligations, car ses princes ont toujours protégé l'Eglise, sa doctrine et sa liberté. « Enfin, continue-t-il, le devoir de notre » charge pastorale ne nous permet plus de dissimuler : nous som- > mes donc obligé d'anathématiser quarante et une propositions * tirées des écrits de Luther. D'après l'avis des cardinaux, des » généraux d'ordre, des théologiens et des canonistes, nous les » avons trouvées dignes de censure; nous les condamnons comme » respectivement hérétiques, ou scandaleuses, fausres, choquant » les oreilles pieuses, capables de séduire les fidèles, contraires à » la foi catholique. Nous faisons défense, sous peine d'excommu- » nication et de privation de toutes dignités ecclésiastiques, en- » courues ipso facto, de croire ces propositions, de les soutenir, » de les défendre, d'en favoriser la publication, de les prêcher, et » de souffrir que d'autres les enseignent directement ou indirecte- » ment, en public ou en particulier. » Le Pape rappelle ensuite