CHAPITRE IV
Trente et un évêques de France souscrivirent aux actes de l'assemblée d'Embrun ; mais Soanen eut pour lui cinquante avocats du parlement, une foule de libellistes, et douze évêques jansénistes, à la tête desquels on vit le nom du cardinal de Noailles, archevêque de Paris.
5. Ce fut un scandale de plus ajouté à tous ceux auxquels oe prélat , par un point d'honneur mal entendu , et une déplorable obstination, s'était successivement laissé entraîner dans l' affaire du jansénisme . depuis la publication du fameux Problème ecclésiastique. Cependant, l'histoire doit le dire, le cardinal de Noailles était d'un caractère doux, pieux même, et doué de qualités estimables. Trop peu de discernement dans le choix de ceux à qui iT accordait sa confiance , et trop de facilité à se laisser prévenir , causèrent tous ses écarts. Tant il est vrai que la faiblesse , dans les administrateurs , est le plus dangereux de tous les défauts. Les esprits sérieux se préoccupèrent de la position anormale que l'archevêque de Paris s'était ainsi créée à lui-même. On employa tous les moyens pour le faire revenir enfin sur une conduite impardonnable. Le Pape fit agir auprès du cardinal des hommes dévoués ; de leur côté , les jansénistes ne négligeaient rien pour retenir dans leurs rangs un prélat dont le nom était pour eux comme une sauvegarde et un bouclier. Quand le cardinal eut consenti à signer les lettres écrites au roi contre le concile d'Embrun, ainsi qu'une opposition remise au procureur-général comme l'enregistrement de tous les édits en faveur de ce concile , la secte , par tous les échos, éleva jusqu'au ciel le courage de l'archevêque de Paris, et plaça son nom à côté de celui des Pères de l'Eglise. Le cardinal de Noailles jouit encore quelque temps de ces scandaleux suffrages ; mais l'heure du repentir arriva. L'Esprit de Dieu, plus fort que toutes les intrigues, toucha son cœur et éclaira son intelligence. Il vit le trouble, la rébellion , le désordre qui ruinaient l'Eglise , depuis que les évêques résistaient ouvertemenf aux décrets du Saint-Siège. Il versa des larmes de douleur sur uï passé dont il aurait voulu anéantir la mémoire. Dès ce moment sa résolution fut prise ; elle était inébranlable. Le 19 mai 172,8, par une lettre écrite de sa main, il rétracta l'opposition précédemment faite par lui au concile d'Embrun , et fit signer son désiste-
42* benoît xm (1724-1730).
ment au procureur-général. Le 19 juillet, il écrivit au Pape les excuses les plus touchantes, « Averti , lui disait-il , par nos che- » veux blancs du compte que nous aurons bientôt à rendre au » jugement de Dieu, nous nous jetons aux pieds de Votre Sainteté, » pour la conjurer de nous ouvrir les bras, dans sa miséricorde. » Nous nous conformons aux décisions du Saint-Siège, et nous » acceptons sincèrement la bulle Unigenitus. » Restait à porter à la connaissance du public une si glorieuse rétractation. Le cardinal ne faillit point à ce devoir. Le 11 octobre, il publia, dans tout son diocèse, un mandement qui combla de joie les vrais amis de l'Eglise , et qui porta le deuil au sein du jansénisme désespéré. « Nous condamnons, disait le noble vieillard , nous condamnons » le livre des Réflexions morales , avec les mêmes qualifications » que le Pape a employées contre cet ouvrage , et nous déclarons » qu'il n'est pas permis d'avoir des sentiments contraires à ce qui s» a été défini par la bulle Unigenitus, En conséquence , nous dé- » fendons de lire et de garder tant les Réflexions morales que » les autres ouvrages qui auraient paru pour les défendre ; nous » révoquons d'esprit etde cœur notre instruction pastorale de 1 71 9, » et tout ce qui a pu tëtre publié , sous notre nom , de contraire à » la présente ordonnance. » C'était finir par où il eût fallu commencer. Mais le courage d'une telle rétractation en faisait oublier le trop long retard. Les jansénistes se vengèrent en publiant des actes, émanés, disaient-ils, du cardinal , et dans lesquels on loi faisait assurer qu'il continuait à s'en tenir à son appel. Mais le prélat désavoua ces pièces apocryphes dans une circulaire aux évêques de France, et dans une lettre qu'il écrivit au Pape , en lui envoyant son mandement. Benoît XIII , dans un consistoire solennel, témoigna publiquement aux cardinaux la joie que lui faisait éprouver la soumission de l'archevêque de Paris, et adressa à ce dernier le bref Sapientissimum consilium , où il le comble d'éloges, et lui accorde le Jubile qu'il sollicitait pour son diocèse, en excluant de cette faveur spirituelle ceux qui s'étaient opposés à la bulle Unigenitus.
6. La rétractation de l'archevêque ne produisit pas d'ailleurs autant de bien que sa résistance avait fait de mal. Les évêque» jansénistes ne suivirent pas le cardinal obéissant comme ils Ta*