CHANTRE IV
vaient suivi opposant. Les évêques de Montpellier, d'Auxerre, de Troyes, de Metz, de Mâcon, de Tréguier, de Pamiers et de Cas» très, continuèrent à défendre une secte tant de fois anathématisée. Mais quelque déplorable que fût cette conduite, que prouvait ce petit nombre de prélats contre le Pape, suivi de tout le corps épiscopal? M, de Vintimille, archevêque d'Aix, succéda, en 1729, au cardinal de Noailles sur le siège de Paris. Il se trouvait à la tête d'un diocèse que la faiblesse et la prévention de son prédécesseur avaient rempli de confusion, de troubles et de discordes. Sa patience, sa modération, sa douceur triomphèrent de la plupart des résistances. Le chapitre métropolitain adhéra, par un acte solennel, au mandement du cardinal de Noailles. Mais en revanche, vingt-huit curés de Paris écrivirent à M. de Vintimille une lettre où ils se plaignaient insolemment de sa conduite, et lui exposaient les craintes qu'ils avaient, disaient-ils, conçues à son sujet. L'archevêque dissimula cette injure, et publia, le 29 septembre 1729, son ordonnance et instruction pastorale pour l'acceptation de la bulle Unigenitus. Il y assurait les fidèles que la constitution, loin de donner atteinte à la pureté du dogme et de la morale, et de blesse?* les libertés gallicanes, condamnait au contraire des erreurs dogmatiques capitales. Il montrait les tristes suites de la résistance à cette loi de l'Eglise, la docilité anéantie dans les fidèles, le vicaire de Jésus-Christ calomnié, l'autorité des évêques méconnue, toute subordination détruite, et une foule d'écrits séditieux paraissant pour semer l'esprit de haine, de révolte et d'indépendance ; mais les exhortations du prélat ne ramenèrent que très peu de ces gens égarés, et qui voulaient l'être. Cependant, le 8 novembre 1729, la Faculté de théologie de Paris déclarait qu'elle acceptait définitivement la bulle Unigenitus, que tous les docteurs qui refuseraient désormais de la souscrire seraient exclus de son sein, et que tout ce qui avait été précédemment fait contre l'autorité de cette constitution méritait d'être enseveli dans un profond silence et dans un éternel oubli. Les docteurs des provinces adhérèrent à cette protestation, qui réunit sept cent sept signatures, dont trente-neuf d'évêques.
7. Ce retour pouvait donner de légitimes espérances, mais d'autres faits, d'un caractère non moins hostile au Saint-Siège, &«
426 benoît xni (1724-1730).
îardèrent pas à se produire et à montrer que le levain du gàllica? nisme et le poison des idées janséniennes n'étaiuit pas encore éteints en France, Benoît XIII venait de publier l'office de saint Grégoire VII et de le rendre obligatoire pour l'Eglise universelle. Le parlement de Paris se crut le droit de contrôler ce décret pontifical, en vertu de la coutume abusive, qui voulait qu'un décret du souverain Pontife ne pût être publié en France qu'après avoir été enregistré par le parlement. En conséquence, les docteurs et les légistes de France rendirent un arrêt qui proscrivait l'office de saint Grégoire VII, et défendait à tous les ecclésiastiques du royaume de le réciter. Les parlements de Metz, de Toulouse, de Rennes imitèrent celui de Paris, déclarèrent que Grégoire VII n'était pas saint, et défendirent d'en célébrer la fête. Les évêques de Verdun, de Montpellier, de Troyes, d'Auxerre et de Castres, publièrent des mandements dans le même esprit que les arrêts parlementaires. Il n'est pas besoin d'expliquer pourquoi les magistrats et les évêques gallicans poursuivaient ainsi la mémoire d'un des plus grands Papes qui aient, jamais gouverné l'Eglise. Toute la vie de saint Grégoire VII lut une lutte avec les puissances temporelles, en révolte contre le Saint-Siège. Les prétendues libertés gallicanes ne laissent pas au Pape la liberté de maintenir les droits de la chaire apostolique. Il nous semble toutefois qu'en cette circonstance la conduite des parlements était non-seulement un scandale, mais qu'elle était absurde. Benoît XIII s'étonna, ajuste titre, que des jurisconsultes, appuyés par quelques évêques, osassent interdire de célébrer la fête d'un saint reconnu par l'Eglise ; il publia un bref pour annuler les arrêts des parlements et les mandements des évêques jansénistes. Le parlement de Paris supprima le bref du Pape ; mais il ne pouvait supprimer en même temps l'autorité immu^bb% infaillible, toujours respectée par les vrais catholiques, de x,ette Eglise romaine qui a reçu le dépôt de la foi, la règle des croyances> la direction des âmes, le gouvernement du monde spirituel.
8. Cet empiétement du gallicanisme sur le domaine de la liturgie ne devait pas s'arrêter là. En dépit des règlements du concile de Trente et de la constitution si claire, si formelle, si explicite de saint Pie Y, les évêques français s'arrogèrent le pouvoir