‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 219 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

petite ville de Saint-Marin, dont les habitants, unis à ceux de sept villages voisins, se gouvernent en république. Ce petit Etat Fut longtemps protégé par les ducs d'Urbin ; mais cette maison s'étant éteinte au milieu du xvne siècle, la république de Saint- Marin se plaça sous le patronage du Saint-Siège qui acquit ainsi sur elle une sorte de droit de suzeraineté. Sous le pontificat de Clément XII, quelques habitants de Saint-Marin se plaignirent d'actes violents et arbitraires des chefs de l'Etat, et demandèrent instamment au Pontife qu'il consentît à leur accorder le gouvernement doux, et bienfaisant de l'Eglise romaine. Leurs instances étant restées sans réponse, ils s'adressèrent au cardinal Albéroni, qui, après ses éclatantes disgrâces en Espagne, avait été heureux d'accepter les fonctions de légat apostolique dans la Romagne. La passion du pouvoir ne meurt jamais au cœur des ambitieux. Albéroni transmit les vœux des habitants de Saint-Marin à la cour de Rome , et supplia le Pape de lui donner des instructions positives à ce sujet. Clément XII fit répondre au cardinal, par la secrétairerie d'Etat, qu'il eût à se transporter près des frontières de la république ; que là, il attendît ceux qui viendraient volontairement ratifier leur première demande. «Si la plus grande et la » plus saine partie des habitants, disait le Pape, persiste à vouloir » l'incorporation aux Etats pontificaux, le cardinal prendra pos- » session de la ville ; dans le cas contraire, il n'insistera nullement » et devra, sur-le-champ, reprendre le chemin de sa légation. » Ces prudentes réserves ne pouvaient être du goût d' Albéroni. Le fougueux cardinal, qui avait échoué en Espagne pour avoir voulu placer Philippe V, son maître, sur le trône de France, crut qu'il se couvrirait de gloire en Italie, en donnant au souverain Pontife la république de Saint-Marin. Sans attendre une démonstration de consentement, comme le Pape lui en avait donné l'ordre formel, il entra à Saint-Marin , s'en fit remettre la possession , y plaça un gouverneur et prescrivit diverses lois pour le gouvernement du pays, malgré le refus de serment de la plupart des citoyens. Clément XII, en apprenant cet abus de pouvoir, désavoua son infidèle légat, annula tous ses actes, et par un décret pontifical . rendit à la république tous les droits et privilèges qui lui avaient été antérieurement concédés par les papes Martin V, Eugène IV^

43« clément xii (1730-1740).

Clément VIII et Léon X. L'Europe entière applaudit à un pareil désintéressement , et Albéroni ne retira de sa tentative téméraire que la honte d'avoir échoué dans une entreprise aussi légèrement concertée que malheureusement conduite.

15. Les premières années du pontificat de Clément XII avaient été marquées par de nouveaux scandales de la part des jansénistes de France. François Paris, diacre du diocèse de Paris, mort le lw mai 1727, avait toujours vécu dans l'obscurité et ne pouvait nullement se douter de la célébrité qui attendait sa tombe. Resté diacre, par une pratique assez commune dans le parti janséniste, il passait jusqu'à deux ans sans communier et même sans faire /es Pâques. Cette omission d'un précepte formel était, aux yeux de la secte, la marque de la plus haute perfection. Les doctrines df Arnauld sur la Fréquente communion avaient porté leurs fruits. Or en trouve parmi les jansénistes d'autres exemples, dont le plus frappant est celui du Père de Gennes, ex-oratorien , qui « fut » assez saint, dit son biographe, pour demeurer quinze ans sans » communier. » Hélas! ces sortes de saintetés ne se sont depuis que trop multipliées! Quoi qu'il en soit, le diacre Paris avait été inhumé dans le petit cimetière de la paroisse de Saint-Médard, et il y fût probablement demeuré dans le plus profond oubli , sans \e besoin qu'avait la secte de relever, par des miracles, son crédit {ui décroissait chaque jour. On imagina donc de transformer le fiacre obscur en un éclatant thaumaturge. Toute la foule des nectaires se réunit sur son tombeau, s' agitant, se débattant et Renouvelant au xvme siècle, sous les yeux de là France, la nation la plus éclairée du mondé, les extravagances des Quakers anglais du temps de Cromwell. En même temps, on répandit, par milliers, dans le public, des relations apocryphes de prétendus miracles ojérés par l'intercession du nouveau saint : des boiteux ont soudein recouvré le' libre usage de leurs jambes, des paralytiques ont étl guéris au milieu de convulsions étranges. L'appât de la noureauté, l'amour du merveilleux, le succès des vues intéressées, peuplèrent bientôt le cimetière de Saint-Médard d'une multitude Superstitieuse, prête à croire, sur les plus légères apparences, tout ce qu'on voudrait lui persuader. « L'autorité de la bulle Unigenif tus, avait dit l'un des coryphées du jansénisme, est telle au' il faut

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