‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 220 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» maintenant des miracles pour la contrebalancer. » Ce qui distingua particulièrement les scènes du cimetière de Saint Médard, ce furent les convultions auxquelles se livrèrent les énergumènes. : Ces convulsions, souvent accompagnées de douleurs, obligeaient i à^demander ce que le secte appela les grands et les petits secours; ils consistaient en de violents coups de pierres, de marteaux et même d'épées, sur les différentes parties du corps. L'indécence le disputait au ridicule dans ces jongleries scandaleuse. On voyait des femmes, se débattant avec des gestes et de? contorsions étranges, dogmatiser contre la bulle Unigénitu^. Il fallait qu'un

bandeau bien épais couvrît les yeux des partisans de ces ridicules prodiges pour en dissimuler la fausseté. Quelques-unes de ces misérables thaumaturges faisaient annoncer sérieusement au public que , tel jour, à telle heure , elles se feraient crucifier pour la plus grande gloire du jansénisme. Il était temps que l'autorité intervînt, et mît un terme à ces dangereuses extravagances. M. de Vintimille publia un mandement où il s'élevait avec force contre les prétendus miracles du diacre Paris , contre l'ignominie des convulsions, défendait d'en propager le récit, d'en admettre la réalité, et condamnait tout ce qui s'était fait jusque-là dans ce sens. Clément XII confirma le mandement du prélat; malheureusement deux évêques, MM. de Colbert et de Caylus, prirent parti pour les convulsionnaires et publièrent des lettres pastorale* pour les soutenir. Languet, archevêque de Sens, dont nous avons déjà signalé le zèle contre le jansénisme, prit en main la cause de la vérité, du bon sens et de la religion. La secte ne lui pardonne pas les éloquents écrits qu'il publia alors et dans lesquels il flagella, avec autant de verve que de raison, les convulsionnaires et leurs apologistes. Le bénédictin dom La Tasle , depuis évêqc£ ! de Bethléem, écrivit dans le même sens. Les mandements des deux évêques opposants furent condamnés à Rome et supprimés par un arrêt du conseil. Le principal agent des miracles apocryphes, l'avocat La Barre, fut envoyé à la Bastille avec quatre malheureuses dont il se servait pour tromper la crédulité publique. Le cimetière de Saint-Médard fut fermé par ordre du roi. Ces mesures rigoureuses n'arrêtèrent pas cependant, d'une manière définitive, les scènes convulsionnistes; elles continuèrent dans

clément xn (1730-1740;.

l'ombre et ont eu des sectateurs jusque dans ces derniers Temps. La naissance d'un nouveau Messie, en 1792, fut solennellement annoncée par les jansénistes de Lyon. Cet enfant du prodige, nommé Elle Dieu, devait commencer sa mission en 1813. La prophétie hérétique a eu le sort de tant d'autres.

16. Vaincu sur le terrain des miracles, le jansénisme seretrandttt dans les parlements qu'il avait tous plus ou moins infestés de Bon esprit. Une caisse mystérieuse (1), abondamment pourvue par les offrandes du parti, servait à soutenir la Gazette Ecclésiastique, journal officiel des jansénistes, à faire imprimer et distribuer gratuitement des brochures contre le Pape et les évêques , à entretenir des moines et des religieuses échappés de leur cloître, à fournir aux frais de voyages des agents qu'on envoyait en divers lieux réchauffer le zèle des tièdes, stimuler les ardents et faire de nouveaux prosélytes. Une circonstance analogue à celle de l'office de saint Grégoire VII vint rallumer toutes les dissensions et prouver au monde qu'aucune des grandes gloires religieuses n'eut le privilège d'échapper aux censures du jansénisme. Clément XH, par une bulle du 16 juin 1737, avait canonisé saint Vincent de Paul , le bienfaiteur de la France et de l'Europe , l'honneur immortel de l'humanité. Le 4 janvier 1738, par un arrêt que l'histoire voudrait voir enseveli dans une nuit éternelle, la magistrature française tout entière, représentée par le Parlement de Paris, supprima la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul. Le prétexte de cette inqualifiable conduite était un passage de la bulle pontificale , où Clément XII louait le héros chrétien du zèle spi'il avait mis à combattre l'erreur jansénienne. Plusieurs curés ie Paris joignirent leurs protestations personnelles contre la bulle, à l'arrêt du Parlement, et dix avocats, les plus distingués du barreau à cette époque, appuyèrent le manifeste de ces prêtres indignes, par une consultation « où ils assuraient que les défauts

(1) Cette caisse était connue sous le nom de boîteàPerrette. Elle fut ainsi ap* fêlée du nom de la gouvernante de Nicole , lequel laissa un premier fonds de quarante mille livres pour le service de la cause. En 1728, l'abbé Dorsanne, grand- vicaire du cardinal de Noailles, y fit un legs de cent soixante-quatre mille livres. La caisse se trouva en peu de temps atteindre le chiffre énorme d'uu million et demi.

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