CHAPITRE V
SOMMAIRE
§ i. pontificat de clément xin x'6 juillet 1758-2 février 1769).
1. Conjuration de la philosophie du dix-huitième siècl*> contre l'Eglise. — 2. Jean- Jacques Rousseau. -- S, Caractère de Clément XIII et du cardinal Torrégiani, son ministre. — *. Etat du monde politique en Europe à l'avènement de Clément XIII. — 8. Expulsion des Jésuites du royaume de Portugal. *fi. Poursuites dirigées en France contre la compagnie de Jésus. — 7. Sa suppression par arrêt du Parlement. — 8. Clément XIII, dan» un consistoire aecret, annulle l'arrêt du parlement de Paris. — 9. Guerre de sept ans. Traité de Paris. — 10. Bulle Apostolicum de Clément XIII en feveur des Jésuites. — il. Clément XIïI ôondamne le Catéchisme de Atésenguy; Y Histoire du peuple de Dieu du jésuite Berruyer; le livre d'Helvétius; V Encyclopédie \ le livre de Fébronius. - 12. Expulsion des Jésuites d'Espagne, de Naples, de Parme et de Malte. — 13. Bref de Clément XIII adressé au roi d'Espagne. — 14. Mort de Clément XIII.
§ 2. pontificat de clément xiv (9 mai 1769*22 septembre 1774).
15. Election de Clément XIV. — 16. Situation de la Papauté vis-à-vis de» puissances de l'Europe. — 17. Suppression de la société de Jésus par Clément XIV. —18 Mort de Clément XIV. — 19. Mort de Louis XV. Avènement de Louis XVL — 20. Saint Alphonse Marie de Liguori.
g 1 Pontificat de Clément XIII (6 juillet 1758-2 février 1769).
1. Une époque lamentable allait commencer pour l'Eglise. La haine du Catholicisme était passée d'Angleterre en France ; les nouveaux incrédules donnèrent d'abord à leur hostilité un caractère moins général et moins tranché ; ce ne furent, dans l'origine, que des allusions plus ou moins transparentes. Ainsi les Lettres persanes de Montesquieu, et la Vie de Mahomet, par le comte Henri de Bouillon-Villers, avaient évidemment pour but, sous une forme adroitement déguisée, de montrer la supériorité du mahométisme sur la religion de Jésus-Christ. A ces attaques isolées, va succéder une véritable ligue : avec une entente formidable, elle s'organise et se maintient à l'état de complot permanent. C'est vers l'année 1757 que la correspondance de Voltaire prend m
460 clément xiii (1758-1769).
caractère de violence et d'excitation , cette allure de bataille rangée, dont le mot d'ordre fut : Ecraser l'infâme (la religion chrétienne). En arborant cet étendard et cette devise de destruction, Voltaire décelait le but et se montrait le chef du parti. « Il avait » fait serment, dit son panégyriste Condorcet, de consacrer sa vie » à la ruine de l'Eglise et ae toute religion positive. » Il tint parole, et son thème principal , celui qu'il répéta sous mille formes, durant sa longue et mobile carrière, fut que le Christianisme était une invention humaine, soutenue par les prêtres et imposée par les rois, comme le meilleur frein pour les peuples. Ses complices furent nombreux et divers. En première ligne, nous devons inscrire les Parlements. « Ils croient, écrivait d'Alembert, servir » la religion par leur zèle à combattre les refus de sacrements; » mais ils servent la liaison sans s'en douter. Ce sont des exécu- » teurs de la haute justice pour la philosophie, dont ils prennent » les ordres sans le savoir. » Après l'indigne magistrature qui mettait au service des ennemis de l'Etat et de l'Eglise, une autorité qu'elle avait reçue pour protéger l'Eglise et l'Etat, la légion des incrédules et des démolisseurs était nombreuse. Il nous suffira de nommer les plus illustres de ces fatales célébrités. C'était le sceptique Bayle qui soutenait qu'une société ne peut fleurir qu'à la condition d'anéantir dans son sein toute idée et toute croyance religieuse; d'Alembert, mathématicien bel esprit, qui voulait conserver des formes académiques, au milieu même de l'orage révolutionnaire dont il était l'un des échos les plus accrédités; Diderot, ce fastidieux écrivain, qui croyait remplacer le talent par l'impudence et qui se déclarait ouvertement °n faveur de l'athéisme; Dauiilaville, dont Voltaire disait : « Il ne nie pas » Dieu, mais il le hait; » enfin le baron d'Holbach, Condillac, Helvétius et l'infâme La Mettrie proclamaient dans leurs ou-? vrages le matérialisme le plus positif. Leur œuvre principale contre le Christianisme, fut Y Encyclopédie, dirigée par d'Alem^ bert et Diderot. Elle contribua , plus que tout autre , à propage? les opinions antireligieuses ; immense monument de confusion et de fausse philosophie , véritable tour de Babel élevée par le génie de l'enfer contre Dieu et son Christ. Dans cet ouvrage , la nature prit la place de Dieu , l'esprit ne fut qu'une transformation de la