‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 232 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

matière, et toute religion fut considérée comme une invention politique des prêtres. On ne rougit pas d'enseigner que ce n'est gue par hasard que la vie de Fhomme diffère de la vie de l'animal. \J Encyclopédie fut le grand arsenal où les incrédules vinrent puiser leurs armes contre la foi. On annonça sa publication à l'Europe comme un événement qui devait régénérer le monde. Le siècle des lumières commençait, l'ère des ténèbres, du fanatisme, de l'ignorance, de la superstition, était fermée ; la raison et la philosophie allaient doter l'humanité d'un brillant avenir, de jouissances et de splendeurs inconnues. Tous les esprits aventureux se jetaient avec ardeur dans ces voies nouvelles. Le grand Buffon lui-même confondit trop souvent, dans son Histoire naturelle, Dieu et la nature, la Providence et la matière. La Lande, en explorant les cieux, n'y découvrit pas le nom uV, leur auteur, et dans ses nombreux ouvrages, ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu. Tous, de concert avec Volney et Dupuis, nièrent l'existence des personnages bibliques, et ne virent plus dans l'histoire de l'Evangile qu'un rêve astronomique.

2. Parmi ces noms, nous n'avons pas encore placé celui qui personnifie , avec Voltaire , tout le mouvement philosophique du xvme siècle. Jean-Jacques Rousseau n'appartint à aucune école, n'entra dans aucune ligue , se détacha de tous les partis. Une haine profonde et invétérée, née d'une rivalité de chaque jour, le séparait de Voltaire. Esprit paradoxal, indépendant, passionné pour des chimères, cœur corrompu, qui se faisait un idéal du vice, et parait la corruption des couleurs de l'innocence, caractère sans fixité, sans noblesse, ^ans dignité, tellement mobile, toutefois, qu'il se jetait, en un instant, dans les extrêmes les plus opposés ; incapable de se faire de la vertu une habitude , il pouvait ' îd. ressentir passagèrement l'attrait ; prosateur, à notre avis, bien supérieur à Voltaire ; d'une éloquence persuasive , tendre et entraînante, il cachait, sous l'apparence de la bienfaisance et de l'humanité^ des doctrines perverses en morale, impies en religion, subversives en politique, destructives de l'ordre social, de toute hiérarchie, de tous principes, de tout culte, de toute autorité. Rousseau offre ce singulier contraste qu'on pourrait toujours le réfuter par lui-même; il attaque les miracles de l' Evangile, et

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nul n'a écrit une page plus sublime sur le caractère de ce livre divin ; il vante la majesté, la grandeur, la pompe du culte catholique, de la même plume qui a écrit la fameuse Profession de foi du Vicaire Savoyard et cette utopie pédagogique de Y Emile y que Fauteur avait placée dans ses rêves au-dessus du Télémaque, et où il enseignait que son élève ne devait entendre parler de Dieu qu'à vingt ans. L'ouvrage où Rousseau se montra le plus hostile à la religion, fut le Contrat social, qui accuse le Christianisme d'avoir brisé l'unité dans l'Etat, détruit l'amour de la patrie, favorisé les tyrans et anéanti les vertus guerrières. — Tels étaient les ennemis qui s'élevaient au xvme siècle contre l'Eglise, et qui allaient , par leurs efforts communs , soulever la plus formidable tempête qui eût jamais menacé son existence, ce La liberté effrénée » de penser , les fureurs de l'esprit de secte , trouvèrent un autre » allié qui les seconda fidèlement. Ce fut cette politique en quelque * sorte héréditaire dans une certaine classe d'hommes d'Etat, de » magistrats et de jurisconsultes ; système par lequel la puissance » laïque tendit toujours plus ou moins à asservir l'Eglise >3 et à la » soumettre à ses prétentions hostiles. A cette heure de déplorable » mémoire, chacun dut choisir son drapeau. Les rangs sont fixés, » le but de la guerre avéré , l'ordre d'attaque distribué avec un » ensemble effrayant. C'est en présence de cette situation que » Clément XIII est élu (1) » (6 juillet 1758).

3. Porté, malgré lui, au faîte de la puissance spirituelle, il ne devait rencontrer que des forces hostiles et liguées, là même où le Siège apostolique avait le droit de trouver des défenseurs et des appuis. Du moins, au jour de ces luttes mémorables, le ciel donna au saint Pontife un ministre digne de lui , dans la personne du eardinal Torrégiani. « Homme honnête , dit Duclos, grand tra- » vailleur, entendant bien les affaires. Quand il ne peut discon- » venir des pertes que la cour de Rome fait journellement de son » autorité, dans l'Europe catholique, il les regarde comme des

i\) L. R. P. de Ravignan, Clément Xlll et dénient XIV, p. 24-26. Nous fvons largement puis*, dans ce remarquable ouvrage de l'illustre orateur chrétien, pour le récit des faits qui correspondent à cette période de l'histoire ecclésiastique, sûr de ne pas nous égarer quand le génie et la vertu nous servent de guide.

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