CHAPITRE V. 4G
vie du roi ; c'était une intrigue de Pombal. Joseph Ier se cache à tous les regards : le ministre médite dans l'ombre. Après quelques délais qui étonnent, Pombal fait saisir et jeter dans les cachots deux cent vingt-^un Jésuites, dont la moitié y trouva la mort; un édit royal supprima la compagnie, tous ses membres furent chassés de toute l'étendue du royaume, déclarés traîtres et rebelles, et leurs biens confisqués. De tous côtés les Jésuites sont saisis, entassés sur des vaisseaux, jetés comme une injure sur les côtes des Etats pontificaux. Pombal ne garda que trois religieux qu'il accusa d'avoir été complices du prétendu attentat commis contre le roi ; c'étaient ies PP. Malagrida , Alexandre et de Mathos. Ils furent livrés à l'inquisition; mais l' inquisiteur-général, don Joseph de Bragance, frère du roi , refusa de les condamner. Pombal créa d'office un tribunal extraordinaire où cet étrange procès fut instruit. Malagrida, vénérable vieillard de soixantequinze ans, fut condamné au feu comme faux prophète, et il subit ce barbare supplice. « Ainsi, dit Voltaire, l'excès de l'absurdité fut joint à l'excès de l'horreur. »
6. Les ennemis de la société , en France, surent bientôt profiter de cet événement pour le faire servir à leurs vues. Déjà , depuis longtemps, ils ne négligeaient aucune occasion pour rendre les Jésuites odieux et ridicules , et plus d'un effort avait été fait pour les renverser. Le royaume était inondé de libelles diffamatoires contre la compagnie. Le plus détestable de tous fut celui qui avait pour titre : Extrait des assertions dangereuses et pernicieuses en tous genres, que les soi-disant Jésuites ont dans tous les temps et persévéramment soutenues , enseignées et publiées, La calomnie et la méchanceté régnent d'un bout à l'autre de <$e( ouvrage ; il n'y a crime que les Jésuites ne doivent avoir enseigné, et dont on ne les accuse. Jamais la mauvaise foi n'avait été poussée plus loin. Ce livre fut , par arrêt du parlement de Paris, envoyé à tous les évêques de France ; c'était une véritable insulte. L'immortel Christophe de Beaumont , archevêque de Paris , dans une lettre pastorale , releva toutes les accusations calomnieuses, accumulées par les magistrats contre l'institut et la société de Jésus. Il concluait ainsi : « Nous sommes convaincu que cet ius— • titu est pieux , comme l'a déclaré le concile de Trente. Qu'il es*
468 clément xm (1758-1769).
» vénérable, comme le pensait l'illustre Bossuet. Nous savons cnie » la doctrine du corps entier n'a jamais été corrompue , et nous » sommes très éloigné de regarder le Recueil des assertions comme » le précis et le résultat de l'enseignement prop/e des Jésuites. » Cette courageuse protestation valut au nouvel Athanase les foudres du parlement et la peine de l'exil. Cependant Louis XV a'avait personnellement aucun ressentiment contre les Jésuites , mais Madame de Pompadour les détestait, blessée qu'elle était par la franche déclaration de leurs pensées à son égard : elle leur avait voué la haine que le vice porte à la vertu. Tous ks historiens, sans exception , ont attesté cette irritation vindicative delà courtisane ; et Choiseul , dévoué à sa propre grandeur et à son propre pouvoir, n'eut garde de résister à la favorite : la suppression des Jésuites fut résolue. L'opinion publique, malheureusement égarée , s'était révélée avec les démonstrations les plu* bruyantes contre les Jésuites , le 8 mai 1760 , jour où le parlement condamna le P. Lavallette, Ce religieux, résidant à la Martinique, avait souscrit une lettre de change tirée sur le P. de Sacy , son confrère, demeurant à Paris. La lettre fut protestée ; cette affaire, en d'autres temps, n'eût été qu'un* simple affaire commerciale : on en fit un crime d'Etat, le parlement s'en attribua la connaissance , et son arrêt fut rendu , au milieu des applaudissements frénétiques de la multitude. Les Jésuites furent condamnés à acquitter les lettres de change, et à payer, en outre, cinquante mille livres de dommages et intérêts. Nous ne discuterons pas l'équité de ce jugement ; le P. Lavallette était coupable, au moins, d'une imprudence grave ; mais on peut croire qu'en tout autre temps on eût pas rendu la société entière responsable de la témérité d'un simple particulier , Les nouveaux philosophes , qui travaillaient si puissamment à l'anéantissement de la religion, avaient calculé que l'extinction des ordres religieux était un des premiers moyens i mettre en usage. H leur parut qu'il fallait d'abord sacrifier le$ Jésuites, et ils se liguèrent contre eux. L'épiscopat français, au contraire , réunit ses efforts» en faveur de la société. Trois prélats aeulement semblèrent vouloir faire cause commune avec les parlements révoltés contre l'Eglise. Fitz- James, évêque de Soissons, Le J&& du parti janséniste, en France ; de Beauteville, évêque