CHAPITRE V
Ferdinand IV, et adversaire violent du Saint-Siège, nous aurons à peu près la liste complète des hommes d'Etat qui présidèrent aux destinées des pays catholiques sous le pontificat de Gé-« ment XIII. L'Allemagne catholique, l'Autriche en particulier, parut un moment rester en dehors du mouvement antireligieux. Marie-Thérèse était une princesse incomparable par sa piété , la bonté de son cœur et son amour pour ses peuples. Mais elle subissait néanmoins, sans le savoir, l'influence des conseillers jan* sénistes. Van-Swiéten et de Haën, premiers médecins de l'impératrice , étaient hollandais et de familles attachées à l'archevêque .schismatique d'Utrecht. Ils se servirent de leur crédit à la cour <le Vienne pour propager leurs doctrines, et persuadèrent à Marie- Thérèse de nommer une commission pour la réforme de l'enseignement théologique. Cette commission seconda parfaitement les vues des novateurs. Ambroise de Stock , ami de Van-Swiéten et de Haën , est élu président de la faculté de théologie de Vienne en 1753 ; les Jésuites sont éloignés des chaires théologiques et de droit canon ; les nouveaux professeurs , laïques pour la plupart , sont nommés exclusivement par le pouvoir politique , au mépri9 des droits des évêques. A partir de cette époque , l'Allemagne fut successivement envahie et dominée par les doctrines schismatiques, qui prétendaient asservir FEglise et son autorité aux puissances temporelles. Vers le même temps, Nicolas de Hontheim. évêque sufîragant de Trêves , et devenu célèbre sous le nom <k Fébronius , préludait par de sourdes attaques à son audacieux traité sur Y Etat de l'Eglise et la puissance légitime du souverain Pontife, qui ne tarda pas à paraître. Tout était préparé pour le règne de Joseph 1er. Les Universités de Munster et de Bonn furent créées pour propager les systèmes schismatiques. Tels étaient les éléments de la révolution religieuse et social' .qui allait éclater sur l'Europe.
5. Les Jésuites eurent l'insigne honneur d'être choisis comme tes premiers ennemis à immoler aux haines des sectaires, des philosophes et des politiques conjurés. Le premier coup porté à cette illustre compagnie, le fut par Pombal. Dès l'an 1757, il adressait à don François d'Almada, ambassadeur de Lisbonne à Rome. àe$ instructions positives 4>our demander à Benoît XIV îa suppression mv. 3Û
466 clément xin (1758-1769).
àe la ascète. Son mémoire se terminait ainsi : « L'extrême ^ojp-
* ruption de ces enfants d'une religion si sainte en est vernie à œ » point déplorable , dans le royaume de Portugal et plus encore
* dans ses domaines d'outre-mer, qu'il s'y est trouvé peu de Jé- » suites qui ne parussent être plutôt des marchands , des soldats
* ou des tyrans que des religieux. » L'accusation était aussi injuste que peu mesurée. Les Jésuites, chefs des réductions du Paraguay , étaient à la fois les pères et les administrateurs de leurs Indiens. Corps considérable, ils avaient et devaient avoir des relations d'affaires immenses; mais ils n'étaient ni négociants, ni guerriers, ni tyrans. L'incident du P. Lavallette, arrivé dans ces circonstances, et dont les ennemis des Jésuites s'emparèrent avec tant d'empressement pour calomnier la compagnie, ne fut qu'un écart isolé, regrettable sans doute, mais auquel la société n'eut aucune part. Benoît XIV, au moment où lui arrivait la réclamation de Pombal, était attaqué de la maladie dont il mourut. Ce Pontife s'était montré l'un des plus zélés défenseurs de la compagnie de Jésus ; il crut pouvoir accorder au ministre de Portugal une concession qui ne ferait que manifester dans tout son jour Finnocence dés Jésuites. Par un bref du 1er avril 1758, il nomma ie cardinal Saldanha, archevêque de Lisbonne, visiteur apostolique de toutes les maisons de Jésuites en Portugal, et le chargea de dresser une enquête sur les accusations portées contre eux. Il recommanda en même temps au cardinal-visiteur de procéder avec les plus grands ménagements à l'égard d'une compagnie « qui a, » dit-il, si bien mérité de l'Eglise ; qui a porté jusqu'aux extré- » mités du monde , au prix de ses sueurs et de son sang , la lu- » mière de la foi. » Il défendait d'ailleurs de rendre aucun décret qui n'eût été préalablement communiqué au Saint-Siège. C'était tout ce que voulait Pombal. Abusant de la faiblesse et du grand âge du patriarche de Lisbonne, il en arracha un mandement d'interdiction lancé contre tous les Jésuites du Portugal. Vainement dément XIII usa de toute sa fermeté en leur faveur ; il écrivit à Joseph I*r une lettre où la bonté , la sagesse , la modération du Pontife se joignaient à îa vigueur apostolique, héréditaire sur le Siège de saint Pierre. Tout fut inutile. Le 3 septembre 1758. le bruit se rénand à Lisbonne qu'un attentat a été commis contre la