CHANTRE V
conséquence, Clément Xlli cassait l'arrêt du parlement et déclarait qu'il devait être regardé comme non avenu. Des raisons de prudence l'avaient empêché de donner le dernier caractère de publicité officielle à cet acte de la puissance ponficale. Il espérait que, mieux inspiré, le gouvernement de Louis XV reviendrait à me conduite plus modérée.
9. Les vœux du saint Pontife ne se réalisèrent point. Comme si la Providence eût voulu punir la France, le royaume était alors en proie aux horreurs d'une guerre désastreuse, à laquelle ou a donné le nom de guerre de Sept ans. Les Anglais, au mépris du traité d'Aix-la-Chapelle . s'étaient emparés des possessions françaises au Canada et avaient attaqué nos vaisseaux marchands, qui naviguaient, en toute assurance , sous la garantie sacrée de la paix, et dont plus de trois cents devinrent la proie d'une odieuse rapacité. Louis XV, malgré ses inclinations pacifiques, se vit obligé de reprendre les armes (1754). La France et l'Autriche, depuis trois siècles ennemies, se réunirent; la Russie, la Pologne et la Suède , également divisées entre elles, se rapprochèrent de même pour entrer dans les intérêts de Louis XV ; l'Espagne , la Hollande et la Sardaigne restèrent neutres, de sorte que l'Angleterre ne trouva dans toute l'Europe d'autre alliée que la Prusse, où régnait toujours le grand Frédéric. Le génie de ce souverain valait dix alliances. La sanglante défaite du maréchal de Soubise à Rosbach porta la gloire de Frédéric à son comble. Les Anglais, malgré le fameux pacte de famille, négocié par le duc de Choiseul entre les diverses branches de la maison de Bourbon (France, Espagne, Naples, Parme), dépouillèrent la France de ses établissements aux Indes, en Amérique, au Sénégal, l'Espagne de ses riches colonies de Cuba, des Philippines, et ruinèrent la Havane et Manille. Louis XV at l'Espagne se virent contraints de signer la paix de Paris, l'une des plus honteuses, mais aussi l'une des plus nécessaires de notre histoire. La France avait perdu, pendant cette guerre déplorable, sa plus florissante jeunesse, la moitié de son numéraire, sa marine, son commerce, son crédif et sa gloire. La monarchie de Louis XIV n'était plus reconnaissante (1763).
10. Clément XHI voyait dans les maux qui désolaient la Franc*
172 clément xin (1758-1769).
an châtiment de Dieu. Au jugement du Pontife, le Seigneur punissait ainsi l'injuste expulsion des Jésuites, l'abus des sacre* ments et surtout l'administration violente et sacrilège de l'Eucharistie, qui, par ordre des parlements, se répétait si souvent alori dans ce malheureux pays, en faveur des jansénistes réiractaires et impénitents. Il publia donc la bulle Apostolicum. pour y donner un solennel avertissement à la France. Le Pape commence »ar déclarer qu'aucune considération humaine ne saurait borner 'exercice de la mission apostoliqup qui lui est confiée par Dieu même ; qu'il doit, qu'il veut l'accomplir dans toute son étendue. Il montre quelle fuS dans tous les temps la sollicitude du Saint- Siège pour les ordres religieux ; il rappelle toute la série des actes «olennels par lesquels ses prédécesseurs ont approuvé, confirmé, loué, encouragé constamment la société de Jésus. Cette société en butte à tant de contradictions, s'il ne la défendait, il semblerait manquer à un devoir sacré. D'autant plus, ajoute la bulle, « qu'on » insulte de la manière la plus outrageante l'Eglise de Dieu , en » l'accusant équivalemment de s'être trompée jusqu'à juger et » déclarer solennellement pieux et agréable à Dieu, ce qui en soi » était irréligieux et impie ; et d'être ainsi tombée dans une er- » reur d'autant plus criminelle qu'elle aurait souffert pendant t plus longtemps, durant l'espace de plus de deux cents ans , » qu'au très-grand préjudice des âmes, son sein restât souillé o d'une tache Aussi flétrissante. » Le cœur du Père commun se plaît ensuite à s'épancher en éloges sur la société persécutée ; il la console, l'anime, la relève parles plus touchants encouragements* Enfin, pour déférer , dit-il, aux justes vœux de nos vénérables frères les évêques de toutes les parties du monoV; catholique, il approuve et confirme de nouveau l'institut. La bulle Apostolicum, décret solennel de la puissance souveraine de l'Eglise, fut envoyée à tous les royaumes chrétiens; mais l'esprit philosophique qui dominait en Europe ne respecta pas plus la voix du Saint-Siège qu'il ne respectait celle de la justice et de l'innocence à l'égard des Jésuites. En France, en Portugal, à Naples, elle fut condamnée par les gouvernements et prohibée, dans les formes et dans les termes les plus outrageants et les plus ridicules. L'ordre des Jésuites demeura donc supprimé dans notre malheureuse