‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 238 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

patrie ; il accepta sa disgrâce avec une noble et touchante résignation. Une apologie, chef-d'œuvre d'éloquence, de raison, de goût, de verve et de dignité, que le Père Cerutti écrivit alors, fut sî seule protestation. L'histoire l'a prise au sérieux et le temps s'esj chargé de faire justice des injustes persécuteurs.

1 1 . Les affaires si tristes et si compliquées de la compagnie da Jésus étaient loin d'absorber toute l'attention du souverain Pontife, et de détourner son esprit et son cœur des graves et innombrables préoccupations qu'apporte avec soi le gouvernement de l'Eglise universelle. Le jansénisme offrait surtout à son zèle une occasion toujours renaissante d'exercer le pouvoir de juge suprême que les Papes ont reçu de Dieu. Il n'est guère de lettre qu'il écrive aux évêques de France, où il ne revienne sur cette plaie si dangereuse pour la religion de Jésus-Christ. Il avait frappé d'une sentence solennelle de condamnation le catéchisme de Mésenguy ; coup terrible contre les sectaires qui avaient vu , dans la proscription de ce livre, un renouvellement de tous les anathèmes portés contre Quesnel et ses partisans. Et pour montrer qu'il savait aussi bien flétrir le coupable que protéger les innocents, en même temps qu'il défendait énergiquement la compagnie de Jésus contre les attaques du philosophisme, il proscrivait, comme entachée d'une légèreté scandaleuse et profane, Y Histoire du peuple de Dieu, par le Père Berruyer. « Vous n'avez pas be- » soin, écrivait-il à Henri de Montesquiou, évêque de Sarlat, de x> nous demander ce que nous pensons du jansénisme. Nous avons » déjà prévenu ce que vous pouvez désirer de nous à cet égard, » en répondant à plusieurs des évêques de France, qui nous » avaient porté leurs plaintes sur les maux de votre Eglise, Nous » nous sommes expliqué avec tant d s clarté et ,j "étendue que per- » sonne ne doit plus douter de notre fermeté, ni de la constance » de l'Eglise romaine dans ses décisions. » Le même zèle s'appliquait, avec la même vérité et la même énergie, à combattre toutes les autres erreurs de ce temps lamentable. Les mauvais livres pullulaient alors ; les doctrines les plus impies et les plus honteusement perverses étaient répandues à profusion. Clément XIII ne pouvait faillir à l'un des plus importants devoirs de Fapostolat suprême. Dès les premiers jours de son règne, il avait frappé des

474 clément xra (1758-1769;.

foudres de l'Eglise le livre du matérialiste flelvêtius, et V Encyclopédie, où la philosophie antichrétienne avait réuni, pour attaquer la vérité, l'assemblage confus de toutes les erreurs. La discipline ecclésiastique, les principes divins et immuables de la hiérarchie sacrée, étaient battus en brèche par des novateurs té^ méraires. Be Uontheim, évêque de Myriophite et suffragant de Trêves, venait de publier, sous le pseudonyme de Fébronius, son livre sur VEtat de l'Eglise et sur la puissance légitime du souverain Pontife (1 763). Cet ouvrage, qui déniait les droits les plus reconnus et, les plus incontestables du Pape, causa un grand scandale dans le monde chrétien. Les frères Ballerini, de Vérone, le Père Zaccharia, jésuite, dans son Anti-F ebronius , le Père Zech, également jésuite, et Thomas Mamachi, dominicain, lui opposèrent de savantes réfutations. Clément XIII le condamna solennellement par un décret du 27 février 1764. Le 14 mars suivant, il sertissait l'évèque de Wurtzbourg et l'archevêque de Mayence de prémuinr leurs troupeaux, prêtres et fidèles, contre les doctrines dangereuses de cet ouvrage. « Cet écrivain artificieux, di- » sait-il, cache sa perfidie sous le masque de la piété, il diminue, » à ce qu'il prétend, ou plutôt il anéantit l'autorité du souverain » Pontife, a tin de ramener, par cette condescendance, les hété— » rodoxes à l'unité catholique : condescendance merveilleuse , en » vertu de laquelle ce ne sont pas les hérétiques qui se convertis- » sent, mais les catholiques qui sont pervertis. » Les docteurs de l'Université de Cologne avaient aussi publié une savante et courageuse réfutation du livre de Fébronius; la Pape les en félicita. « C'est le propare des chrétiens généreux, leur écrivait-il, de se » jeter sur-le-champ dans la mêlée, et de repousser avec vigueur » les attaques des ennemis de l'Eglise. Nous vous ca aimons da— ♦ vantap\ nous vous en remercions. » Cette guerre sainte remplit ;e laborieux jxmtificat de Clément XHI, ei, vers la fin de sa pé* nible carrière, recueillant toutes ses forces, il voulut laisser au monde comme un dernier souvenir de son héroïque courage, en stimulant le zèle de l'épiscopat contre le torrent des mauvais livres et des mauvaises doctrines, qui menaçaient de tout engloutir. Dans un encyclique, adressée à tous les patriarches, primats, archevêques et évêques du monde chrétien , le pasteur suprême

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