CHAPITRE T
leur rappelle cette grave et solennelle obligation. « Etablis dispen- » sateurs des mystères de Dieu, leur dit-il, et armés de sa toute- » puissance pour détruire les retranchements de Terreur, travaii- » lez avec courage et constance, pour détourner de ces pâturages * empoisonnés les brebis qui vous sont confiées, et que Jésus- » Christ a rachetées de son sang. »
12. Charleb TI, roi d'Espagne, était, nous l'avons dit, un prince sincèrement chrétien, vertueux et animé de l'amour du bien. Mais les principaux personnages qui l'entouraient se servirent de toute leur puissance de conseil et d'action pour ruiner dans son esprit, et pour détruire dans ses Etats, la compagnie de Jésus. On a voulu couvrir d'un voile impénétrable les motifs qui déterminèrent Charles III à décréter l'expulsion des jésuites d'Espagne. Ces motifs, l'édit dVxpulsion, nommé Pragmatique sanction, déclare que le monarque les garde dans son cœur royaL Nulle pièce officielle, nul document écrit, aucun dépôt d'archives, n'ont révélé cette cause mystérieuse. Evidemment, et à dessein, un ordre souverain et absolu en fit effacer jusqu'aux moindres traces. Cependant une tradition, entourée de tous les caractères d'authenticité et de véracité, nous a transmis ce secret d'Etat. On remit un jour au Père recteur de la première maison des jésuites, à Madrid, un paquet de lettres dont une portait le timbre de Rome. La communauté était en ce moment au réfectoire • le Père fit porter ces lettres, toutes cachetées, dans son appartement. Elles y étaient à peine, qu'un officier de d'Aranda se présenta, de la part du roi d'Espagne, avec un ordre de visiter tous les papiers des jésuites. Les lettres furent saisies. Celle qui venait de Rome fut remise à Charles III qui l'ouvrit lui-même. Il y lut ^ avec autant de surprise que d'indignation, qu'il courait à Rome des bruits très fondés sur l'illégitimité de sa naissance, que, vraisemblablement, il y aurait en Espagne une révolution à laquelle la cour de de Rome prendrait une part active pour faire passer la couronne sur la tête de l'héritier légitime. On recommandait au Père recteur de préparer les esprits de ses religieux pour cet événement, et d'en avertir les supérieurs des autres maisons. «Or, cette lettre, » dit le protestant Schall , avait été fabriquée par le duc de Choi- » seul, écrite par un habile faussaire qui avait parfaitement imité
476 clément xiii fi 758-1769).
*> récriture du général, mise â la poste de Rome à l'adresse du » Père recteur de Madrid. D'Aranda épiait le moment de son t arrivée : il se tint prêt à la faire saisir, avant même qu'elle eût > £*e lue. » Cette trame infernale réussit parfaitement. Charles ID î. avait rien soupçonné : blessé par l'endroit le plus sensible, i) donna dans le piège et se prépara à fulminer contre les Jésuites la sentence qu'on sollicitait depuis si longtemps, mais en vain. Il consulta secrètement des docteurs et des théologiens, afin de savoir si un souverain , pour des raisons qu'il ne peut mettre au jour et et qu'il garde dans son cœur royal, peut, en conscience, bannir de ses Etats un ordre religieux. Les docteurs furent pour la négative, mais les courtisans et les conseillers répondirent affirmativement. « Le 2 avril 1767, dit M. le comte Alexis de Saint-Priest, » le même jour, à la même heure, au nord et au midi de FA- » frique, en Asie, en Amérique, dans toutes les îles de la monar- » chie, les gouverneurs généraux des provinces, les alcades des » villes, ouvrirent des paquets munis d'un triple sceau. La teneur » en était uniforme ; sous les peines les plus sévères, on dit même » sous \>eine de mort, il leur était enjoint de se rendre immédiate- » ment, à main armée, dans les maisons des Jésuites, de les in- * vestir, de les chasser de leurs couvents et de les transporter » prisonniers, dans les vingt-quatre heures, dans tel port désigné » d'avance. Les captifs devaient s'y embarquer à l'instant même, » laissant leurs papiers sous le scellé et n'emportant qu'un bré- » viaire. Il faut en convenir, l'arrestation des Jésuites et leur » embarquement se firent avec une précipitation barbare. Près de » six mille prêtres, de tous les âges, des hommes d'une naissance » illustre, de doctes personnages, des vieillards accablés d'infir- » mités, privés des objets les plus indispensables, furent relégués » à fond de cale et lancés en mer, sans but déterminé, sans direc' » tion précise. » L'édit avait été exécuté dans tous les pays où s'étendait la domination de Charles III, sans en excepter même h Paraguay, ni ces Réductions florissantes, où la société de Jésus avait porté la civilisation avec la foi.
13. Cependant la voix du souverain Pontife allait s'élever pour faire entendre le langage de la plus juste douleur et des protestations les plus légitimes. « De tous les coups qui nous ont