CHAPITRE PREMIER
les désordres et déchaîner toutes les passions. 5° Il niait l'efficacité des sacrements comme moyens de sanctification. Dès qu'il n'admettait plus le mérite des bonnes œuvres, les moyens que J.-C. a établis pour augmenter en nous la grâce et soutenir les âmes dans la pratique de la vertu devenaient inutiles. Il ne conservait donc que trois sacrements : le Baptême, la Pénitence et l'Eucharistie, dans lesquels il ne voyait d'ailleurs que des signes sensibles qui nous excitent à la foi aux mérites de J.-C, sans conférer d'autre grâce à nos âmes. 6° H niait l'origine divine de la Confession sacramentelle, et réduisait le sacrement de pénitence à ta foi individuelle en la rémission des péchés par les mérites de J.-C. 7° Il niait la transsubstantiation ; remplaçait la Messe par la Cène, simple cérémonie où les paroles de la Consécration n'opèrent dans le pain et le vin qu'une présence figurée , et détruisait ainsi le sacrifice eucharistique, centre et foyer du culte catholique. 8° Il achevait son œuvre de destruction en traitant d'iaolâtrie le culte des saints et la vénération pour leurs images, qu'il bannissait des temples luthériens. Les cérémonies religieuses n'étaient à ses yeux que les pompes de Satan. Jusque-là le sacerdoce catholique avait conservé sa dignité et s'était maintenu à la hauteur de sa mission auguste, à la faveur^ de la loi du célibat, si souvent attaquée par les hérétiques et si soigneusement défendue par le Saint-Siège. Luther abolit le célibat, les vœux de religion, les ordres monastiques. Il rompait bruyamment toutes les digues opposées aux torrents des passions par la sagesse divine. — Telle nous apparaît, dans son ensemble, Fœuvre de destruction à laquelle il consacra sa vie. Toutes les notions théologiques, toutes les institutions, toute la discipline de l'Eglise étaient bouleversées. Luther concentrait dans une négation à peu près universelle toutes celles que les sectes précédentes avaient successivement opposées à chacun de nos dogmes. A proprement parler, il n'inventait pas un système d'erreurs , il résumait toutes les hérésies du passé dans ce vaste pandemonium qui s'appela le Protestantisme.
41. Le génie de Luther, essentiellement envahissant et dominateur, prétendait imposer à ses disciples son autorité personnelle, pendant qu'il proclamait dans ses thèses contre le catholicisme, le principe de liberté et d'indépendance absolue de l'esprit humain.
42 tfON x (1513-1521).
D voulait régler à son gré l'œuvre de démolition dont iî s'était fait le chef; '*« H conférait, dit-il, avec les esprits infernaux, dans sa » solitude de la Wartbourg, pour l'abolition de la Messe » lorsqu'il apprit que, sans attendre le mot d'ordre, son disciple, Carlostadt, dogmatisait à Wittemberg , où il renouvelait les fureurs des Iconoclastes, détruisant les images, profanant les autels, proscrivant les sciences et les lettres comme des moyens de perdition. Luther, à cette nouvelle, se hâta de se rendre à Wittemberg et voulut imposer silence à Carlostadt, qui résista. La discorde prenait ainsi possession du Luthéranisme à son début; et l'infaillibilité que le père du Protestantisme refusait au Pape, à l'Eglise, à la tradition, lui était contestée à lui-même. Le mouvement d'indépendance dans lequel il avait jeté les esprits éclatait de toutes parts comme une force dont il n'était plus le maître. Il avait déchaîné le vent, et les tempêtes naissaient partout sous ses pas. Zwingle, curé d'Einsidlen, en Suisse, s'était déjà fait chef de parti. A l'exemple du moine saxon, il se révoltait contre la doctrine des indulgences; mais, outre les erreurs de Luther, il rejetait le péché originel, et substituait, au dogme de la présence réelle, la présence entendue dans un sens figuré. La haine contre la Papauté, ce rocher contre lequel toutes les hérésies sont venues tour à tour se briser, était aussi le grand mobile de Zwingle.
42. Le pontificat de Léon X , agité par tant de discordes intestines , se terminait au bruit des armements dont l'ambition de Charles-Quint et de François Ier couvrait alors l'Europe. Tous deux cherchaient à nouer avec les autres souverains des alliances offensives et défensives. La position de Henri VIII rendait son alliance également désirable aux princes rivaux qui n'épargnèrent lien pour se la ménager. François Ier eut avec Henri YIII la fameuse entrevue du camp du Drap d'or, où les chevaliers, dit Du Bellay, témoin oculaire, « portèrent leurs forêts , leurs prairies et » leurs moulins sur leurs épaules. » François Ier avait espéré, par cette ruineuse magnificence , séduire son voisin d'Angleterre. Mais Charles-Quint, plus heureux et plus adroit que son rival, avait déjà prévenu l'esprit de Henri VÏÏI en sa faveur. Il était allé presque seul, le trouver à Douvres, promit la tiare au caroTnal Wolsey, favori du monarque anglais, lui paya le premier quartier