‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 24 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

» Bède dit non :qui croirez-vous ? » Luther avait nié le sacrement de Confirmation, parce que, disait-il, il n'en trouvait pas l'institution dans l'Ecriture sainte. « Mais, lui répond Henri VIII, si tu n'avais » que l'Evangile de saint Jean, tu nierais don* l'Eucharistie parce » que saint Jean ne parle pa° le i. institution de ce sacrement? d Sans la tradition, tu ne pourrais pas savoir s'il existe des Evan- » giles. Si l'Eglise ne nous avait pas instruit de l'authenticité de » l'Evangile de saint Jean, comment aurions-nous pu le connaître? » Pourquoi donc ne crois-tu pas à l'Eglise quano elle te dit : \ oil£ » ce que Jésus-Christ a fait ; voilà les sacrements qu'il a institues; » voilà ce que les Apôtres nous ont transmis ; de même que tu J 7) crois, quand elle te dit : Voilà ce qu'ont écrit saint Marc ou saint » Matthieu?» La conclusion du traité répond à l'argumentation solide et puissante du corps de l'ouvrage, « A quoi bon désormais, » dit le royal apologiste , une controverse avec Luther, qui n'est » de l'avis de personne, qui ne s'entend pas lui-même, qui nie ce » qu'il avait d'abord affirmé , qui affirme ce qu'il niait à l'heure » même. Si vous vous armez de la foi pour le combattre, il vous » oppose la raison, si vous appelez à votre secours la raison, il se » précipite dans la foi ; si vous citez les philosophes , il en appelle » à l'Ecriture ; si vous invoquez les livres saints, il s'entortille » dans ses sophismes d'école. Ecrivain effronté qui se met au- » dessus des lois, méprise nos docteurs, et du haut de sa grandeur » se rit des lumières vivantes de notre Eglise ; qui poursuit de ses » insultes la majesté de nos Pontifes, qui outrage la tradition, les » dogmes, les mœurs, les canons, la foi, l'Eglise elle-même. » Le livre de Henri VIII, présenté à Léon X par les ambassadeurs anglais, fut accueilli par le souverain Pontife avec des transports de joie. Le titre officiel de Dcfensor Fidei , fat, comme nous l'avons dit, donné au monarque dans une bulle spéciale. Henri VIT! reçut les félicitations de tous les docteurs catholiques ■ l'Allemagne, Fltalie, la France, les Pays-Bas, l'Espagne, loi adressèrent à Tenvi leurs congratulations et leurs éloges. Ce concert approbateur étouffa la voix de Luther, qui essaya vainement dr répondre par un torrent d'injures à l'œuvre sérieuse de Henri Vil < Qu'uni » roi d'Angleterre ait écrit contre moi, dit-il, qu'est-ce ^ue ceià » a d'étonnant ? Le Pape, maître, à ce qu'il prétend, des rois, des

58 léon x (1513-1521).

» princes, des écoles, des églises , n'a-t-il pas aussi pris la plume » pour m' attaquer? Qu'est-ce que cela me fait? C'est du^el que » j'ai reçu, par la grâce de Dieu, ma doctrine ; du ciel et de celui » qui, avec son petit doigt, est plus puissant que mille papes, rois, » princes et docteurs. Maintenant, si je mène rudement Henri VIII, » qu'il s'en prenne à lui seul, c'est sa faute. Si un roi d'Angleterre » me crache à la figure ses impertinents mensonges , j'ai bien le » droit à mon tour, de les lui faire rentrer dans la gorge ; s'il » souille de son venin la couronne de mon roi et de mon Christ, » pourquoi s'étonnerait-il que son diadème en soit sali , et que J6 » crie sur les toits : Le roi d'Angleterre est un menteur et un im- » pudent? J'en veux finir, une fois pour toutes, avec les papistes, » et leur répondre, en m'adressant au roi d'Angleterre : Si la vieil* » lesse faisait le droit, le diable serait sur la terre la chose la plus » juste du monde, car il a plus de cinq mille ans. »

39. Telle était, au sein de l'Europe catholique, l'attitude de Lu* ther, lorsque s'ouvrit, à Worms, la diète convoquée par Charles- Quint (1521J). Aléandro y parut en qualité d'ambassadeur du Pape : Luther ne tarda pas à y être cité , il reçut un sauf-conduit i npérial qui garantissait sa sûreté personnelle, et quitta Witternberg dans les premiers jours d'avril. Les débats s'ouvrirent avec solennité entre le nonce, les docteurs catholiques, Luther et se» adhérents. La foi , si indignement outragée par le moine saxon , fut vigoureusement défendue. En face de cette assemblée illustrej les injures dont Luther avait toujours un arsenal complet ne pour vaient passer pour des raisons. Aléandro obtint de f harles-^aint que les livres du reformateur wittembergeois seraient brûlés publiquement dans toutes les provinces de ses états. Un êiit impérial <sn proscrivit la lecture et le colportage. Luther comprit qu'il n'avait rien à gagner devant un tribunal aussi sérieux et aussi éclairé. 11 quitta Worms précipitamment, et, feignant de craindre pour sa sûreté personnelle, il se déguisa sous un vêtement de cavalier et vint se réfugier au château de la Wartbourg , sous la protection de l'électeur de Saxe. La Wartbourg, manoir féodal, était située comme un nid d'aigle sur le sommet d'une montagne isolée , dans « ia région des oiseaux qui chantent sur les arbres et louent le » Seigneur le jour et la nuit. » Luther n'avait point à y redouter

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l'œil de ses ennemis. Dans cette nouvelle Pathmos , comme il se plaisait à l'appeler, il prit le nom d' Ecc lestas te de Wiitemberg, écrivit les visions de son imagination exaltée et attendit que les événements lui devinssent plus favorables. Léon X, depuis la diète de Worms , avait publié une seconde bulle contre le novateur. Il y rappelait, dans une narration rapide, tout l'historique de la nouvelle hérésie; et pour remédier aux désordres qu'elle répandait en Allemagne , il excommuniait de nouveau Luther et tous ses adhérents, frappait d'interdit tous les lieux où ils trouveraient asile, et prenait les mesures les plus énergiques pour abattre, à sa naissance, une doctrine qui avait déjà pris des proportions formidables. Mais ces rigueurs furent impuissantes à arrêter Luther dans sa voie de destruction. Il continuait avec plus d'audace que jamais à saper tous les fondements du catholicisme et à ébranler les dogmes de la foi. Sa parole , d'autant plus fougueuse que le docteur se croyait plus en sûreté , répétée par tous les échos de la presse, répandue par ses disciples dans les palais et les chaumières, soulevait les passions et préparait de nouveaux orages. Un homme, un littérateur, dont le nom était alors populaire, Erasme de Rotterdam, favorisa, par son équivoque, les progrès du luthéranisme. Passionné pour l'étude des auteurs grecs et latins, parlant luimême et écrivant avec pureté les langues de Virgile et d'Iïomère, Erasme s'était acquis, par son talent d'humaniste, une réputation universelle. L'électeur de Saxe, Frédéric, pressé par Aléandro d'abandonner le parti de Luther, crut devoir auparavant prendre l'avis d'Erasme. Ce dernier, par de misérables vues d'intérêt personnel, et craignant de se commettre avec les Luthériens, répondit au prince û'une manière évasive. Frédéric interpréta les paroles d'Erasme comme il le voulut et continua à protéger Luther (1). L'histoire fera toujours , à la mémoire de l'humaniste de Piotterdam, le reproche d'avoir encouragé, par sa faiblesse et son indécision, les premiers débuts du Protestantisme. Plus tard, il voulut réparer ce scandale et essayer sa plume élégante et cicéronienne contre la phrase abrupte et l'éloquence volcanique de Luther. Mais la partie ne fut pas égale* et le docteur de Wittemberg éwa^a

(ii M*r Palma, Prœlectiones Historiœ ecclesiasticœ, t. m, p. 2ll7.

60 Léon x (1513-1521).

facilement, sous sa foudroyante ironie , les paroles harmonieuses et cadencées d'Erasme. Il ne resta de ce dernier, dans cette controverse, qu'une saillie heureuse* «Le Protestantisme, avait-il *> dit, est une tragédie qui a le dénouement des comédies ; tout y » finit par un mariage. »

40. La solitude de la Wartbourg exalta l'esprit de Luther. Le bruit qui se faisait autour de sa doctrine revenait par tous les échos exciter son âme ardente ; la polémique incessante qu'il sou> tenait contre les théologiens catholiques, le rejetait dans des erreurs nouvelles, et, quand il lui fallut enfin formuler son système, il se trouva qu'il avait successivement attaqué chacun des dogmes de la foi. Le résumé de sa doctrine est la négation à peu près complète du catholicisme. On peut en juger par le rapide sommaire qui va suivre : 1° Luther niait toute autorité dogmatique dans l'Eglise ; chacun devenait juge de la foi, en ne relevant que de sa conscience et de l'interprétation individuelle de l'Ecriture sainte. C'était anéantir d'un seul coup, la tradition, les conciles, les Pères, le droit canonique, sacrifier tout le passé, pour ouvrir aux générations à venir le champ le plus vaste et la liberté la plus illimitée. Cette erreur fondamentale devait d'ailleurs amener le Protestantisme a toutes les contradictions , à toutes les variations doctrinales qui n'ont cessé de se manifester dans son sein. 2° D niait le sacerdoce catholique en rejetant le sacrement de l'Ordre et en attribuant le ministère sacerdotal à chaque fidèle. L'Eglise de* Tenait ainsi une république dont tous les membres étaient chefs au même degré. C'était le démenti le plus audacieux jeté à toute l'histoire de l'Eglise dont chaque page atteste l'origine d:vine de la distinction entre le clergé et les *\dèles. 3° B niait la primauté du Pape et l'autorité du Saint-Siège. Cette erreur n'est que le corollaire forcé de la précédente. A ses yeux, le Pape était l'Antéchrist et Rome la Babylone de l'Apocalypse. 4° Il niait le libre arbitre, et, sur ce point, dépassant toutes les erreurs si souvent condamnées du Pélagianisme, il enseignait que, depuis le péché originel, toutes les actions, même méritoires, sont fatalement autant de péchés. La foi en J.-C. produit seule la sanctification, sans aucune coopération de notre part. C'était proclamer la licence la plus eifrénpe, ruiner les principes de toute morale, autoriser tous

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