‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 257 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

traîné au lieu incertain de son exil et de son supplice , à travers ses ténèbres d'une nuit désastreuse , dont un orage épouvantable rint encore augmenter l'horreur*

21. Le 25 du même mois le Pape arriva à Sienne, où on le logea pendant trois mois au couvent des Air^ustins, Le 2 juin suivant il fut transféré dans la Chartreuse, près de Florence. Cependant sa présence en Italie portant encore ombrage au Directoire, on songea à le faire transporter en France. Le 1er avril 1799 on l'enleva pour le conduire à Parme : il se trouvait dans un état si alarmant que ses médecins protestèrent contre un nouveau déplacement. Le commissaire français entra dans la chambre de l'auguste malade, fit découvrir le lit du Pape, considéra le Pontife avec cette brutalité farouche qui convenait si bien à sa mission , sortit un moment et rentra presque aussitôt , en disant : « Mort ou vif il faut qu'il parte. » Le duc de Parme eut la lâcheté de fournir aux Français une troupe de satellites pour escorter Pie YI jusqu'à Turin. Comme il cherchait à justifier cette conduite auprès du Pape , en l'attribuant à la contrainte qui pesait sur lui : « Altesse royale, répondit le martyr, les juifs employé- » rent le même argument quand ils délibérèrent sur le parti qu'ils x> devaient prendre à l'égard de Jésus-Christ. Ils disaient : Les » Romains viendront et détruiront notre ville. Que votre Altesse p Royale me permette encore de lui citer le commentaire que » saint Augustin nous a laissé de ces paroles : Ils craignirent de » perdre leur puissance et ne pensèrent point à la vie éternelle, » et ils perd^ent ainsi l'une et l'autre. » Pie YI arriva le 22 avril dans la capitale du Piémont, et apprit le lendemain que la France était son litix dvxil. « J'irai partout où ils voudront, s'écria-t-il , » en levant les yeux et les mains au ciel. » Le 26 il fut enlevé pendant la nuit ; pour lui faire franchir le mont Genève, on l'assit sur un grossier brancard, et pendant quatre heures il se trouva suspendu au milieu des abîmes et pénétré par un vent glacial. A Briançon il fut séparé des fidèles compagnons de son martyre. Arrivé à Yalenice, le 1 4 juillet, il y déploya un courage héroïque. « Mes souffrances corporelles ne sont rien, dirait-il, en compa- » raison des peines de mon cœur. Les cardinaux et les évêques p dispersés! Rome! mon peuple! l'Eglise! ah! voilà ce qui, nuit

512 pie vi (1775-1799).

» et jours, fait mon tourment. En quel état vais-je donc îea *> laisser ! » A ces pensées si amères, à ces douleurs si poignantes se joignirent de nouvelles persécutions. Le Directoire avait ordonné que le Pape fut transféré à Dijon; il défendit expressément qu on s'arrêtât à Lvon. Mais la maladie du Pape avait fait de tels progrès, que le motrtdre mouvement extraordinaire pouvait hâter l'instant fatal. On fut obligé de le laisser à Valence. Le 13 août une amélioration trompeuse se manifesta dans la santé de l'auguste vieillard ; une foule immense aux fenêtres du Pape implorait la faveur d'une dernière bénédiction. Les officiers voulaient écarter la foule, mais craignant une révolte ils supplièrent le Pontife de se montrer au peuple. Pie VI, plus sur de sa docilité que de ses forces, se fit porter sur le balcon , vêtu des ornementa pontificaux, et, en présence de la multitude attendrie, il cria d'une voix sonore : Ecce homo , et il donna avec amour cette dernière bénédiction. Le 29 août 1799, Pie VI expirait, en priant pour la France, et Ne pourrait-on f>as croire , dit Ranke , que c'en était » fait pour toujours de la Papauté! » Sans doute, à juger des choses humainement ; mais Dieu au milieu même des circonstances les plus désastreuses et les plus menaçantes, veillait, selon ga promesse infaillible , sur les immortelles destinées de son Eglise ; jamais la barque de saint Pierre n'est plus près du port eue quand elle semble submergée par la tempête.

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