CHAPITRE VI
cret en étudiant Plufarque, Tacite et Tite-Live. Bonaparte se montra aussi habile politique que grand capitaine. Le traité de Rastadt (novembre 1797), où le jeune vainqueur dicta les conditions de paix, créait et organisait la république Cisalpine, et concluait avec l'Autriche et la Sardaigne une pacification onéreuse pour ces deux puissances.
1 9 . Les négociations avec le Pape devaient avoir une issue plus malheureuse. Vainement le vainqueur d'Arcole avait envoyé à Pie VI un messager chargé de lui transmettre ces paroles : «Vous » direz à Pie VI que Bonaparte n'est pas un Attila, et que, le fïït- » il , le Pape devrait se souvenir qu'il est le successeur de saint » Léon. » Le Directoire fixa à trente millions d'écus la somme que devait payer le Saint-Siège , s'il ne voulait se voir enlever tous ses domaines en Italie. On lui prenait en outre les Légations d'Urbin. Quelque dures que fussent ces conditions , il fallait s'y soumettre. Tous les ordres de l'Etat rivalisèrent de générosité et de zèle pour compléter les sommes énormes que la victoire, abusant d'elle-même , voulut lever sur les Etats romains. Pie VI fit transporter toute son argenterie à la Monnaie, et ce noble exemple fut imité par tous ses sujets. Cependant des commissaires envoyés par le Directoire, arrivèrent à Rome, et déclarèrent, au nom de Talleyiand, l'indigne évêque d'Autun, devenu ministre des relations extérieures de la république , que , pour article préliminaire de la paix, on exigeait du Pape la rétractation des brefs par lesquels il avait condamné la Constitution civile du clergé. Les cardinaux, convoqués par ie Pape, déclarèrent qu'on ne pouvait pas accorder une pareille demande, parce qu'elle renverserait toute la doctrine de l'Eglise. Il ne pouvait y avoir de décision plus conforme aux intentions de Pie VI et à ses sentiments de piété. « Nous trouvons , s'écria-t-il, la couronne du martyre plus » brillante que celle qae nous portons sur notre tête. » Cette apostolique parole était une prophétie ; elle devint la règle de conduite de l'héroïque Pontife.
20. Le 12 février 1798 les Français entrèrent à Rome sous la conduite de Berthier, plantèrent un arbre de la liberté sur la place Saint-Pierre, et le 15 le général Cervoni se présentait au Vatican, devant le vicaire de Jésus-Christ , pour lui annoncer qu'il n'était
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plus souverain temporel. Comme il s'embarrassait dan* son exorde : « Allons, Monsieur, lui dit Pie VI, exposez, sans tant » de préambule, votre commission ; nous sommes préparé à tout. » Cervoni reprit alors son discours, en affirmant que le culte catholique serait solennellement garanti et que l'autorité spirituelle du chef de l'Eglise ahiverselle demeurerait dans sa plénitude et son intégrité. Le Pape l'interrompit : « Monsieur, lui dit-il, cette au-
* torité nous a été donnée de Dieu et nulle puissance humaine ne
* saurait nous la ravir. » Le général s'efforça de justifier ce qu'on avait fait , quant au temporel. Le Pape répondit article par article, fit parler les faits, qui proclamaient assez haut sa loyauté et l'injuste violence du Directoire ; puis il congédia poliment le général. Le Pape devait avoir une garde de cinq cents hommes; dès le 16 février elle fut licenciée subitement, et Pie VI fait prisonnier dans son palais. On voulut réduire l'auguste Pcntife à demander lui-même son éloignement de Rome ; mais toutes les tentatives à ce sujet furent inutiles, et, le 17 février, on lui signifia formellement l'ordre de se rendre en Toscane , avec menace , en cas de refus, de l'y conduire à main armée, « Mais je suis à peine » convalescent, s'écria le martyr; je ne puis abandonner mon » peuple ni mes devoirs , je veux mourir ici. -5-r'Vous mourre* » partout, lui répondit Haller, le commissaire du Directoire, avec » une atroce brutalité ; si les voies de la douceur ne savent point » vous persuader, la force sera plus éloquente. » Resté seul avec quelques serviteurs fidèles , Pie VI parut pour la première fois brisé par la douleur. Il entra dans son oratoire, se recueillit un instant dans le sein de Dieu , et reparut ensuite avec sa sérénité ordinaire. « Dieu le veut, dit-il, Dieu le veut ! Préparons-nous à » subir tout ce que sa Providence nous réserve. » ^t pendant le« quarante-huit heures qu'il passa encore à Rome , il ne cessa de travailler aux affaires de l'Eglise. La nuit même de son départ (20 février 1798), le commissaire français, qui avait devancé le jour, trouva Pi? VI prosterné au pied du crucifix. «Dépêche»» vous , » s'écriait f impatient exécuteur de cette violence sacrilège ; et, le pressant de descendre l'escalier du Vatican , il ne le perdit point de vue qu'il ne fût monté dans la voiture qui l'attendait. C'est ainsi que ce vénérable Pontife, arraché à son palais, était