‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 259 sur 294 · chapitre vn · texte numérisé non relu

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te mont Saint-Bernard à ses troupes, et îe M juin, îa célèbre bataille de Marengo lui donnait de nouveau le droit de dicter des conditions de paix à l'Europe. La France revit le héros avec un enthousiasme impossible à décrire. Nul ne s'y méprenait, Bonaparte était l'homme de l'ordre. Deux voies se présentaient à lui pour accomplir sa mission; Monk de la légitimité, il pouvait, de son épée victorieuse, reconstituer la monarchie française au profit des Bourbons; il pouvait prendre pour lui-même un pouvoir qui se présentait de lui-même sous sa main. Bonaparte choisit le second parti; il fut empereur. L'histoire de notre patrie s'enrichira, sous son règue, de pages héroïques ; mais aucune n'offrira peut-être un spectacle plus grand que celui qu'aurait pu donner alors le vainqueur d'Arcole, des Pyramides et de Marengo, rappelant sur son trône l'héritier de Louis XVI. Bonaparte voulut préparer les matériaux de l'édifice qu'il se proposait de reconstruire. Ce fut alors que, par le concours des hommes les plu» éclairés, il proposa ces recueils de lois, ces codes, faits pour immortaliser son nom, plus encore, s'il est possible, que ses victoires. Toutes les administrations, tous les services publia reçurent une organisation nouvelle, plus forte, plus centrale, plus facile à contrôler. De toutes ces améliorations, il résulta un . etour de confiance et de crédit qui donnait au nouveau gouverlement la force dans le présent et la sécurité dans l'avenir. A* nilieu de ces travaux pour la résurrection législative et administrative de la France, Bonaparte songeait à en accomplir un autre qui les couronnât tous, et qui commençât une nouvelle ère dans l'histoire de l'Eglise catholique. Ce fut la paix, la réconciliation de la France avec le centre de l'unité, le successeur de saint Pierre, par le concordat de 1801. La première ouverture en fat faite le lendemain de la bataille de Marengo par le vainqueur lui-même. Cette déclaration avait été si spontanée., si claire, si précise , que , le jour même , un cardinal recevait la mission de s'en ouvrir avec sa Sainteté. Pie VII venait de rentrer à Borne : «Vous pouvez dire au premier consul, répondit-il, que noua •> nous prêterons avec bonheur à une négociation dont le but est » si respectable, si convenable à notre ministère apostolique, ai i conforme aux vœux de notre cœur. » Le prélat Gonsalvi , pour

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qui Bonaparte semblait animé de dispositions favorables, fut immédiatement créé cardinal et chargé, par Pie Vil, de suivre à Rome la négociation du concordat. Le général français accréditai en même temps, auprès de Sa Sainteté, un homme dont le non est resté cher aux catholiques de France, M. Cacault. qui tiT admirer sa modération, son esprit bienveillant, îa sagesse et la prudence de sa diplomatie. En prenant congé du premier consul, M. Cacault lui demanda comment il fallait traiter le Pape : « Traitez-le, répondit le guerrier, comme s'il avait deux cents » mille hommes. » Malgré la bonne volonté réciproque, les négociations traînaient en longueur. Pie VII se décida à faire partir pour Paris le cardinal Consalvî, que Ton appelait la sirène de Rome, espérant que l'habile prélat réussirait mieux auprès du premier consul. Pie VII n'avait pas trop présumé de l'habileté de se nonce extraordinaire. Le 16 juillet 1801, le concordat fut signé à Paris par le premier consul, et, un mois après , il était ratifié à Rome par le Pape. En voici les principaux articles : — La religion catholique, apostolique, romaine, sera librement exercée en France. — Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français. — Sa Sainteté déclarera aux titulaires des anciens évêchés qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance , pour le bien de la paix afi de l'unité, toute espèce de sacrifices, même la résignation deleot siège. S'ils s'y refusent , il sera pourvu , par de nouveaux titulaires du gouvernement, à la circonscription nouvelle. — Les nominations aux évêchés vacants seront faites par le premier consul, et l'institution canonique sera donnée par le Saint-Siège.

— Les évêques nommeront aux cures; niais kur choix ne pourra *omber que sur des personnes agréées par le gouvernement. — • Sa Sainteté , pour le bien de la paix et l'heureux rétablissement de la religion catholique, déclare que ni elle ni ses successeurs ne troubleront, en aucune manière, les acquéreurs des biens ecclésiastiques aliénés, et qu'en conséquence, la propriété de ces mêmes biens, les droits et revenus qui y sont attachés, demeureront entre les mains des acquéreurs actuels ou celles de leurs ayant-causer

— Le gouvernement assurera un traitement convenable aux évêques et aux curés. — Sa Sainteté reconnaît « dans le premiet

chantre vît. 5Î7

consul, les mêmes droits et prérogatives, dont jouissait auprès d'elle l'ancien gouvernement.

3. La bulie Ecclesia Christi annonça au monde catholique l'heureuse conclusion du concordat (15 août 1801). Le même jour, Pie VII adressait aux évêques de France un bref dans lequel il leur déclarait que la conservation de l'unité et le bien général de l'Eglise demandaient d'eux la renonciation pure et simple de leur siège. « Nous sommes forcé, disait-il, par la nécessité des » temps, qui exerce aussi sur nous sa violence, de vous annoncer 9 que votre réponse doit nous être envoyée dans dix jours, etqu«

* cette réponse doit être absolue, de manière que si elle n'étais

* pas telle que nous l'espérons de votre piété , nous serions con-

* traint de vous considérer comme ayant refusé d'acquiescer à » notre demande. » Sur cent trente-cinq sièges épiscopaux que comprenait la France, en 1789, cinquante et un titulaires étaient morts, trois avaient déjà donné leur démission. Parmi les quatrevingt-un évêques restant, quarante-un accédèrent à la demande que leur faisait le Pape et donnèrent leur démission. Leur doyen d'âge, Mgr, de Belloy, évêque de Marseille, vieillard de quatrevingt-douze ans, successeur immédiat de Belzunce, écrivit à Mgr Spina : « Plein de vénération et d'obéissance pour les dé- » crets du souverain Pontife , je n'hésite pas à déposer entre ses » mains ma démission de l'évêché de Marseille. Il suffit qu'il » l'estime nécessaire à la conservation de la religion en France , *> pour que je m'y résigne. » Dans ces paroles, on respire l'esprit vraiment épiscopal des trois cents évêques d'Afrique qui, sous la présidence de saint Augustin , offrirent de céder leurs sièges aux évêques donatistes, si ceux-ci voulaient renoncer au schisme. Les évêques français ne présentèrent pas cette édifiante unanimité. Trente-six d'entre eux se séparèrent de leur quarante-cinq collègues et se refusèrent aux instances du Pape , non point d'une manière absolue , 'nais seulement dilatoire. Leurs réclamations tendaient à dire que le Saint-Siège n'avait jamais déployé une autorité pareille, et que cette mesure aurait dû être concerté? avec les évêques. La réponse était facile : il s'agissait de sauvev la France du naufrage, et Bossuet lui-même a dit que quand il j la nécessité, ou même utilité évidente, le Pape peut tout, et qui

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est au-dessus des canons. Le résultat de cette opposition de* trente-six évêques au concordat, fut une espèce de secte ou «*<* schisme appelé les anticoncordataires, ou la petite église, occie qui se faisait un mérite de décrier le Pape et son autorité ; schisme dans lequel paraît être mort M. de Thémines, ancien évêque d \ Blois. Sans s'inquiéter de ces résistances, le 29 novembre 1801 , Pie VIT publiait la bulle Qui Christi Domini, pour l'exécution du concordat. JQ déclarait déroger, en vertu de son autorité aposto iique, au consentement des évêques et des chapitres réfractaires. JQ leur interdisait l'exercice de leur juridiction et déclarait nuls tous les actes d'administration qu'ils pourraient faire. Il anéantissait toutes les églises épiscopales alors existantes en France , et créait, à leur place, soixante sièges nouveaux partagés en dix métroples. On fit cadrer cette division avec celle des départements, de manière que chaque diocèse comprenait un, deux, et quelquefois même trois départements, et que les soixante sièges s'éteadaient sur tout le territoire de la France. Du reste, il n'était nullement question, dans la bulle Qui Christi Domini, des diocèses créés par la constitution civile du clergé. Cette circonscription était regardée comme non avenue, et le Pape n'avait pas eu besoin d'éteindre la juridiction de gens qui n'en avaient pas.

4. Immédiatement après la ratification du concordat, Pie Vil envoya un légat à latere pour en suivre et diriger l'exécution. Ce fut le cardinal Caprara, précédemment nonce à Cologne, à Lucerne et à Vienne. Consalvi retourna à Rome, où le Pape le fit son premier ministre. Une des premières demandes du légat fut la permission de faire transporter, de Valence à Home, le corps de Pie VI. Le retour posthume du Pontife martyr fut une véritable marche triomphale à travers l'Italie, surtout h i ■ipprocheet à l'entrée de Rome. La ville tout entière, l'Europe i 'présentée par ses ambassadeurs, faisaient partie du cortège funèbre. Le 18 février 1802, dans la basilique de Saint-Pierre, eurent lieu la messe solennelle, l'oraison funèbre et les obsèques, célébrées par Pie VII en personne, en présence des ambassadeurs de toutes les puissances chrétiennes. C'était comme une amende honorable de toute l'Europe, envers un Pontife qui avait eu à souffrir des violences ou de l'abandon de toute l'Europe.. Cependant, à Paris, la

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