‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 260 sur 294 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

publication et l'exécution du concordat n'avançaient pas. Napoléon avait à combattre de plus d'un côté. A ceux qui ne voùlàieaj l'aucune religion, il faisait voir que la religion est nécessaire oour le bon ordre des sociétés humaines. A ceux qui poussaient au protestantisme \ il répondait que le grand intérêt, la grande force de la France , c'est son unité. Plusieurs fois on fit , près de lui, des tentatives pour l'engager à se déclarer, comme en Angleterre, chef delà religion, en mettant de côté le Pape. On le pressait un jour sur ce point; mais interrompant son interlocuteur : ((Assez, Monsieur, assez. Voulez- vous aussi que je me » fasse crucifier? » — Et comme l'homme à expédients regardait d'un air étonné sans rien comprendre à cette sortie : « Ce n'ett » point là votre pensée, dit le consul , ni la mienne non plus. Eh » bien! Monsieur, c'est là ce qu'il faut pour la vraie religion! » Et, après celle-là, je n'en connais pas ni n'en veux connaître » une autre. » Enfin, le Corps législatif adopta le concordat comme loi de l'Etat, le 5 avril 1802. Le conseiller d'Etat, Portails, avant d'en donner lecture, prononça un discours remarquable, où il faisait ressortir tous les avantages de la nouvelle mesure. Mais il fit en même temps adopter une série à' articles organiques, qui tendaient à mettre le clergé sous la dépendance absolue du gouvernement, et dont on n'avait rien dit dans les négociations préliminaires du concordat. C'était un reste de la duplicité jansénienne qui dirigeait encore certains personnages influents. Le Pape réclama avec vigueur contre ces additions subreptices. Avec le temps, plusieurs te articles organiques ont été abrogés, ou expressément , ou tacitement, par le non usage. Le 9 avril le cardinal Caprara commença ses fonctions. Bonaparte nomma aussitôt aux nouveaux évêchés ; et le légat accorda aux élus l'institution canonique au nom oa Saint-Siège. Dix-huit des anciens évêques furent appelés à gouverner de nouveaux diocèses. Malheureusement un ministre en crédit fit nommer aussi douze des anciens constitutionnels. Quelques-uns d'entre eux s'étaient réconciliés ou se reconcilièrent sincèrement avec le Saint-Siège ; mais trois ou quatre ne firent pas plus d'honneur au gouvernement, ni de bien à leur diocèse , qu'ils ne témoignèrent de véritable soumission au Pape. La nomination la plus remarquable

520 me vu (1800-1823).

fut celle du vénérable évêque de Marseille , de Balloy , au siège métropolitain de Paris. Agé de quatre-vingt-^^^uze ans, il en vécut encore huit, et mourut à cent ans , vénéré de ses nouveaux diocésains. Enfin, le jour de Pâques, 18 avril 1802, à Notre- Dame de Paris, la nouvelle Eglise de France, rétablie par îa grâce de Dieu et l'autorité du Saint-Siège apostolique, célébra sa propre résurrection , au milieu des chante de triomphe et des larmes de joie des fidèles. Le cardinal-légaf officia pontificalement en présence du premier consul et de cette légion de héros , étonnés des splendeurs d'une cérémonie à laquelle leurs yeux n'étaient point habitués. Un Te Deum solennel fit monter, vers le trône du Dieu des miséricordes, l'expression de la reconnaissance et de l'allégresse d'un grand peuple réconcilié avec la foi.

5. Les événements se pressaient autour de Bonaparte; plus grande que celle de Louis XIV, la France de 1802 allait de l'Océan aux Alpes et au Rhin ; la république ligurienne, capitale Gênes; la république cisalpine, capitale Milan, et d'autres Etats italiens en formaient les appendices. Ces agrandissements d'influence et de territoire étaient l'œuvre du vainqueur d'Egypte et d'Italie. Poussé par des conseils perfides , il eut alors le malheur de ternir sa gloire par le meurtre du duc d'Enghien , crime sans raison, sans cause, sans précédents, souvenir de la Terreur, sous un gouvernement dont l'existence seule était une protestation contre la Terreur. Mais déjà la puissance de celui qui allait s'appeler Napoléon était tellement formidable, qu'aucun Français n'osa flétrir le crime de la politique et de l'ambition : nous nous trompons; un jeune homme qui devait être, qui était déjà la plus grande gloire littéraire de son siècle , M. de Chateaubriand, l'auteur du Génie du Christianisme , dont l'immortel ouvrage n'avait pas peu contribué à préparer en France la restauration religieuse, était alors secrétaire d'ambassade à Rome. Il envoya sur-le-champ sa démission au premier consul, en lui disant qu'il « servait vo- 9 lontiers le gouvernement de la gloire , mais qu'il ne pouvait se m résoudre à servir celui du sang. »

6. L'assassinat de l'héritier du nom de Condé jetait un abîmo entre le passé et l'avenir. Le 14 septembre 1804, Bonaparte, aui Tenait d'échanger son titre de consul à vie pour celui d'empereu*fj

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