‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 266 sur 294 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

^ner les éloges à la religion, à la justice, au zèle catholique d'un souverain qui venait d'usurper le patrimoine de saint Pierre , et qui tenait le chef de l'Eglise dans les fers ; elle insinuait l'accusation calomnieuse, adressée au Pape , de sacrifier les intérêts de la religion à des intérêts purement temporels. Ce monument de lâcheté est une des hontes de l'Eglise gallicane.

15. Sur un autre point, les mêmes évêques tinrent une conduite qui ne leur fit pas plus d'honneur. Les victoires d'Eckmuhl, d'Essling, deRaab, deWagram, avaient décidé la paix de Vienne (13 octobre 1809). Pendant que l'empereur envoyait son frère Joseph chercher en Espagne un trône qui coûta la vie à tant de Français , et Murât , son beau-frère , régner à Naples , il songeait pour lui-même à répudier Joséphine Beauharnais. Le soldat parvenu voulait mêler son sang à celui des Césars. L'empereur d' Au* triche, François II, consentait à lui donner sa fille, l' archiduchesse Marie-Louise. Mais il fallait faire casser un mariage légitime > valide, consacré par l'Eglise, et qu'un caprice d'ambition brisait après une union de quinze ans. La commission épiscopale , consultée à cet égard, répondit que le recours au Pape étant impossible, la cause devait être dévolue à l'oftîcialité diocésaine % avec appel à l'officialité métropolitaine , et enfin à l'officialité primatiale de Lyon. Aucun de ces tribunaux n'existait ; on se hâta de les créer tous les trois. Et, comme le siège de Paris était vacant, on J nomma le cardinal Fesch, qui se trouva ainsi devoir juger l'affaire dans les trois degrés, comme premier supérieur de l'officialité diocésaine , comme métropolitain de Paris et comme archevêque de Lyon, primat des Gaules. La sentence de l'officialité fat telle qu'on pouvaitla désirer. Le 2 avril 1810, Napoléon épousa donc l'archiduchesse Marie-Louise ; les cardinaux furent invités à la cérémonie nuptiale , mais treize d'entre eux s'abstinrent d'y paraître, « par ce motif, déclarent-ils, que le Pape n'était pas inter- » venu à la dissolution du premier mariage. » Napoléon ne garda aucune mesure contre ces courageux prélats, il ne leur permit plus de porter les vêtements distinctifs de leur dignité et voulut qu'il s'habillassent désormais de noir. C'est de là que vint cette distinction fameuse des cardinaux rouges et des cardinaux noirs. L'empereur exila ensuite les cardinaux noirs dans différentes villes

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4e province , et les priva de leurs traitements. Le 20 mars 181Î , Napoléon devint père d'un fils, qui reçut en naissant le nom de roi de Rome ; ce titre usurpé ae devait pas porter bonheur à l'impérial enfant. |

16. Les joies de la famille n'adoucissaient pas le cœur de Napoléon. Il fit présenter à la commission ecclésiastique, toujours en permanence, des propositions entièrement subversives de l'autorité du Saint-Siège. Le cardinal Fesch, inspiré cette fois par l'abbé Emery, se hasarda à dire à son formidable neveu : « Sire, a tous les évêques résisteront ; vous allez faire des martyrs. » Ce mot fit tressaillir l'empereur. Il appela l'abbé Emery. « Qu'est-ce » que le Pape? » lui demanda-t-il avec le ton de la fureur. Le vieillard octogénaire avait fait le sacrifice de sa vie. « Sire, répon- » dit-il , je ne puis avoir d'autre sentiment sur ce point que celui » qui est contenu dans le catéchisme , enseigné par les ordres de » Votre Majesté dans toutes les églises de France. Le Pape est le » chef de l 'Eglise , le vicaire de Jésus-Christ, à qui tous les chré- » tiens doivent obéissance. Or, un corps peut-il se passer de son » chef; de celui à qui, de droit divin, il doit obéissance ? » — « Eh » bien ! je ne vous conteste pas la puissance spirituelle , dit l'em- \ pereur. Mais la puissance temporelle, c'est Charlemagne qui l'a » donnée au Pape, et moi, successeur de Charlemagne, je veux la

* lui ôter, parce qu'il ne sait pas en user, et qu'elle l'empêche d'exercer ses fonctions spirituelles. » L'abbé Emery était pré-

aré à cette sortie. « Votre Majesté , dit-il , honore le grand Bos-

suet. Bossuet. Sire, parle ainsi : « Nous savons bien que les

» Pontifes romains et l'ordre sacerdotal ont reçu de la concession*

• des rois , et possèdent légitimement des biens , des droits , des » principautés, comme en possèdent les autres hommes, à très » bon droit. Nous savons que ces possessions, en tant que dédiées » à Dieu, doivent être sacrées, et qu'on ne peut , sans commettre » un sacrilège, les envahir, les ravir et les donner à des séculiers. » On a concédé au Siège apostolique la souveraineté de la ville de » Rome et d'autres possessions, afin que le Saint-Siège, plus libre » et plus assuré , exerçât sa puissance dans tout l'univers. Nous » en félicitons sincèrement , non seulement le Siège apostolique , » mais encore l'Eglise universelle , et nous prions , de tous

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