chapitre vn
l'institution canonique des évêques. L'évêque de Nantes demanda, si, dans le cas d'extrême nécessité , on ne pouvait pas se passer des bulles. Mais la commission refusa d'accepter la question posée en ces termes, et voulut qu'on délibérât d'abord sur le fait de savoir si le concile était compétent pour ordonner un autre moyen d'instituer les évêques. De longues négociations furent entamées sur cette proposition ; enfin, la majorité des évêques, et cette résolution les honore, fut d'avis qu'il était nécessaire d'en référer au Pape, par une députation solennelle. Napoléon, irrité de la tournure que prenaient les débats , rendit, le 10 juillet 1811, un décret qui prononçait la dissolution du concile. L'évêque de Gand, M. de Broglie; l'évêque de Tournay, M. Hirn; et l'évêque de Troyes, M. de Boulogne, qui s'étaient signalés par leur fermeté vraiment épiscopale dans le cours des discussions, furent arrêtés, pendant la nuit, et enfermés au donjon de Vincennes. Napoléon ne s'arrêtait plus dans la voie de la persécution.
19. Brisé dans un accès de colère, le concile de Paris devait se rouvrir, par un nouveau caprice de l'empereur. Napoléon ordonna aux ministres des cultes de France et d'Italie, d'appeler auprès d'eux, successivement, chacun des évêques de leur nation, qui se trouvaient à Paris , pour les forcer, dans le tête-à-tête du cabinet , de signer une promesse conforme à celle rédigée par les quatre évêques députés, sous les yeux de Pie VII. Les caresses, l'intimidation , employées individuellement à l'égard des prélats, réussirent complètement. Sûr de la majorité des suffrages, l'empereur convoqua de nouveau le concile (5 août 1811), qui, sur la proposition de M. de Barrai, rendit le décret suivant : « Article l*r. » Conformément à l'esprit des canons, les archevêchés et évêchés » ne pourront rester vacants plus d'un an , pour tout délai ; dans » cet espace de temps , la nomination , l'institution et la consé— » cration devront être effectuées. 2. L'empereur sera supplié de » continuer à nommer aux sièges vacants, conformément aux » concordats ; et les nommés par l'empereur s'adresseront à notre » saint Père le Pape , pour l'institution canonique. 3. Dans les six » mois qui suivront la notification faite au Pape, par les voies » d'usage , de la dite nomination , le Pape donnera l'institution » canonique, conformément aux concordats. 4. Les six mou
536 pie vu (1800-1823).
» expirés sans que le Pape ait accordé l'institution , le métropo- » litain , ou , à son défaut , le plus ancien évêque de la province » ecclésiastique, procédera à l'institution de l' évêque nommé ; et, » s'il s'agissait d'instituer le métropolitain, le plus ancien évêque » conférerait l'institution. » Ce décret fut présenté à la ratification du Pape, par cinq cardinaux et neuf évêques, députés à Savone près de l'auguste captif. Pie VII, déjà enchaîné par la promesse faite à la première députation , entouré de cardinaux qui avaient solennellement juré de favoriser les desseins de son persécuteur, effrayé des maux innombrables qui allaient , lui disaiton , fondre sur l'Eglise , à la suite de son refus , Pie YII finit par succomber aux instances dont on l'assiégeait , consentit à l'expédition des bulles des évêques nommés, approuva et confirma le décret du concile par un bref dont le cardinal Roverella, l'un de» députés, fut le rédacteur.
20. La nouvelle de ce triomphe arriva à Paris, au moment où Napoléon préparait son expédition de Russie. Le 9 mai 1812, l'empereur, jusque-là triomphant, sort d'un palais où il ne devait rentrer que vaincu. Il est à la tête de six cent cinquante mille hommes ; il a sous ses ordres jusqu'à huit monarques qui viennent lui faire leur cour pendant son passage à Dresde. C'est ce moment que Dieu a choisi pour l'heure de ses justices. Les armes vont tomber des mains de ses soldats. Le ciel ratifiera l'excommunication , fulminée contre le conquérant par le Pontife auguste du Vatican. Le 9 juin, pendant que Napoléon traverse la Prusse, Pie Vil, par ses ordres, est enlevé brusquement de Savone et transporté à Fontainebleau. On sait les immenses désastres de Moscow, de Smolensk, de la Bérésina, du Niémen. Les Français ne combattaient plus des ennemis, ils luttaient contre les éléments. « Tout, jusqu'à leurs armes, dit un témoin oculaire de » ces scènes d'horreur, se tourna contre eux. Elles parurent à » leurs bras engourdis un poids insupportable. Dans les chutes » fréquentes qu'ils faisaient , elles s'échappaient de leurs mains, » elles se brisaient ou se perdaient dans la neige. S'ils se reîe- » viaent, c'était sans elles; car ils ne les jetèrent point, la faim » et le froid les leur arrachèrent. Les doigts de beaucoup » d'entre eux gelèrent sur le fusil qu'ils tenaient encore et quf