‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 269 sur 294 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

» leur ôtait le mouvement nécessaire pour y entretenir un resfo t de chaleur et de vie. »

21. Il y avait cinq mois que le Pape était détenu à Fontaine* bleau (1), lorsque Napoléon apporta lui-même, à Paris, la nou* velle de son épouvantable défaite. La grande armée était réduite à vingt mille hommes errants , fugitifs, sans vivres, sans vêtements, sans armes. Occupé à réparer, avec son incroyable activité, des désastres immenses, il sentit combien lui serait favorable une réconciliation vraie, ou du moins apparente, avec le Saint- Siège. Il se rendit à Fontainebleau. Le Pape et l'empereur ne s'étaient pas revus depuis le couronnement. Que les temps et les situations étaient changés ! Napoléon fut tour à tour caressant, hostile, froid, empressé, menaçant. Il remit au souverain Pontife un nouveau concordat, « qui devait, disait-il , tout pacifier. » Pie VII était âgé de soixante-onze ans. Sa santé , épuisée par les fatigues et la douleur ; sa sensibilité, excitée par le désir de revoir les cardinaux qu'on retenait prisonniers ; les instances mportunes du prélat Bertozzoli, qui le pressait de tout accorder ; les supplications de ceux des cardinaux italiens qui traitaient cette importante affaire et qui le fatiguaient de prévisions menaçantes ; le silence absolue de toute voix sage , noble , amie , qui vînt relever cette âme abattue par la souffrance ; enfin , les approches de la mort, tout contribuait à décourager le Pontife. Il ne restait plus en ce moment, à Pie VII, que la faculté de ce mouvement de la main qui peut encore machinalement tracer un nom. Ce nom fut apposé ie 25 janvier 1813, sur un papier que l'empereur signa sur-le-champ. Le Pape s'engageait à donner l'institution canonique aux évêques nommés dans un délai de six mois , après lequel l'institution serait conférée par le métropolitain, ou le plus ancien évêque suffrageant. Il renonçait à la souveraineté de Rome et s'engagait à résider où il plairait à Napoléon. L'empereur ordonna que la conclusion de ce concordat, arrachée par un indigne

(1) Pendant que Pie VII était abandonné ou trahi par des cardinaux et de» évéques, dont le premier devoir était la fidélité au chef de l'Eglise, quelques familles, aussi distinguées par leur noblesse que par leurs sentiments religieux, entre autres celles de Montmorency-Laval et de la marquise de la Riandrie. tai taisaient parvenir des témoignages d'inaltérable dévouement.

53S pie vu (1800-1823).

abus de pouvoir, fût annoncé solennellement à l'empire, et voulut qu'on chantât un Te Deum dans toutes les églises. A ces condi-» tions, les cardinaux virent se terminer leur captivité ou leur exil; ils se hâtèrent de se rendre près du Pape. Pie VII voulait surtout revoir le cardinal Pacca, son ange consolateur.

22. L'entrevue entre le Pontife et son ancien ministre fut touchante. «Pie VII, dit l'illustre cardinal, était courbé, pâle, amai- » gri, les yeux enfoncés, presque éteints et immobiles. » Le souvenir de la concession qu'il s'était laissé arracher, lui pesait comme un remords. Pacca l'assura qu'aidé au conseil des cardinaux fidèles, « il pourrait réparer le mal qui avait été fait. » A ces mots, l'auguste f Jntife parut reprendre ses sens : sa physionomie s'anima un peu. « Vous croyez, dit-il, qu'on peut y remédier? » — Oui, très— saint Père, à tous les maux, lorsqu'on le veut » bien, on trouve quelque remède. » Le 24 mars, Pie VII envoyait à l'empereur une lettre autographe , où il rétractait explicitement et dans les termes les plus formels sa concession du 25 janvier. « C'est en présence de Dieu, dit-il, auquel nous se- » rons bientôt obligé de rendre compte de l'usage de la puissance » à nous confiée, comme vicaire de Jésus-Christ, pour le gouver- » nement de l'Eglise, que nous déclarons, dans toute la sincérité » apostolique, que notre conscience s'oppose invinciblement à » l'exécution des articles contenus dans notre écrit du 25 janvier, » Nous reconnaissons avec douleur et confusion que ce ne serait » pas pour édifier, mais pour détruire, que nous ferions usage de » notre autorité, si nous avions le malheur d'exécuter ce que » nous avons imprudemment promis , non par aucune mauvaise » intention, comme Dieu nous en est témoin, mais par pure fai- » blesse, comme cendre et poussière. Il ne nous reste plus qu'à » dire à Votre Majesté les paroles que notre prédécesseur Pascal II » adressait à l'empereur Henri V : « Notre conscience reconnaist> sant notre écrit mauvais, nous le confessons mauvais , et, avec » l'aide du Seigneur, nous désirons qu'il soit complètement » annulé, afin qu'il n'en résulte aucun dommage pour l'Eglise, » ni aucun préjudice pour notre âme. » Cette humilité sublime ne toucha point Napoléon : il fit entendre des menaces de mort contre les cardinaux fidèles ; mais les événements , plus prompts

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