‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 276 sur 294 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

venait de paraître (1818) ; il était signé par M. l'abbé de Lamennais. Un an après ce nom était célèbre comme ceux de Chateaubriand, de Bonald et de Maistre. La logique et l'éloquence, la vigueur et la grâce du style, la hardiesse des pensées, le sublime des images, cette majesté de langage qui rappelait les traditions du grand siècle, la manière neuve, le tour saisissant, le choix du sujet; tout était beau dans ce livre. L'effet en fut immense; on appelait déjà son auteur k nouveau Tertullien ; hélas ! il ne devait que trop ressembler, par ses erreurs, à cette grande figure des premiers siècles de l'Eglise ; mais alors rien ne faisait prévoir les défections de l'avenir. Un cortège d' intelligences jeunes, brillantes, dévorées du zèle de la vérité et de la soif de la science , se réunit autour du nouveau docteur , et l'Eglise applaudissait au triomphe d'un de ses enfants. Le second volume de Y Essai sur l 'indifférence parut quelque temps après; M. de Lamennais n'était déjà plus qu'un orateur téméraire. Séduit par l'illusion généreuse, sans doute, de remplacer tous les anciens systèmes de philosophie et de forcer les incrédules à la foi , il prétendit trouver dans le sens commun le critérium infaillible de vérité. On sait les discussions que souleva , dans le monde religieux , cette thèse fameuse. On sait qu'elles se terminèrent par une épouvantable apostasie. Dieu voulait, sans doute, donner un nouvel exemple de l'impuissance du génie dès qu'il s'écarte du chemin de l'obéis* sance.

32. Dans l'intervalle de ces événements, Léon XII avait publié, le 26 mars 1824, la bulle Impensa romanorum Pontificum gollicitudo, pour régler, par un concordat, les affaires de l'Eglise catholique du Hanovre. Le décret pontifical érigeait deux évêchéf dans ce royaume, l'un à Hildesheim, l'autre à Osnabruk ; il veillait à ce que les décrets du concile de Trente fussent exécutés; travaillait à la réunion des membres dissidents de la petite église en France; proscrivait le schisme des jansénistes à Utrecht ; étendait sa sollicitude sur les Irlandais et les Belges catholiques , rétablissait les Jésuites à la tête du collège romain ; préparait les voies à un concordat entre le Saint-Siège et les grands duchés de Bade et de Nassau ; approuvait, par la bulle Etsi filius Dei, la congrégation des oblats de la sainte Vierge, fondée par deux pré*

548 Léon xii (1823-1829).

très picmontais pour prêcher l'Evangile au peuple et donner d*ï missions. Il parvint aussi à aplanir les difficultés qui s'opposaiei?A au rétablissement des sièges épiscopaux dans la province du Haut- Rhin. Moins heureux en France, où M. de Frayssinous présidait au ministère de l'instruction publique, Léon XII voyait avec dou-* leur ce prélat essayer de créer une nouvelle Sorbonne pour êtrt la gardienne des maximes françaises. Ce fut alors qne le jeusfl archevêque de Paris, Mgr Hyacinthe de Quélen , donna les pre» mières preuves de la vigueur épiscopale qu'il devait déployer un jour avec tant d'éclat. Il déclara formellement au ministre qu'il refuserait tous les pouvoirs sacerdotaux aux prêtres chargés d* l'enseignemerrt dans la nouvelle Sorbonne. Les instances les plufl pressantes ne purent faire fléchir cette détermination ; le projet de M. de Frayssinous avorta. Telle était la situation des affaires religieuses en France au moment de la mort de Louis XVIII (16 septembre 1824). Un conflit de juridiction empêcha le clergé de Paris d'accompagner le corps du roi de France à Saint-Denis ; la malveillance interpréta ce fait dans an autre sens , on prétendit que le roi était mort sans avoir accepté les consolations de la religion. Dans la réalité , Louis XYIII fit une mort chrétienne. La veille de sa mort, le curé de Saint-Germain récitait à voix basse les dernières prières auprès du lit de Sa Majesté. « Monsieur le » curé, dit l'auguste malade, priez tout haut et ne craignez pas » de m' effrayer. Je n'ai pas peur de la mort, il n'y a qu'un mauw vais roi qui ne sache pas mourir. » Le trône de la France passait au comte d'Artois, frère de Louis XVI, qui prit le nom de Charles X. Il inaugura son règne par une mesure qui prouvait la bonté de son cœur en même temps que la faiblesse de son caractère ; il abolit la censure des iournaux : c'était se désarmer en face de l'ennemi.

33. Charles X remplaça M. de Frayssinous, au ministère de l'instruction publique, par M. Feutrier, évêquedeBeauvais. Ce prélat ne signala son passage aux affaires que par une hostilité déclarée eontre les vrais principes de la discipline ecclésiastique. Quelques évêques avaient confié l'enseignement de leurs séminaires à des religieux de la Compagnie de Jésus ; un grand nombre de familles françaises en profitaient, pour faire donner une éducation

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