CHAPITRE VIT
le gouvernement se préparait à une lutte terrible. La charte de Louis XVIII n'avait porté que des fruits amers ; désordres dan* î'administratioi», esprit d'insurrection dans les masses, système organisé d'insulte contre tout ce qui était beau, saint , respectable ; anarchie partout. Il était temps de rompre ce réseau qui enveloppaitla monarchie. On le crut, dumoins. Le 25 juillet 1830, parurent les Ordonnances fameuses , qui suspendaient la liberté de la presse, changeaient le mode d'élection et dissolvaient l'ancienne chambre. Si de telles ordonnances paraissaient de nos jours, après l'expérience de trente ans ajoutés aux expériences de nos pères, on ne leur reprocherait qu'un seul défaut, celui de n'être pas assez absolues. C'est que, lassés aujourd'hui d'une liberté sans frein, stérile dans ses résultats, ruineuse dans ses excès, impopulaire à force de ne parler que des misères du peuple, sans rien faire pour les soulager, nous éprouvons maintenant un besoin immense d'autorité. En 1830, on croyait encore à ce mirage trompeur de la liberté ; les ordonnances firent une révolution. Charles X partit pour l'exil, emportant, dans les plis de son glorieux drapeau , trois générations de rois. Un homme se tenait prêt à recueillir les débris de celte grande chute, qu'il avait préparée, peut-être, mais dont, à c»mp sûr, il se hâta de profiter: du milieu des barricades, il releva un trône qui ne devait pas être plus solide, et prit le nom de Louis-Philippe 1er, roi des français.
37. Le courageux archevêque de Paris, Mgr de Quélen, fut sollicité, dans une entrevue avec le nouveau monarque, de prendre l'initiative du serment à la chambre des pairs, parce que son aremple déterminerait, disait-on, tout le clergé à l'imiter. « Ce » serait une erreur de le croire, répondit le prélat. Le gouverê nement qui aurait reçu mon serment aurait M. de Quélen dés- » honoré, il n'aurait pas l'Eglise de France. Le Pape seul peut » trancher la question. S'il autorise le serment et les prières pour t> le chef actuel de l'Etat, le serment sera prêté et les prières se » ront dites partout: s'il les défend, je serai le premier à lui » obéir, et ces prières publiques , que j'ai cru devoir autoriser » provisoirement, je les interdirai, s'il les défend, aussiiôt que » sa volonté me sera connue. » Pie VIII, consulté, répondit par
552 Grégoire xvi (1831-1846).
?me autorisation qu'il ne pouvait refuser. La Papauté , d'après le nouveau droit public de l'Europe, ne fait ni ne défait plus les gouvernements ; mais elle sauve les âmes et consolide la paix sous tous les gouvernements. La noble réponse de Mgr de Quélen ne fut pas oubliée.
38. Au milieu des orages soulevés par la nouvelle révolution française. Pie VIII terminait son court pontificat. Chargé d'ans et d'infirmités, il mourut, le 30 novembre 1830. Comme prince temporel, il s'était surtout occupé du soin d'améliorer le sort des classes pauvres ; il diminua les impôts et fournit du travail au peuple. Comme chef de l'Eglise universelle, il intervint, après la prise d'Andrinople et la paix conclue par les Russes avec la Porte. *?n faveur des Arméniens catholiques , chassés de leur patrie , et obtint pour eux l'érection d'un arehevêché arménien à Constantinople même, le rappel des bannis, la reconnaissance de leurs droits, et la restitution de leurs biens. Il invita, d'une manière pressante , l'empereur du Brésil à abolir l'esclavage dans ses Etats, et don Pedro prêta l'oreille aux paroles du Père de la chrétienté. La nouvelle de l'émancipation de l'Irlande, accordée sous le ministère de sir Robert Peel , en Angleterre (12 avril 1829), avait réjoui le cœur de Pie VIII , au commencement de son pontificat ; et la conquête d'Alger , qui détruisit le repaire de pirates où, pendant tant de siècles , avaient gémi des milliers de victimes chrétiennes , adoucit, à ses derniers moments, la douleur que lui causa l'esprit de révolte qui éclatait de toutes parts.
g. 4. Pontificat de Grégoire XVI (2 février 1831-ler juin 1846).
39. Le 2 février 1831, le cardinal Albani, de la galerie qai domine la grande porte du Quirinal, proclamait, devant une multitude immense, le nom du nouveau Pontife. « Je vous an- » nonce une grande joie, dit-il ; nous avons pour Pape Son Emi- » nence Maur, cardinal Capellari , qui a pris le' nom de Gré- » goire XVI. » Le moment était solennel. Au moment de la most de Pie VIII, l'Europe était profondément ébranlée, par le retentissement qu'avait eu partout la révolution de juillet. La France est comme le cœur du monde chacun de ses battements a un