CHAPITRE VII
écho jusqu'aux, extrémités de l'univers : elle est le thermomètre politique des nations. L'Italie . partagée entre tant de souverainetés diverses , travaillée par les sociétés secrètes et surtout par celle des Carbonari, l'Italie, qui n'a conservé que le souvenir de ses anciennes gloires, parmi les honteuses faiblesses de.ses caractères énervés , s'agitait au souffle du libéralisme français. La rébellion s'étendait déjà de Bologne aux portes ae Rome. Mais la tempête se calma , sous la main du successeur de saint Pierre ; une joie universelle salua l'avènement de Grégoire XVI, qui signala le commencement de son pontificat par des actes de bienfaisance et de fermeté. « Ce «ïui nous fortifie, disait-il dans l'en- » cyclique publiée trois jours après son intronisation, c'est la » pensée que le Père céleste ne permettra pas que les épreuves » qu'il nous envoie excèdent nos forces. » Avec le secours de l'Autriche , il comprima la révolte des Etats pontificaux. S'il en coûta à Grégoire XYI de recourir à ces pénibles moyens , pour rétablir la paix dans les provinces ecclésiastiques , son cœur paternel ne souffrit pas moins de voir éclater ailleurs l'anarchie et le désordre ; et ce fut dans ce sens qu'il chercha à prémunir les archevêques de Pologne et de Belgique contre toute immixtion dans les affaires politiques , en leur rappelant leur ministère de paix et les devoirs imposés aux sujets envers leurs souverains. Le libéralisme déchaîna vainement toutes ses colères contre un souverain Pontife qui osait proclamer 3 en plein xixe siècle, le principe de saint Paul que « toute puissance vient de Dieu. » Les abus du pouvoir temporel, en Pologne, vinrent plus tard servir admirablement les récriminations des ennemis de l'Eglise. On disait, du haut de toutes les tribunes, on écrivait, dans tous les organes de la publicité, que c'en était fait de la dignité, de te grandeur papales. Grégoire XVI trompa ces sinistres prévisions. Dans la circulaire qu'il adressa à tous les évêques de la catholicité (15 août 1832), en se déclarant ouvertement l'adversaire d'un faux et dangereux esprit d'innovation, il protesta solennellement de sa ferme résolution de conserver et de maintenir l'antique tradition apostolique. 40. A peine la tranquillité fut-elle rétablie dans les Etats pontificaux, que le Pape appliqua son énergique activité à réformer d'anciens abus et à en prévenir de nouveaux. Les universités,
551 Grégoire xvi (1831-1836).
formées pendant il a révolution, furent réorganisée* , des écono mies considérables réalisées dans toutes les branches de l'administration ; de hauts fonctionnaires destitués , pour cause d'infidélité ou d'oppression ; les recettes et les dépenses, depuis 1817, soumises à une révision nécessaire pour constater la légalité des privilèges, des pensions, des subsides accordas jusqu'hors ; une nouvelle collection de lois promulguée • un nouveau iode pénal soumis à l'examen de tous les présidents des tribunaux ; une répartition plus équitable de l'impôt foncier.» proposée aux députéf convoqués de tous les parties des Etats pontificaux ; des tribunaux de commerce établis dans Rome, dans les villes de province et les ports de mer ; les cours d'appel et les tribunaux criminels composés désormais de juges laïques ; la justice la plus sévère à l'égard de tous ; les arts et les sciences protégés avec autant de magnificence que de goût ; le musée Etrusque fondé au Vatican ; la basilique de Saint-Paul relevée des ruines de l'incendie du 15 juillet 1823, tels furent les travaux intérieurs du pontificat de Grégoire XVI. Le Pape continuait à vivre en simple moine, conformément à la règle austère des Camaldules, couchant sur la dure, mangeant peu, prolongeant ses veilles, travaillant beaucoup, priant toujours. Il aimait à s'entourer et à se servir des hommes les plus éminents de son époque ; il nomma le savant cardinal Lambruschini aux fonctions de secrétaire d'Etat; rétablit, après douze ans d'interruption , la nonciature de France en faveur d'un prélat cher à tous les cœurs catholiques, dont la pourpre romaine récompensa plus tard les éminents services, et dont la perte récente a été un deuil universel, Mgr Fornari ; il fit entrer dans le sacré Collège , comme autrefois Léon X y avait introduit Bembo et Sadolet, le savant Angelo Mai (1) et le philologue Mezzofanti.
4). Cependant, en France, les révolutionnaires les plus fougueux ne dissimulaient pas leur pensée et leur désir d'anéantir
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, S. E. le cardinal Mai a cessé de mre. Sa mort est une perte irréparable pour la science ecclésiastique, dont il fut l'un des plus érudits et des plus heureux restaurateurs ; elle a plongé dans le deuil tous ceux qui ont eu le bonheur de connaître et d'admirer l'affabilité, là douceur, la modestie du savant cardinal.