La colère des Impériaux tomba d'abord sur l'Italie, Dix
74 clément vu (1523-1534).
mois entiers Milan fut abandonnée à la barbarie des Espagnols. Dès qu'on sut en Allemagne que ces riches provinces étaient ainsi livrées au pillage , quinze mille réformés allemands passèrent les Alpes, sou> la conduite de Georges Frondsberg> luthérien furieux, qui portait à son cou une chaîne d'or, « destinée, disait-il, » à étrangler le Pape. » Le connétable de Bourbon et Leyva con« duisaient ou plutôt suivaient cette armée de origands. Elle » grossissait, sur sa route, d'une foule d'aventuriers. Elle prit son themin par Ferrare et Bologne ; elle fut sur le point d'entrer en Toscane , et une partie ne jurait plus que par le sac glorieux de Florence. Mais l'hérésie les entraîna vers Rome, dont le connétable leur promit le pillage. L'assaut fut livré avec fureur. Bourbon y perdit la vie ; mais ses soldats ne le vengèrent que trop. Maîtres enfin de la ville pontificale, ils ne firent pas de quartier, et le premier jour, huit mille Romains, qui demandaient la vie à genoux, furent massacrés. «Jamais peut-être, dans l'histoire du » monde, dit M. de Sismondi, une plus grande capitale n'avait été » abandonnée à tin abus plus atroce de la victoire ; jamais une » puissante armée n'avait été formée de soldats plus féroces et 9 n'avait plus effroyablement secoué le joug de toute discipline. » Ce n'était pas assez qu'on vît, livrée à la rapacité des soldats, la » totalité des richesses sacrées et profanes que la piété des peuples, » ou leur industrie , avait rassemblées dans la capitale du monde » chrétien ; les personnes mêmes des infortunés habitants furent » également livrées aux caprices et à la brutalité de la soldatesque : » ceux à qui on soupçonnait des richesses cachées étaient mis à la » torture. On en obligeait^ par des tourments, à signer des billets, » et à épuiser la bourse de» amis qu'ils pouvaient avoir dans les » pays étrangers. Un grand nombre de prélats succombaient à ces » souffrances. Après s'être rachetés , beaucoup d'autres , pour » s'être crus délivrés de toute attaque, étaient contraints de se ra- » cheter encore , et moururent de ces violences , de leur affliction » ou de leur effroi. On voyait des soldats allemands, dans la » double ivresse du sang et du vin , promener sur des ânes des » évêques *m habits pontificaux, traîner les cardinaux dans les » rues, les charger d'outrages et de coups. L'avidité enfonçait les » tabernacles, mutilait les chefs-d'œuvre des arts. La bibliothèque