chapitre n
frir, plus que toute autre ville, des revers de la France. Bonnivet conseilla à son maître le siège de Pavie. Cependant le connétable de Bourbon arrivait avec un renfort de douze mille Allemands qu'il avait levés à ses propres frais. La prudence faisait une loi de la retraite ; mais l'âme chevaleresque de François Ier aurait considéré comme un déshonneur de reculer devant un vassal rebelle : il s'élance à sa rencontre. Cette généreuse témérité valut à nos armes une des défaites les plus lamentables dont notre histoire ait eu à enregistrer le souvenir. L'armée détruite , le roi lui-même fait prisonnier, telles furent les conséquences de la désastreuse journée de Pavie, après laquelle François Ier écrivit à sa mère le mot célèbre : « Madame, tout est perdu, fors l'honneur. » Transporté à Madrid, le roi captif n'obtint de son rival la liberté, qu'après avoir signé un traité par lequel il renonçait à ses droits sur l'Italie, cédait la Bourgogne à l'empire , donnait ses deux fils eD otage, promettait de faire droit aux prétentions du connétable de Bourbon , et de s'allier, par un double mariage, à la famille de Charles-Quint.
9. Après les ratifications en bonne forme de ce traité honteux, François Ier fut libre; il partit, bien décidé à ne pas exécuter des conditions imposées par la force , et que la nécessité l'avait seule contraint à souscrire. Les états de Bourgogne, convoqués à l'effet de déhbérer sur le traité de Madrid, répondirent : « Si Votre Ma- » jesté persistait à vouloir nous livrer à une domination étrangère, » nous défendrions nous-mêmes notre province, jusqu'à notre » dernier soupir, et nous mourrions Français. » L'Europe entière applaudit à ce noble langage. Le pape Clément VII, le roi d'Angleterre Henri VIII, les républiques de Venise, Gênes, Florence et Milan formèrent avec la France, contre Charles-Quint, une alliance qui prit le nom de Ligue sainte , parce que le Pape en faisait partie. Fidèle aux véritables traditions de la politique italienne, le souverain Pontife comprenait que la liberté de la Péninsule était perdue si le jeune empereur, déjà maître de Naples, s'emparait encore du Milanais, que lui livrait le traité de Madrid. Cette considération détermina sa conduite politique en cette circonstance.