CHAPITRE II
joug qu'il avait vouki leur imposer. Ils rejetaient le baptême des enfants, dont ils ne trouvaient pas, disaient-ils, de trace dans rÉcriture. Leur chef les conduisit à Wittemberg, où il soutint sa doctrine, prétendant que le baptême des enfants était inutile; qu'il devenait dès lors indispensable de rebaptiser les adultes aux-» quels l'Eglise catholique n'avait pu conférer un sacrement valide avant qu'ils eussent l'âge de raison. Cette doctrine leur valut le nom à' anabaptistes, auquel ils donnèrent la plus sanglante illustration par leurs désordres. Mélanchton, le disciple chéri de Luther, hésita quelque temps entre l'autorité de son maître et celle des nouveaux sectaires. Les objections de Storck lui parurent assez graves pour qu'il étudiât avec soin la question du baptême des enfants ; les textes de l'Ecriture sainte ne lui fournirent pas sur ce point les éclaircissements qu'il cherchait ; il fût donc devenu lui-même anabaptiste, si les excès de ces visionnaires ne l'eussent bientôt dégoûté de leur doctrine. Luther fut impuissant à rétablir l'ordre dans son camp divisé. Vainement il écrivit aux chefs des anabaptistes, pour les engager à la modération, et leur rappeler, comme il le disait, « la nécessité d'éprouver les esprits. » Il se crut alors en droit « de donner sur le museau des vision- » naires ; » et il essaya contre eux cette violence de langage et ces prédications populaires qui lui avaient si bien réussi contre le catholicisme. Mais il est plus facile de lancer les esprits dans les voies révolutionnaires que de les arrêter sur cette pente rapide. Quand il cherchait à faire prévaloir son opinion, on lui répondait qu'il avait onseigné lui-même â ne reconnaître d'autre autorité que celle de l'Evangile. S'il voulait s'appuyer sur l'Evangile, on lui répondait qu'il avait enseigné lui-même que chacun était libre d'interpréter le texte sacré. La liberté, qu'il avait déchaînée dans le monde, retournait ses forces contre lui. Cependant il ne tarda pas à reprendre courage, et, ne pouvant enrayer* le mouvement, qu'il avait imprudemment provoqué, il n'hésita pas à se mettre à sa tête. Pour faire diversion au courant des idées, et sans doute aussi pour satisfaire les honteuses passions qui s'agitaient dans son sein, il commença à déclamer avec fureur contre les vœux monastiques. Ses sermons, ses lettres, ses pamphlets, dont toute l'Allemagne se vit bientôt inondée, tous composés sous eette ins-
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piration» flattaient les plus vils instincts et remuaient les masse» ignorantes. On rougirait de reproduire les arguments par lesquels il combattait le vœu de chasteté et la loi du célibat ecclésiastique. On conçoit facilement le succès que durent avoir de semblables thèses, Luther avait pour complices toutes les passion», toutes les cupidités, tous les vices, « Le temps est venu d'anéantir à jamais d des vœux contre nature ; le temps est venu, s'écriait-il, de sévir » avec tudte la rigueur des lois contre ceux qui les font, et de dé- % truire les couvents, les abbayes, les prieurés, les monastères, » pour que de pareils vœux ne se renouvellent plus à l'avenir. » La réforme, on le voit, était radicale. Les mauvais instincts ne transigent pas avec ce qui comprime leur essor.
13. À toutes les époques, il s'est trouvé, même parmi les ordres religieux, des hommes indignes de leur vocation, que l'abus des grâces amenait insensiblement à l'apostasie. Membres gangrenés qu'il faudrait retrancher impitoyablement d'un corps que flétrissent leur inconduite et leur immoralité. L'éloquence de Luther devait avoir un écho retentissant dans tous ces cœurs criminels. Le scandale fut poussé à son comble. Les religieux désertaient les couvents pour contracter des unions sacrilèges. Carlostadt se maria solennellement à Wittemberg , et la foule des sectaires applaudit à cette infamie comme à une action héroïque qui réhabilitait la liberté humaine. Les passions soulevées ne raisonnent plus. Luther convenait, avec ses familiers, que ce débordement des appétits sensuels « corrompait étrangement la bonne odeur de l'Evan- » gile. » Mais comme il se promettait d'en profiter personnellement plus tard, il se garda bien de lutter sérieusement contre lui et continua à diriger ses attaques contre le sacerdoce catholique. « La » prêtraille, les diseurs de messe méritent la mort tout autant d qu'un blasphémateur public qui maudirait Dieu et ses saints » dans la rue- » On croirait entendre les cris de mort anticipés des révolutionnaires de 1793.
14. On était bien loin du temps où le pape Léon X9 abusé sur le caractère du réformateur, traitait cette question « d*une simple » querelle de mornes. » Les idées avaient marché depuis, et le peuple commençait à intervenir violemment dans ces scandaleux débats. Ce nom de liberté, qui semble créé pour enfanter sur la