CHAPITRE fl, 8 S
16. La popularité de Luther périt sur l'échafaud de Mulhausen. Désormais il sera l'homme des princes, des lettrés, de^ familiers intimes qui lui forment comme une cour; son rôle e»t interverti et il n'exercera plus cette influence immédiate sur les multitudes dont les premières années de la Réforme avaient* offert tant d'exemples. Cette nouvelle phase de la vie du moine apostat se révèle par des tentatives réitérées de pacification. Dans le camp où il venait d'entrer, on avait besoin d'ordre, et on s'adressait à lui pour en faire. Le clergé catholique était ruiné ; ses possession» étaient au pouvoir des princes ; la juridiction épiscopale était supprimée, toutes les croyances étaient libres, toutes les lois religieuses abolies. Mais on ne fait pas subitement disparaître une organisation séculaire sans la remplacer par une forme quelconque de gouvernement. Sous peine d'ouvrir la porte à toutes les anarchies, à toutes les extravagances, à tous les désordres, ii fallait reconstituer un pouvoir. Les théories du Réformateur allaient donc recevoir en pratique un démenti formeh II avait établi toute sa doctrine sur le principe fondamental de la liberté individuelle la plus large et la plus illimitée ; il avait, en conséquence, détruit le sacerdoce catholique, comme une usurpation sacrilège, au profit de quelques-uns, du ministère religieux, qui, selon lui, appartenait également à tous. Maintenant il va être condamné à instituer lui-même des ministres luthériens, auxquels il conférera une sorte de sacerdoce. Il avait, dès les premiers jours de sa révolte contre l'Eglise, solennellement brûlé sur la place publique de Wittemberg, un exemplaire du droit canonique, pour protester énergiquement que, dans sa pensée, la législature de l'Église était un arsenal de tyrannie dont il fallait délivrer les consciences, un joug intolérable qui pesait depuis trop longtemps sur les peuples, et qu'il aurait la gloire de briser à jamais. Main* tenant il va être condamné à substituer ses propres lois à celle» que l'antiquité des traditions, l'autorité des plus saints pontifes, la double consécration du temps et de la vertu avaient rendues aussi chères que vénérables. Il lui faudra improviser arbitrairement des règles auxquelles toute autorité manquera, des institutions qui n'auront aucune racine dans le passé et aucune fore* contre les résistances de l'avenir. Enfin Luther, par un calcul se-
tret des plus viles passions, avait ébranlé les fondements mêmes de la société, en sapant les bases sacrées du mariage. Il importait d'arrêter le progrès de ces doctrines immondes, qui. menaçaient l'Europe des hontes brutales de la polygamie musulmane. Le landgrave Philippe de Hesse, qui venait de triompher à Mulhau- •en, imposa aux luthériens l'obligation de se réunir à Hambourg (octobre 1526), pour y traiter ces questions de concert et leur donner une prompte solution. Luther ne parut point à ce synode, dont il laissa la direction à l'un de ses plus ardents disciples, l'apostat Lambert, d'Avignon, qui avait l'un des premiers quitté l'ordre des Minimes, où il avait fait profession, pour suivre le Réformateur allemand. Ce fut dans cette assemblée que le luthéranisme reçut son organisation définitive, telle à peu près qu'il l'a conservée depuis. Le landgrave, qui voulait une législation, une hiérarchie quelconque, accepta sans restriction celles quon lui présenta, déclarant seulement qu'une fois promulguées, il tiendrait rigoureusement à leur exécution. Luther lui-même, } ar le besoin incessant d'agitation et de mouvement qui dévorait son âme, mit à propager le corps de doctrines arrêté à Hambourg et à soutenir la constitution nouvelle, toute l'énergie de son caractère et l'éloquence de son fougueux génie. Il fit parcourir les campagnes par des prédicateurs évangéliques, comme il les appelait, qui allaient partout arracher les peuples au joug de l'Eglise. Ils répandaient, parmi les populations, un formulaire composé par Mélanchton, qui résumait en quelques pages tous les dogmes nouveaux, et, comme moyen plus actif de propagande, Luther rédigea lui-même un petit et un grand catéchisme, que l'on devait mettre entre les mains des enfants. £
Cependant tous ces mouvements avaient révolutionné l'Allemagne. On songea à convoquer une diète impériale à Spire (1526). Charles-Quint était engagé dans les embarras de sa longue guerre avec la France. Son frère , l'archiduc Ferdinand 7 lieutenant des troupes impériales en Hongrie , avait peine à défendre ces riches provinces contre les armes victorieuses de Soliman. Les circonstances étaient donc favorables aux princes luthériens. Ils en profitèrent à la diète, et les malheurs publics qui frappaient l'empire tinrent au secours de leurs exorbitantes prétentions. On n'avait