CHAPITRE PREMIER
cette ville, quand le cardinal de Sion accourut avec ses montagnards d'Uri, d'Unterwald, de Zug et de Schwitz. Le 13 septembre 1515, ïe? Suisses vinrent fondre sur les Français, avec leurs piques de dix-huit pieds et leurs espadons à deux mains, sans artillerie, sans cavalerie, n'employant d'autre art militaire que la force du corps, marchant droit aux batteries, dont les décharges, dirigées par Genouillao, emportaient des files entières, et soutenant plus de trente charges de ces grands chevaux de bataille^ couverts d'acier comme les gens d'armes qui les montaient. Cette intrépidité des Suisses rendit le combat de Marignan Pun des plus opiniâtres dont l'histoire ait gardé le souvenir. Le vieux maréchal de Trivulce, qui s'était trouvé à dix-huit batailles rangées, dit que celle-ci était « un combat de géants, et les antres des jeux d'enfants. » Le roi, à la tête de son infanterie, soutint le choc des Suisses, et chaque soldat devint un héros. L'action continua longtemps à la clarté de la lune. Vers onze heures, la nuit, devenue trop épaisse, sépara les combattants, ou plutôt chacun resta dans le poste où les ténèbres l'avaient surpris. François Ier s'endormit sur un affût de canon, à cinquante pas d'un bataillon suisse. A la pointe du jour, la charge sonna de toutes parts, et l'on se battit avec le même acharnement que la veille. Après cinq heures d'une lutte opiniâtre, les Suisses entendirent le cri de guerre des Vénitiens, alliés de la France : Marco! Marco! Persuadés que toute l'armée italienne arrivait, ils serrèrent leurs rangs et se retirèrent avec une contenance si fière, qu'on n'osa pas les poursuivre. Ils laissaient plus de quinze mille morts sur la place. Le roi de France voulut être armé chevalier sur le champ de bataille, de la main de Bayard. Les Suisses, si glorieusement vaincus, se retirèrent à Milan. Dans les conseils de leurs chefs, on parlait de paix. Le cardinal Schinner, cet autre Annibal, aima mieux s'exiler que de traiter a vec les Français. Il quitta Milan et se rendit à Insprùck. François Ier disait de lui à l'historien Paul Jove : « Rude homme que ce Schinner, *> dont la parole indomptable m'a fait plus de mal que toutes les » lances des montagnards! »
13. La victoire de Marignan ouvrait au roi le chemin de l'Italie. La politique de Léon X était vaincue; il fallait céder à la iv, &
Il Léon x (1513-1521).
nécessité. Guillaume Budé, le premier helléniste de France, avait d'abord été envoyé à Rome par François IM? en qualité d'ambassadeur. Le choix d'un pareil diplomate était merveilleusement propre à captiver les bonnes grâces d'un Pape, qui aimait et recherchait les savants. Léon X, de son côté, nomma Louis Canosse, autre humaniste distingué, son représentant près du roi de France. Les négociations aboutirent bientôt à un traité de paix. Le Pontife cédait Parme et Plaisance, qui furent annexées au Milanais; le roi reconnaissait l'autorité des Médieis à Florence, rendait Bologne au Saint-Siège, et garantissait l'indépendance des États pontificaux. En apportant à Rome le traité qu'il venait de conclure avec François Ier, Canosse n'oublia pas d'insister, près du Pape, sur la déférence, le respect, l'amour pour le Saint-Siège, que n'avait cessé de montrer te monarque, dans tout le cours des négociations. Le Pape voulut remercier François Iff de ces témoignages de dévouement, dans une lettre où il relève les belles qualités que le ciel avait départies au jeune prince. François 1er avait plus d'une fois manifesté le désir de traiter directement avec le Pape. Léon X consentit avec joie à Fentrevue demandée. Elle eut lieu à Bologne, le 11 décembre 1515. François Ier s'agenouilla, baisa la mule du Pape, qui lui prit la main et lui présenta la joue. Le roi prit place à la droite de Sa Sainteté, sur un siège magnifique. Son chancelier, Duprat, s'approcha, et, la tête découverte, prononça le discours d'obédience. « Très saint Père, dit-il à Léon X, l'armée du roi très » chrétien est à vous ; disposez-en à votre gré ; les forces de la » France sont à vous; ses étendards sont les vôtres. Voici devant » vous votre Hls soumis; ce fils dévoué est prêt à défendre, en * toute occasion, vos droits sacrés, et par la parole et par l'épée.» 14. Le Pape et le roi avaient deux questions importantes à traiter : celle de Naples et celle de la pragmatique-sanction. François Ier. maître de Milan, voulait chasser les Espagnols de l'Italie &t s'emparer du royaume de Naples. Comme il ne pouvait réussir £2 dans Fun ni dans l'autre de ses projets, sans l'assistance de Fiome, il sollicitait l'intervention armée du Pape. Pour Léon X, (rétait vaincre que de gagner du temps. Il disait que Ferdinand était vieux, infirme, que la mort imminente de ce prince le de-