‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 67 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et poète licencieux ; le second, d'abord religieux franciscain, puis religieux bénédictin, puis prêtre séculier, enfin curé de Meudon , auteur de romans bouffons et obscènes. « Marot et Rabelais sont o inexcusables , dit Labruyère , d'avoir semé l'ordure dans leurs » écrits : tous deux avaient assez de génie et de naturel pour pou- » voir s'en passer , même à l'égard de ceux qui cherchent moins » à admirer qu'à rire dans un auteur. Rabelais surtout est incom- » préhensible. Son livre est une énigme, quoi qu'on veuille dire, » inexplicable ; c'est une chimère , c'est le visage d'une belle » femme avec des pieds et une queue de serpent : c'est un mons* * trueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse et d'une dé- » goûtante corruption. » Le trône de François Ier passa à Henri II, son fils.

33. Jusque-là le concile de Trente avait été reçu sans contradiction en France. Mais les derniers décrets de réformation sur la résidence et la pluralité des bénéfices y avaient excité un profond mécontentement. La plupart des évêques français étaient extrêmement coupables sur ces deux points. Les décrets leur parurent d'une sévérité insupportable , et ils se refusèrent à les admettre. Ainsi , la première opposition que rencontra en France le concile de Trente , lui vint de ^eux-là mêmes qui avaient le plus besoin de réformation. Il en fut de même dans les autres états. Les évêques voulaient bien qu'on réformât la cour romaine , les cardinaux , les abbés , les prêtres et les moines , mais prétendre que des évêques de cour, au lieu d'avoir en même temps deux ou trois évêchés, sans résider dans aucun, n'aient plus qu'un seul évêché et qu'ils y résident, c'est aller trop loin et blesser une des libertés de l'Eglise gallicane. De même les laïques, les princes, les rois, voulaient bien qu'on réformât le clergé ; mais quand le concile parlera de les réformer eux-mêmes, pour rendre la réforme du clergé plus complète et plus durable, en le dérobant à l'influence pernicieuse du siècle, tous les princes s'y refuseront. Telle est, au fond , l'unique cause de l'opposition contre laquelle le concile de Trente eut alors, et a même encore de nos jours à lutter.

34. Ces circonstances remplirent d'amertume les derniers instants de Paul III. La puissance de Charles-Quint lui paraissait

138 paul m (1534-1549).

trop menaçante pour ne pas chercher à la restreindre. Des faits qui atteignaient encore plus intimement la personne du Pontife vinrent s'ajouter aux événements généraux et contribuèrent à augmenter les chagrins du Pape. Paul III avait été marié avant d'embrasser l'état ecclésiastique. Il lui restai t un fils, nommé Louis Farnèse, et un petit-fils appelé Octave. Il avait donné à Louis, en apanage, les villes de Parme et de Plaisance, et attaché au Saint- Siège , à titre d'échange, les principautés de Camérino et de Népi, qu'il avait précédemment concédées à Octave. Cet arrangement déplut à Charles-Quint qui refusa aux Farnèse l'investiture de Parme et de Plaisance, lesquelles dépendaient du duché de Milan, comme fief de l'empire. Louis, du reste, ne jouit pas longtemps de son pouvoir ; il fut assassiné dans les murs de Plaisance. Après le meurtre , les Impériaux s'emparèrent de la ville. Paul III , dont le cœur était encore saignant de cet horrible malheur, eut bientôt après la douleur d'apprendre que son petitfils Octave Farnèse venait d'entrer dans une ligue formée contra le Saint-Siège. l 'auguste vieillard ne put survivre à tant de désastres. Au moment d'expirer il répétait avec amertume ces paroles du Psalmiste • Si met non fuerint dominait, tune immaculatus ero , et emundabor a delicto maximo. Paul Iïï était un homme d'un rare esprit et d'une grande hauteur de vues ; il fallait, à l'époque de son pontificat, une supériorité bien réelle pour ne pas se laisser absorber par le mouvement général qui agitait le monde. Pour trouver une place éclatante à coté de Charles- Quint et de François Ier, il fallait l'énergie d'im Jules. II et la prudence d'un Léon X. Paul III eut le bonheur de réunir ces qualités diverses. Le concile de Trente , qu'il réussit à convoquer au milieu des difficultés sans nombre qu'il eut à vaincre, sera à jamais Bon plus beau titre de gloire aux yeux de la postérité.

Zc. L'Eglise, affligée par la défection de tant de royaumes chrétiens sous le pontificat de Paul III , réparait ses pertes par les progrès de la foi en Amérique. Des chrétientés nouvelles s'élevaient rapidement par les travaux des Franciscains et des Domi- H" -mus, dans le Brésil, la Jamaïque et les autres contrées récemw nf découvertes. Le plus illustre de ces ouvriers évangéliques

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