CHAPITRE m
était le célèbre Las Cases , ancien compagnon de Christophe Colomb , puis dominicain et évêque de Chiappa ( 1 ). Il travailla durant cinquante ans , avec une infatigable énergie , à convertir les Indiens et à les défendre contre l'oppression des gouverneurs espagnols. La découverte du Mexique avait ouvert un nouveau champ à la prédication de l'Evangile. Martin de Valence, à la tête de douze Franciscains, fut envoyé par le souverain Pontife pour recueillir cette nouvelle moisson d'âmes, déjà mûre pour les greniers du Père de famille. Le zèle de ces missionnaires, secondé par le célèbre Fernand Cortez, eut tant de succès parmi ces peuplades idolâtres que, dès Tan 1 52^, il y eut un synode assemblé à Mexico, selon les formes canoniques, pour y régler ce qui concernait la mission et les intérêts spirituels des néophytes, La conquête du Mexique par Fernand Cortez , du Pérou par François Pizarre , a donné lieu aux déclamations les plus violentes de Fécole voltairienne , qui , sous le spécieux prétexte de défendre le principe de la liberté et de la nationalité des Indiens, a trop souvent calomnié le génie et le courage de ces deux hommes célèbres dont l'énergie, le courage et l'héroïsme sont incontestables. Une conquête n s fait jamais sans effusion de sang. Les ennemis de l'Eglise ont voulu la rendre complice de toute la cruauté et de tout le sang répandu. Il suffira, pour répondre à cette accusation , de citer un témoignage qui ne saurait être suspect, celui de l'historien protestant Robertson (2). « C'est avec une souveraine injustice, dit-il* » qu'un grand nombre d'écrivains ont attribué à l'esprit d'into- » lérance de la religion romaine la destruction des Américains et » accusé les ecclésiastiques espagnols d'avoir excité leurs compa- 9 triotes à massacrer ces peuples innocents comme des idolâtres et » des ennemis de Dieu. Les premiers missionnaires de l'Amérique » étaient des hommes pieux. Ils épousèrent de bonne heure la » cause des Indiens et défendirent ce peuple contre les calomnies » dont s'efforçaient de le noircir les conquérants, qui le représen- » taient comme incapable de se former jamais à la vie sociale et
fij Chiappa-de-Ios-Espagnoles , ou Ciudad-Real , ville de la «onîédératic» Mexicaine.
(2) Robertson , Histoire de l'Amérique, bv. n
140 paul m (1534-1549).
» de comprendre les principes de la religion, et comme une espèce » imparfaite d'hommes que la nature avait marqués du sceau de r> la servitude. Le zèle constant des missionnaires espagnols pour » la défense et la protection du troupeau confié à leurs soins , les » montre sous un point de vue digne de lenrs fonctions. Ils furent » des ministres de paix pour les Indiens et s'efforcèrent toujours » d'arracher la verge de fer de la main de leurs ennemis. C'est à » leur puissante médiation que les Américains durent tous les y> règlements qui tendaient à adoucir la rigueur de leur sort. Les Indiens regardent encore les ecclésiastiques , tant réguliers que séculiers, dans les établissements espagnols, comme leurs défenseurs naturels, et c'est à eux qu'ils ont recours pour repousser les exactions et les violences auxquelles ils sont souvent exposés. Ce titre leur était du reste accordé par les lois. Un règlement de Charles-Quint autorise non-seulement les évêques, mais tous les ecclésiasti*rjes en général , à informer et avertir le magistrat civil, dans îe cas où quelque Indien serait privé de sa liberté. Il y a eu des prêtres espagnols qui ont refusé l'absolution à ceux de leurs compatriotes qui tenaient les Indiens en esclavage , ou qui les employaient à l'exploitation des mines. »
36. Le Japon vit alors un homme apostolique renouveler dans son sein les merveilles des missions de saint Paul , et conquérir, sans autres armes que son zèle et son héroïsme , des populations entières à la foi. Ce fut saint François Xavier, l'un des compagnons de saint Ignace , qui ouvrait aussi , par des prodiges sans nombre, la voie des missions lointaines que les Jésuites ses frères devaient , dans la succession des âges , suivre avec tant de gloire et couvrir du sang de tant de martyrs. La vie de François Xavier est l'une des plus merveilleuses de l'histoire des temps modernes» Alexandre des âmes, il semblait que le monde entier fût trop étroit pour le zèle qui le dévorait. L'Inde , le Japon , la Corée entendirent sa voix infatigable et furent témoins des miracles que le vrai Dieu qu'il prêchait opérait par son intercession. Saint François Xavier, qui croyait n'avoir rien fait tant qu'il lui restait encore quelque chose à faire , voulait porter ses pas triomphants en Chine. Mais ses forces trahirent son courage. Comme Moïse, il