CHAPITRE IV. 16t
avait été rétabli par le pape saint Léon III , dans la personne de Charlemagne. Le titulaire, par l'origine même de l'institution, était donc essentiellement le défenseur armé de l'Eglise romaine. Le Pape avait et devait avoir naturellement une part principale à son élection , soit en la faisant lui-même , soit en approuvant le choix des électeurs appelés à la faire. Depuis plusieurs siècles, les électeurs étaient au nombre de sept, et, d'après les anciennes constitutions de l'empire, constitutions communes à toutes les nations chrétiennes, ils devaient être catholiques et en communion avec le successeur de saint Pierre. Or, Charles-Quint avait bien abdiqué l'empire, mais son abdi/}tion n'avait pas été ratifiée par le Pape comme elle devait l'être : l'empire n'était pas canonique— ment vacant, et Ferdinand ne pouvait y prétendre. L'abdication de Charles-Quint et l'accession de son frère avaient été ratifiée* par les sept électeurs ; mais cette acceptation ne pouvait, à aucun titre, dispenser du consentement du Saint-Siège. D'ailleurs, trok de ces électeurs étaient hérétiques, et, d'après l'ancienne constitution du Saint-Empire, se trouvaient, par le fait, déchus de leur, droit. Aussi, lorsque l'ambassadeur de Ferdinand I" se présenta devant Paul IV pour notifier F avènement de son maître au trôna impérial, le Pape , de concert avec les cardinaux , répondit d'après les principes que nous venons d'exposer. « L'unique voie pour » lever toutes les difficultés , ajouta-t-il , serait que Ferdinand » s'en remît au Saint-Siège, qui suppléerait, par son autorité, *> aux défauts survenus dans le mode d'élection. » i>es négociations diplomatiques furent engagées dans ce sens. Valais Ferdinand finit par retirer son ambassadeur, résolu de se passer de l'autorisation du Pape. Ses successeurs unt imité cette conduite. Dès lors, il ne resta plus du Saint-Empire romain que le nom : il n'y eut plus, en réalité, que l'Empire séculier d'Allemagne.
17. Les rapports de Paul IV avec Philippe II , comme héritier des possessions italiennes de Charles-Quint, ne devaient pas être plus heureux. Le Pape sut parfaitement établir une distinctioi? entre Philippe II, roi d'Espagne, de Naples et du Milanais, et Philippe II, époux de la reine d'Angleterre. Charles-Quint, Philippe II et Ferdinand Ier s'étaient tous trois opposés à l'élection de Paul IV, dont ils connaissaient les opinions politiques. « Si Dieu iv il
Paul nr (1355-1559).
» veut que je sois 'Souverain Pontife, avait dit le vieux cardinal, » l'empereur ne pourra empêcher mon élection. Elle me sera dès » lors d'autant plus agréable qu'il me sera impossible d'en avoir m .d'autre obligation qu'à Dieu seul. » A peine monté sur le trône de saint Pierre, le nouveau Pape reçut une députation anglaise, composée d'un évêque et de deux seigneurs qui venaient, au nom du roi Philippe II et de la reine Marie, faire acte de soumission à l'obédience pontificale. Ils étaient chargés, en outre, de demander, au nom de leurs souverains, l'érection de l'Irlande en royaume. Paul IY se prêta volontiers à cette demande. Une bulle apostolique, datée du 7 juin 1755, reconnut oilieiellement le titre de rois d'Irlande que Philippe et Marie voulaient prendre. Les ambassadeurs furent ensuite admis à l'audience du Pape. Ils le reconnurent, au nom de la nation, comnle chef de l'Eglise universelle ; lui présentèrent une copie de l'acte législatif qui reconnaissait son autorité, et le prièrent de ratifier l'absolution prononcée par le sénat, et de confirmer les évêchés érigés durant le jchisme. Paul IY s'empressa d'accéder à ces justes demandes.
18. Cependant ces marques de bienveillance accordées à l'époux de la reine d'Angleterre ne modifiaient rien aux dispositions du Pape, qui songeait toujours à détruire l'influence espagnole «n Italie. Il avait besoin, pour réussir dans une entreprise aussi périlleuse, de l'appui de la France. Il espérait, à l'aide de cette nation si chère au Saint-Siège, recouvrer l'indépendance italienne. «Si, pour cette cause sacrée, disait-il, je ne suis ni écouté » ni secouru, la postérité dira du moins qu'un vieil Italien , aux * portes de la mort, au lieu de se reposer et de se préparer en » paix à mourir, conçut seul ces plans élevés, qui devaient rendre » à sa patrie son existence et sa nationalité. » Dans l'intervalle de l'abdication de €harles-Quint, la trêve de Yauxelles (5 février 1556), conclue entre l'Espagne et la France, avait donné quelque rçpos aux peuples épuisés ; mais cette trêve, dictée plutôt par le feesoin que par le désir de la paix, fut presque aussitôt rompue que signée. Henri II, poussé /par les Guise, dont l'infiaence était alors toute-puissante, rompit bientôt la trêve. Paul IV conclut ;avec le roi de .France une ligue offensive et défensive contre Philippe H (15 décembre 1556). Pour se mettre en me&un