‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 8 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

radicalement le mode des élections ecclésiastiques. On a renouvelé, à chaque grand acte de la Papauté, cette accusation abfurde. L'Eglise, comme toutes les sociétés, a ses instants de crise, où il faut appliquer, à des besoins particuliers, des remèdes extraordinaires. En la constituant, pour durer jusqu'à la fin des siècles, Jésus-Christ a dû pourvoir à toutes les nécessités futures de son existence. Il Fa fait, en donnant à Pierre et à ses successeurs autorité pour lier et délier, pour confirmer ses frères dans la foi. D'ailleurs, dans le fait présent, les raisons ne manquaient pas pour justifier, en dehors du principi d'autorité , la mesure prise par Léon X. Sans doute, c'est une belle et sainte coutume que l'élection des pasteurs, par le clergé lui-même, aux époques de foi, de piété, de paix. Mais quand les mœurs se corrompent, que les saintes études sont abandonnées, que les esprits «ont agités, alors le scandale s'introduit plus facilement dans le sanctuaire. Ce n'est pas le plus digne souvent qui est élu, mais le plus riche; le pauvre, qui a de la science et de la vertu, se voit préférer l'homme opuleni qui n'a que des trésors , souvent mal acquis. Le choix du souverain, confirmé par le Siège apostolique, coupait court à tous les abus, prévenait les rivalités et les haines intestines, donnait à l'élu la double garantie de l'autorité spirituelle et temporelle dans leur plus haute expression. «La bulle de Léon X détruisait, dit-on, une œuvre discipli- » naire, depuis iongtemps en vigueur dans l'Eglise de France. » Mais n'est-il pas des circonstances où une dérogation aux règles communes devient une nécessité? Et qui décidera si ce temps est venu? Le prêtre, qui n'a pas la plénitude du sacerdoce, « branche, » dit Thomassin, de cet arbre divin dont l'évêaue est le tronc? r L'évèque, dont la juridiction, bien que divine, ne peut s'exercer que sur la matière assignée par le souverain Pontife, « qui peut » l'étendre ou la diminuer, » comme le cardinal de Lorraine U proclamait au concile de Trente, « La primauté ayant été donnée x à saint Pierre, afin d'ôter toute occasion de schisme, dit saini » Jérôme, le Pape seul a le droit de faire des lois qui obligent > l'Eglise; mais ces lois, variables de leur nature, ne sauraient » le lier au point qu'il ne puisse y déroger, pour de justes rai- » sons dont seul il est le juge. »

22 léon x (1513-1521).

17. Avant de paraître, le concordat avait été lu au concile de Latran. Il reçut r approbation de tous les Pères. Ce fut le dernier acte de cette assemblée. Le 16 mars 1517, Léon X en présida la douzième et dernière session. Cent, dix prélats y assistèrent. Les affaires pour lesquelles il avait été réuni se trouvaient heureusement terminées. La paix était rétablie entre les princes chrétiens, k réformation des mœurs et de la cour romaine était réglée, le schisme et le conciliabule de Pise étaient abolis, ainsi que la pragmatique sanction. Léon X confirma de nouveau tout ce qui avait été fait dans les sessions précédentes, 11 ordonnait aussi une imposition des décimes, et exhortait tous les bénéficiers * permettre qu'on les levât sur leurs bénéfices, afin de les employer à la. guerre contre les Turcs. Le cardinal de Saint-Euslache prononça ensuite la formule de clôture : Domini, ite in pace. On chanta un Te Deam solennel d'actions de grâces, et le dix -septième concile de Latran fut terminé, après avoir duW près de cinq années.

18. Cependant l'alliance du Pape et de François avait vivement inquiété PAuHche et l'Espagne. Ferdinand-le-Catholique et l'empereur Maximilien cherchèrent à se fortifier de l'appui du roi d'Angleterre, Herm VIII. Le cardinal Wolsey, ministre de ce prince, se montrait favorable à leurs ouvertures , lorsque la mort de Ferdinand, survenue en janvier 1516, ouvrit en Europ« une politique nouvelle. Le jeune Charles d'Autriche (depuis Charles-Quint), souverain des Pays-Bas, qui venait de succéder à son aïeul Ferdinand, sur le trône d'Espagne, avait besoin de la paix pour recueillir ce vaste héritage. François Ier forma aussitôt le dessein de s'emparer du royaume de Naples. La question réservée , lors de l'entrevue de Bologne, revenait ainsi, par la force des circonstances, traverser le repos du monde. François I" résolut de s'emparer du royaume de Naples. Maximilien, à cette nouvelle, retrouve la vigueur et l'énergie de la jeunesse. Il se jette sur le Milanais, à la tête d'une armée, et invite Henri VIII, son allié, à faire une irruption sur les côtes de France; mais le roi d'Angleterre faillit à sa promesse. Milan était défendue au nom du monarque français, par le connétable de Bourbon , qui n'avait Das encore attaché à son nom la hon&%,

de l'apostasie. Les troupes impériales furent repoussées malgré l'audacieuse ardeur du cardinal Schinner, qui s'était mis avec ses fidèles montagnards aux ordres de Maximilien. La conduite de Léon X, au milieu de ces mouvements d'hommes et d'armes, fut ce qu'elle devait être. Le traité d'alliance, récemment conclu par le Saint-Siège avec François Ier, fut strictement observé ; ce qui n'a pas empêché les historiens d'accuser ici le Pape de duplicité et de mauvaise foi. En apprenant le soulèvement des Suisses, le souverain Pontife s'était hâté d'écrire à Schinner. « Aussitôt » que vous aurez reçu ma lettre, lui disait-il, renoncez à votre » entreprise ; demeurez tranquille et ne cherchez pas à troubler * la paix de vos montagnes. — Il n'est rien qu'un homme sage » et prudent ne doive plus éviter, que de jeter le trouble dans une » république où la paix va régner, et de pousser à la révolte le » pajs qui l'a vu naître ; c'est mal servir les intérêts de la chréy> tienté. » De telles paroles durent paraître sévères au cardinal; mais si le soldat avait pu se sentir blessé jusqu'au cœur? le prêtre était là pour verser le vin sur la plaie (1). L'évêque se tait, obéit à la voix du souverain Pontife, et dit adieu à ses montagnards jusqu'à ce que le moment de servir l'Eglise soit revenu. En même temps, Léon X écrivail à Ennio, évêque de Veruli, son légat près des cantons helvétiques : « Comme je vous l'ai dit » aussitôt après mon traité de bonne amitié, signé avec Fran- » çois Ie*, prenez bien garde, dans vos relations avec les Suisses, » d'offenser, directement ou indirectement, Sa Majesté; je m'ea » rapporte à votre prudence. Vous savez qu* \ cour de ce prince » on n'est pas entièrement revenu sur votre compte; il est donc » bien important pour vous de ne prendre aucune part à cet » diètes qu'on annonce en Suisse ; tenez-vous à l'écart, et mon-* » trez ainsi que vous n'avez pas même la pensée de rien faire qui » puisse déplaire au roi de France. » Il nous paraît difficile de trouver, dans cette conduite du Pape, un prétexte à une accusation de parjure et de violation de serments.

19. Au milieu de ces mouvements politiques qui entraînaient Léon X et lui prenaient une part considérable de son temps e(

(1) M AUDIN, Histoire de Léon X t. il, p. 158.

Il Léon x (1513-1521).

de ses sollicitudes, autour de lui les lettres, les arts., les science* trouvaient l'appui, l'encouragement, les secours, la faveur d'un souverain aussi éclairé que libéral. La théologie était représentée à la cour romaine par le célèbre cardinal Cajétan (Thomas de Yio), de Tordre des frères prêcheurs. Cajétan s'était pris d'une Véritable passion pour saint Thomas d'Aquin , cet ange de PE~ cole , trop peu étudié de nos jours , et dont la Somme devrait être le manuel de tous les théologiens. On disait que « si les » ouvrages du docteur angélique avaient pu se perdre, ils se » seraient retrouvés dans la mémoire de Cajétan. » Il savait la Somme presque par cceur. Choisi pour professer la théologie à Padoue, ses succès furent immenses. Les cardinaux, les Universités, le clergé, les grands et le peuple aimaient également à Fentendre. Sa parole, pleine de nerf, de raison et de puissance, subjuguait tous les esprits. Lors du conciliabule de Pise, il se rendit dans cette ville, et, avec un courage égal à son éloquence, il osa reprocher, en pleine chaire, aux cardinaux schismaiiques, leur désobéissance, les poursuivre de ses argumenta victorieux, et flétrir en face leur rébellion. C'est à Pise qu'il composa son traité célèbre : De l'autorité du Pape et du concile, où il a soutenu si vigoureusement la suprématie monarchique du souverain Pontife. Cajétan mérita d'être appelé plus tard , par Clément VII, le Flambeau de V Eglise. Léon X, en le revêtant de la pourpre romaine, récompensait à la fois le talent et la vertu. Une autre promotion élevait en même temps au cardinalat le fils d'un pauvre tisserand d'Utrecht, que la Providence réservait pour successeur à Léon X. Adrien d'Utrecht, appelé, dans l'avenir, à une si haute destinée, s'en était ouvert le chemin par de sérieuses études et une jeunesse laborieusement passée à l'Université de Louvain. Il avait signalé son savoir par un docte traité, intitulé : De rébus theologicis , qui lui valut la faveur de Maximilien Ier. Lorsque Pempereur voulut donner un précepteur au jeune Charles-Quint, son fils, il jeta les yeux sur Adrien d'Utrecht. Le théologien eut pour élève l'un des plus grands princes du xvie siècle. Ses soins ne furent pas stériles; et plus tard, quand, assis sur la chaire de saint Pierre, il tournera ses regards sur son disciple, devenu roi d'Espagne ei des Pays-Bas,

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