‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 83 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

«ruelle sur Féchafaud. Cependant les évêques anglais, alarmés des tendances du nouveau gouvernement, se réunirent à Londres et résolurent de ne procéder au couronnement d'Elisabeth qu'à la condition expresse que la reine prêterait solennellement, à son sacre, le serment de maintenir les libertés de l'Eglise catholique. Elisabeth fut oMigée de se soumettre à cette clause; mais un parjure ne lui coûtait rien. Quelques mois plu* tard, le Parlement prononçait la révocation des statuts a votés, sous le dernier règne, * en faveur de l'ancienne croyance. » Ou fit revivre la plupart des actes schismatiques de Henri VIII, qui dérogeaient à l'autorité du successeur de saint Pierre, et rompaient ainsi non seulement avec l'Eglise et avec tout le reste de l'humanité chrétienne, mais avec les mille ans de l'Angleterre catholique. Le Parlement arrêta, de plus, que le livre de commune prière serait seul employé dans tontes les églises, sous peine de confiscation, de déposition et de mort; qu'on abolirait entièrement l'autorité spirituelle de tous les prélats étrangers dans le royaume; que la juridiction nécessaire pour la répression des erreurs, hérésies, schismes, etc., appartiendrait à la couronne, ainsi que le pouvoir de déléguer cette juridiction à quelque personne que ce fùty au gré delà souveraine ; que la pénalité contre ceux qui maintiendraient l'autorité, du Pontife romain s'élèverait, selon la récidive, de la confiscation des propriétés à l'emprisonnement perpétuel; et de l'emprisonnement perpétuel à la mort, telle qu'on l'infligeait dans le cas de haute trahison; que tout ecclésiastique recevant les ordres ou possédant un bénéfice, tout magistrat et officier inférieur tenant des gages ou appointements de la couronne, tout laïque sollicitant la mise en possession de ses terres, devrait, sous peine de destiiution ou d'incapacité,, prêter serment à la reine et la reconnaître comme suprême directrice de toutes les affaires spirituelles, et renoncera toute juridiction ecclésiastique ou spirituelle étrangère.

26. Le clergé anglais opposa à ces ordonnances séculières une résistance qui l'honore et qui donne lieu d'espérer que Dieu se souviendra un jour de ses miséricordes sur la patrie de tant de confesseurs et de martyrs. Il présenta à la chambre des iords 11116 déclaration de sa croyance à la présence réelle à la transsubstan-

ftfA paul iv (1555-1559).

tiation, au sacrifice de la messe, à la primauté du Pape, D protesta, en même temps, que ce n'était pas à une assemblée de laïques, mais aux pasteurs légitimes de l'Eglise à prononcer sur la doctrine, les sacremeDts et les lois canoniques. Les deux universités de Cambridge et d'Oxford signèrent la profession de foi du clergé; et les évêques, d'un concours unanime, saisirent toutes les occasions de parler et de voter contre les édits du Parlement* Pour rompre ou paralyser cette opposition , les ministres de l'apostasie firent empoisonner les évêques de Winchester et de Lincoln. Elisabeth fit venir les autres prélats pour les sommer d'obéir aux nouveaux statuts; et, sur leur refus, elle les chassa de sa présence avec des expressions décolère et de mépris. On demanda successivement à chacun d'eux le serment de suprématie ; mais ils aimèrent mieux s'exposer à toutes les rigueurs que sacrifier leur conscience à une reine impie. Un seul, l'évêque de Landafi, donna le scandale de l'apostasie : tous les autres demeurèrent fidèles à leur religion et à leur Dieu. Temstal de Durham, Morgan de Saint-David, Ogilthorpe de Carlisle, White de Winchester et Bagnes de Coventry moururent victimes des odieux traitements auxquels ils furent soumis. Quelques-uns parvinrent à Réchapper de prison et furent assez heureux pour gagner le continent. Donner, évêque de Londres, mourut au fond d'un cachot après une captivité de dix ans. Waston, de Lincoln, languit trentetrois ans dans une cellule de la tour de Londres. Elisabeth couronna tant de violences en nommant un primat intrus d'Angleterre. Le chapelain d'Anne de Boulen, Math ieu Parker, fut choisi pour occuper ce poste et succéder ainsi, non ])as aux glorieux archevêques de Cantorbéry , saint Augustin , saint Dunstan , saint Anselme, saint Thomas, dont il usurpait le siège, mais au parjure et apostat Cranmer. Cependant il se présenta un obstacle inattendu à cette intrusion. Aucun évêque catholique ne voulut consentir à sacrer Parker. Il fut obligé de recourir à Barlow et à Scorry , deux évêques protestants du règne d'Edouard VI. Comme ils le sacrèrent d'après le rituel de ce prince , il y a lieu de douter s'il reçut effectivement le caractère épiscopal , et s'il put validement le conférer à d'autres. Quoi qu'il en soit, le schisme anglican était de nouveau consommé. « Après avoir prescrit à tous ses sa-

CIIAPITBE IV. 17 S

» jets le serment de suprématie, dit Cobbet (1), en les plaçait » dans l'alternative du supplice ou de l'apostasie, la digne fille » de Henri YIH poussa bientôt sa frénésie anti-religieus<* jusqu'à* » faire déclarer punissable de mort tout prêtre catholique qui ce-

* lébrerait la messe dans l'étendue de ses Etats. Les bourreaus » manquèrent bientôt aux victimes, et la plume s'échappe de mes » mains au moment où je me dispose à faire le récit de toutes les

* atrocités qui épouvantèrent alors l'univers. Comme pour mettre » le comble à tant de forfaits, Elisabeth voulait encore violenter n les malheureux catholiques jusque dans leur conscience, et elle

* leur imposa, sous des peines terribles, l'obligation de fréquenter » les temples de la nouvelle religion, où les tables de la Cène » remplaçaient le banquet sacré de l'Eucharistie. Quel ingénieux » moyen pour ajouter aux vexations de toute espèce dont les ca- » tholiques étaient victimes, eux qui ne pouvaient échapper à la » mort qu'en s' expatriant ! » Telle fut cette reine que les protêt tants ont appelée la grande Elisabeth, et dont l'école historique. de Voltaire a prétendu faire une héroïne.

17. L'année même de la mort de Paul IY avait vu la fin du règne de Henri H en France (1559). Ce prince, dans les fêtes brillantes qu'il donna à Paris à l'occasion de la paix de Cateau-Cambrésis, avait voulu prendre part à un tournoi. Le comte de Montgommery, capitaine de ses gardes, le plus habile jouteur de la cour, en luttant en champ clos contre le roi, eut le malheur de le blesser mortellement. La violence du choc fit voler les deux lances en éclats ; mais le tronçon de celle du comte, rencontrant la tête de Henri H, qui n'avait pas attaché sa visière, le frappa si rudement au-dessus de l'œil droit, qu'un éclat pénétra même derrière la, tête. Le roi défendit qu'on poursuivît son innocent et malheureux adversaire. H mourut quinze jours après (10 juillet 1559), laissant quatre fils, dont trois ont régné au milieu des troubles de la Réforme. L'alné monta immédiatement sur le trône. C'était François H, l'époux de Marie Stuart, cette reine dont la destinée, si brillante alors, devait se terminer par la. plus efiroyable catastrophe.

(1) Villiam Cobbet, Lettre IX-

172 paul iv (1555-1559).

28. Le calvinisme, propagé par Théodore de Bèze, avait fa& en France des progrès lents mais sûrs, et préparait au royaume d'immenses désastres. Les premières assemblées se tinrent d'abord secrètement à Paris , dans une maison de la rue Saint-Jacques (1555-1557). Chose remarquable ! Qu'elle se présente au nom d€ la religion ou sous le masque de la philosophie, l'anarchie révolutionnaire, qui menace de broyer les trônes et les grandeurs humaines comme une poussière que le vent emporte, est toujours partie d'auprès des trônes : ses plus puissants propagateurs ont été de grands seigneurs intéressés plus que personne à la combattre. Le premier des soldats français qui donna l'exemple de l'apostasie, fut un descendant de saint Louis , un membre de la royale famille de Bourbon, le prince de Condé. Une conquête si noble et si inespérée enhardit les sectaires. Dans les soirées du printemps de Tan 1558, il se forma au Pré-aux-Clercs, à Paris, des rassemblements de cinq ou six mille calvinistes ou huguenots , comme on les appelait, chantant ensemble les psaumes de Marot, qu'ils avaient adoptés pour l'usage de leur culte. Antoine de Bourbon , roi de Navarre, par complaisance pour sa femme , Jeanne d'Aïbret, zélée protestante, se trouvait souvent à ces assemblées. François de Châtillon, surnommé Dandelot, frère de l'amiral de Coligny, avait aussi embrassé la secte et faisait prêcher l'hérésie dans ses terres. Cependant, le 14 juin 1559 , le Parlement s'assembla pour prendre des mesures contre l'envahissement du calvinisme. Le président Minard , et le premier président Lemaîir^ , votèrent pour la stricte exécution des lois portées autrefois par Philippe- Auguste contre les novateurs. Quelques conseillers prirent au contraire la défense des sectaires, et s'emportèrent en récriminations et en injures contre la cour de Rome. Le plus violent fut un prêtre apostat, Anne V abourg. Il fut arrêté à sa sortie du Parlement. L'évêque de Paris le déclara hérétique, le déposa du sacerdoce et le livra au bras séculier. Dubourg interjeta appel de cette sentence à l'archevêque de Sens, métropolitain de Paris. La mort de Henri II, survenue dans l'intervalle, n'arrêta point le procès. François H, guidé par ses oncles, les princes de Lorraine , le fit poursuivre. Parmi les juges de l'apostat se trouvait le président Minard. Anne Dubourg lui dit d'un ton menaçant : c Vous ne

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