‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 88 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

requête au nom des protestants en disant qu'elle serait bientôt signée par dix mille personnes. « Et moi , s'écria le duc de Guise, » j'en présenterai une contraire, que cent mille hommes, dont ji » suis le chef, signeront demain de leur sang. » Bientôt après, k prince de Condé , dont l'exaltation religieuse ne connaissait plui de bornes , fut arrêté , jugé par des commissaires royaux et condamné à mort. « Il faut, avait dit le duc de Guise, trancher d'un seul coup la tête à l'hérésie et à la rébellion » (1 0 décembre 1560). L'échafaud du prince devait être dressé devant leur salle d'assemblée pour épouvanter les huguenots par un terrible exemple. La mort de François H sauva le coupable. Charles IX, son frère, enfant de dix ans, hérita de la couronne et de la difficile mission de gouverner la France au milieu de tant d'orages.

i. Pie IV, qui occupait depuis un an le Saint-Siège , avait résolu de continuer les réformes commencées par son prédécesseur. Tout différait cependant dans ces deux souverains Pontifes • 1* naissance, le caractère et l'éducation. Paul I\T descendait d'une illustre maison de Naples et il avait été élevé dans la haine dft l'Autriche, sentiment que son caractère énergique avait encore développé ; Pie IY était né sujet de l'Autriche et il était lié de cœur à la domination autrichienne. Paul IV était énergique, résolu, entreprenant ; Pie IY était d'un caractère doux , simple et bon. Malgré ce contraste, Pie IY adopta, sur le trône de saint Pierre, la ligne de conduite inaugurée par Paul IY. Il n'est pat rare de rencontrer, dans l'histoire de la Papauté, des exemples d» iuccession intelligente où un souverain Pontife continue l'œuvr» d'un autre, en appliquant au même but d'autres qualités. Pie IY fut aidé dans le gouvernement de l'Eglise par son neveu , saint Charles Borromée , le modèle des évêques et le restaurateur de k discipline ecclésiastique. Né, en 1538, dans le château d'Axone, sur les bords du lac Majeur, de l'illustre famille des comtes de Borromée , le jeune Charles se distingua de bonne heure par une piété tendre et une sagesse au-dessus de sa jeunesse. Entré daas Ja carrière ecclésiastique, il fut bientôt pourvu dp riches bénéfice*; mais il représenta respectueusement à son père qu'après avoa pris sur ses revenus de quoi fournir à son éducation et au service de l'Eglise, le reste appartenait aux pauvres, et que tout autre

150 pie iv (1559-1565].

usage serait illégitime. L,e comte pteura de joie en voyant «ne teUe vertu dans son fils. Charles Borromée venait d'achev/c ses études de droit canonique à Milan , lorsqu'il reçut la nouvelle de l'élévation du cardinal de Médicis , son oncle , à la Papauté , et l'ordre de se rendre immédiatement à Rome. Créé immédiatement cardinal et archevêque de Milan, quoiqu'il n'eût encore que vingttrois ans , le saint mit tout en œuvre pour décliner ces dignités ; mais le Pape voulait honorer ses vertus et F avoir à côté de lui pour employer son zèle et ses talents extraordinaires au service de l'Eglise. Borromée donnait aux affaires la plus grande attention ; fl les pénétrait avec une rare perspicacité , les discutait avec sagesse et en rendait la décision facile. Les honneurs qui étaient venus le chercher, à un âge où les autres hommes ont encore besoin de guides, par un heureux privilège , étaient , si l'on peut s'exprimer ainsi , au-dessous de son mérite , et Rome , qui avait énergiquement flétri le népotisme de Paul IV, applaudissait à l'élévation du neveu de Pie IV. La gloire de Dieu était la fin principale que saint Charles se proposait dans chacune àt ses actions et de ses entreprises. Son impartialité et son désintéressement étaient admirables. Les considérations les plus puissantes n'intluaient jamais dans ses jugements ; il se consolait des éminentes fonctions que sa modestie aurait voulu répudier, en songeant qu'elles lui permettaient de travailler au bien de l'Eglise.

5. Son premier soin avait été de reprendre, par l'ordre de Pie IV, les négociations pour la continuation du concile de Trente, interrompu depuis -Tule^ III. La bulle d' indiction fut publiée le 29 novembre 1560. k Aussitôt que nous avons été appelé au gouverne- » ment de l'Eglise, disait le Pape, nous avons compris que le » moyen de combattre efficacement la contagion du schisme , les » progrès de l'hérésie et la corruption des mœurs, serait de réunir » le concile œcuménique, déjà assemblé par Paul III et Jules III, » son successeur, d'heureuse mémoire. Le Seigneur, dans sa mi« » séricorde, ayant daigné rétablir la concorde et l'union entre hi » rois et les princes chrétiens , nous avons jugé que rien ne s'op- » posait plus à sa célébration. » Des nonces apostoliques furent chargés de porter cette bulle à touies les cours de l'Europe. Les

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