CHAPITRE T
gnés de Jésus-Christ ; les sciences théologiques et la méditation des docteurs et des Pères, pour puiser aux sources sacrées la connaissance de nos dogmes, l'esprit de foi, de piété, de zèle et d'intelligence. Il y a cinquante ans, nous avons vu tous les séminaires de France ensevelis sous les ruines des églises et de la monarchie : et, peu après, nous voyons ces mêmes églises ressuscitées à la voix du successeur de Pierre, reconstruire, sur le plan perfectionné du concile de Trente, non seulement dé grands séminaires pour disposer plusTprochainement les jeunes lévites au sacerdoce, mais encore de petits séminaires pour les y préparer de loin par les études littéraires. Œuvre de régénération qui réjAuit le ciel et la terre, et qui envoie des apôtres et des martyr^ au Tonkin, en Chine, dans les forêts de l'Amérique et dans les îles de l'Océan.
10. Après l'heureux succès de la vingt-troisième session, rien ne retarda plus la marche du concile. Le 11 novembre 1563, la vingt-quatrième session s'ouvrit ; on y publia les canons sur le sacrement de Mariage, au nombre de douze. « Si quelqu'un dit » que le mariage n'est pas véritablement et proprement un des » sept sacrements de la loi évangélique, instituée par Notre-Sei- » gneur Jésus-Christ ; mais qu'il a été introduit dans l'Eglise par » une invention humaine, et qu'il ne confère pas la grâce : qu'il » soit anathème ! — Si quelqu'un dit qu'il est permis aux chré- » tiens d'avoir plusieurs femmes en même temps, et que cela » n'est défendu par aucune loi divine : qu'il soit anathème ! — » Si quelqu'un dit qu'il n'y a que les seuls degrés de consangui- » nité et d'affinité marqués dans le Lévifique qui puissent empê- » cher de contracter mariage ou qui puissent le rompre quand il » est contracté ; et que l'Eglise ne peut pas donner dispense en » quelques-uns de ces degrés ou en établir un plus grand nombre i» qui empêchent et corrompent le mariage : qu'il soit anathème ! » — Si quelqu'un dit que l'Église n'a pas pu établir des empê- » chements dirimants du mariage ou qu'elle a erré en les établis- » sant : qu'il soit anathème ! — Si quelqu'un dit que les clercs » engagés dans les ordres sacrés ou les réguliers qui ont fait pro- » fession solennelle de chasteté peuvent contracter mariage, etc. : * qu'il soit anathème ! » Dans les décrets de réformation qui
no me iv (1559-1W8).
furent promulgués ensuite, le concile défend les mariages clandestins; prononce des peines contre les ravisseurs, les concubinaires et enfin renouvelle l'injonction d'observer les anciennes défenses de célébrer des noces solennelles depuis l'Avent jusqu'à l'Epiphanie, et depuis le jour des Cendres jusqu'à l'octave de Pâques inclusivement. Les autres décrets de réforme, lus dans la vingttroisième session> sont relatifs aux règles à ob^êirveff dans le choix des évêques et des cardinaux, à la tenue des synodes provinciaux tous les trois ans et des synodes diocésains tous les ans; au pouvoir des évêques pour la dispense des irrégularités et des suspenses ; à l'établissement d'un grand pénitencier dans chaque cathédrale ; aux qualités requises dans les sujets promus aux dignités et aux canonicats des cathédrales et à leurs obligations ; aux devoirs des chapitres pendant la vacance du Siège ; à Y abrogation des grâces expectatives et aux autres fayeurs de ce genre, etc.
11. Les travaux du concile touchaient à leur fin. Toutes les tentatives pour y amener les protestants avaient échoué devant leur mauvaise foi. L'autorité de l'empereur Ferdinand Ier n'avaï pu réussir à les y décider. C'est la marche oïdinaire des hérésie! et des sectes. Elles appellent toujours du Pape au concile général et finissent par récuser ces deux importantes juridictions. Le 3 décembre 1563, la vingt-cinquième et dernière session du coacile de Trente s'ouvrit en présence de trois cardinaux, trois patriarches, vingt-un archevêques, cent soixante-huit évêques et sept généraux d'ordres. L'évêque de Nazianze, alors coadjuteur de Famagouste, en Chypre, fut chargé de porter la parole devant cette illustre assemblée. « Il a brillé enfin, s'écria l'orateur, ce » jour d'allégresse pour le monde catholique, où le vaisseau de » l'Église, qui porte les espérances de l'univers, éehappé à la vioi îence de si longues et si furieuses tempêtes, repose à l'abri du d port. Et plût à Dieu que ceux pour qui nous avons entrepris >v cette périlleuse navigation eussent voulu s'embarquer ave
* nous! Plût à Dieu qu'ils nous eussent aidés de leur concouos » et qu'ils fussent venus travailler de concert à la reconstn>*£kw » du temple du Seigneur ! Nous aurions maintenant un bien plu,
* grand sujet de joie ; mais leur absence ne saurait nous être in> »*putée. Nous avons choisi cette ville à l'entrée de w Allemagne
aum*» r. $01
» c'est-à-dire aux frontières mêmes de leur pays ; nous n'avong » appelé aucune garde autour de nous, afin de leur éviter toute » appréhension pour leur liberté personnelle; nous leur avoua » accordé un sauf-conduit dans les termes mêmes qu'Us avaient » dictés, mais ils ont été sourds à nos exhortations- et à :tos » prières. Maintenant, après avoir mis la dernière main aux îm- » menses travail qui nous étaient imposés, nous devons offrir » d'immortelles actions de grâces au Dieu tout-puissant, dont la »- miséricorde infinie nous a permis de célébrer ce jour de bon- » heur, au milieu de l'assentiment et l'approbation. ïiniversels du » monde chrétien. Grâces éternelles soient aussi rendues à Pie IV, » notre souverain et pieux Pontife, qui a consacré tous ses mo- » ments et toutes ses pensées à l'achèvement de ee grand ouvrage.
* 0 piété et prudence admirables de notre Pasteur et de notre » Père ! 0 félicité suprême du Pontife, qui voit se tenniner ea » paix, sous son autorité et sous ses auspices, ce concile inter- » rompu si longtemps ! — Je vous prends à témoins, vous, Paul III » et Jules in, dont nous pleurons la mort : avec quelle ardeur » n'avez-vous pas désiré voir ce spectacle que nous contemplons » aujourd'hui avec des larmes de * joie! — Et vous, très-sainte » Pères, qui venez de rendre à l'Eglise de si éminents services » par tant d'illustres travaux, quelle gloire s'attachera à votre » nom, que d'honneur vous rendra le peuple chrétien ! Tous vous d appelleront leurs pasteurs et leurs pères ; tous s'empresseront de
* vous rapporter leur vie et leur salut. 0 jour de joie et de bon- » heur, où nos peuples nous reverront enfin, où ils embrasseront » leurs pasteurs et leurs wes ! » On lut . nsuite les décrets sur le Purgatoire , le culte des saints, la vénération des reliques et des saintes images, les Ordres religieux; l'observation des jours de jeûne , le catalogue des livres , le Catéchisme, \f Bréviaire et le Missel que le concile voulait rendre uniformes dans toutes les églises de l'univers, et dont il remettait la composition et l'examen aux soins du souverain Pontife. Après cette lecture, le secrétaire, s' adressant aux prélats assemblés, leur dit : « Seigneur et ^ères,
* vous plaît-il qu'à la louange du Dieu tout-puissant, on tnette » fin à ce saint concile œcuménique et que la confirmation de toutes » les choses ordonnées et définies tant sous les souverains Pcwp&le»
ÏI2 pie iv (1559-1565).
» Paul III et Jules III d'heureuse mémoire, que sous noire très^ » saint Père Pie IV, soit demandée au nom de ce saint concile » par les présidents et légats du Siège apostolique au bienheureux; » Pontife romain? » — Tous répondirent P lacet. Ensuite le cardinal Morone donnant la bénédiction aux prélats assemblés, prononça la formule de clôture accoutumée : « Très-révérends Pères, » allez en paix. » Us répondirent tous : Amen, Les larmes coulaient de tous les yetix, les Pères s'embrassaient en se félicitant d'être heureusement arrivés au terme de leurs travaux. Le dixhuitième concile œcuménique, la dernière assemblée générale que l'Eglise catholique ait tenue jusqu'à nos jours, était fini. Jamais l'ensemble des dogmes et de la discipline n'avait été traité avec tant de suite. Les novateurs avaient tout attaqué : doctrine, culte, droit canonique ; le concile de Trente raffermit tout sur les bases inébranlables de rEcriture sainte et de la tradition. La vraie foi apparut dans toute sa splendeur, dégagée des erreurs protestantes. L'unité catholique, la hiérarchie divine de l'Eglise furent de nouveau exposées aux regards et à la vénération du monde. La ré formation, au nom de laquelle les luthériens avaient armé des milliers de bras, était pacifiquement accomplie. « Les réformes » du concile de Trente, dit Fauteur protestant Ranke, sont d'une » immense valeur ; les fidèles furent soumis, comme par le passé, » à une discipline rigoureuse. On fonda des séminaires et on eut » soin d'y élever des jeunes prêtres sous la direction d'une règle » salutaire et sous l'influence de la crainte de Dieu. Les paroisses » furent réorganisées ; l'administration des sacrements, la pré- » dication soumises à de sages règlements ; la coopération des » ordres religieux fut aussi l'objet de mesures salutaires et pré- » voyantes. Mais l'immense succès fut de voir les évêques s'enga- » ger unanimement à l'observation des décrets du concile de » Trente et à la soumission envers le Pape, par une profession de » foi solennelle qufils jurèrent tous. » Cependant les princes ca* iholiques ne secondèrent pas, comme on avait droit de l'espère^ le mouvement de réforme qui s'opérait dans l'Eglise. Us firent recevoir dans leurs états tous les décrets dogmatiques sans restriction. Mais ceux de discipline souffrirent, sur quelques points, «es difficultés en Allemagne et encore plus en France. Les Par^