CHAPITRE
d'être digne successeur de son père, et à qui cet exploit ouvrit les portes du conseil royal. L'amiral de Coligny se replia de là vers Montcontour, où l'armée catholique vint lui livrer bataille. La déroute des calvinistes y fut complète, et c'en était fait de leur ligue, si la discorde ne se fût mise entre les chefs victorieux. Coligny répara promptement le nouvel échec de ses armes, et Ton parla d'un troisième accommodement. La paix fut signée, le 15 août 1570, à Saint-Germain-en-Laye. Les calvinistes obtinrent quatre places de sûreté : La Rochelle, Cognac, La Charité et Montauban. Leur culte devait être libre dans deux villes par province ; ils pouvaient aspirer à toutes les charges, prétendre à toutes les dignités, occuper tous les emplois militaires, administratifs et civils. En un mot, leur existence religieuse était officiellement reconnue. Saint Pie V déplora ces concessions d'autant plus inexplicables que le succès n'avait pas cessé de couronner les armes royales. Mais la politique de Catherine de Médicis l'emporta sur les avis réitérés du Pontife.
18. Les efforts du Pape pour arracher Marie Stuart à la haine d'Elisabeth, reine d'Angleterre , n'avaient pas été plus heureux. Les malheurs de la veuve infortunée de François II ont si longtemps occupé le Saint-Siège, les Papes ont donné tant de preuves de leur sollicitude et de leur tetsdre commisération pour adoucir les cruelles souffrances de cette princesse , qu'il est nécessaire de la faire connaître ici , telle qu'on la connaissait à Rome , où l'on avait voulu savoir, jour par jour, toutes les vicissitudes d'une vie de larmes et de résignation, d'une captivité héroïque, terminée par le martyre. Fille de Jacques V, roi d'Ecosse, Marie Stuart ne connut point son père auquel elle succéda huit jours après sa naissance. La régence de son royaume fut confiée à Jacques Hamilton, comte d'Arran. Fiancée plus tard à François II, la jeune peine quitta les montagnes de sa patrie, pour ce tant beau pays de France, auquel la mort prématurée de son époux la força bientôt de dire un dernier adieu. De retour en Ecosse, elle se trouva constamment en butte aux conspirations fomentées en secret par l'or d'Elisabeth. Mariée une seconde fois à lord Henri Darnley, «on cousin, elle ne trouva qu'un traître dans ce nouvel époux qui mourut bientôt , victime d'un complot tramé contre lui par lord
202 s. pie v (1566-1572)
Bothwel. L'assassin contraignit la reine à accepter sa main encore sanglante. Mais Marie Stuart , fatiguée de tant de trahisons , ne pouvant plus supporter le séjour d'un pays où son trône nageait dans le sang, se décida à se réfugier en Angleterre, et vint confier sa liberté et sa vie à la reine Elisabeth , son ancienne ennemie. Elle avait espéré, par ^ette marque de suprême confiance, éveiller un sentiment de générosité dans le cœur de sa rivale. Mais l' hospitalité anglaise n'eut à offrir qu'une prison à Marie Stuart. A la nouvelle de cette affreuse violation du droit des gens, saint Pie V lança contre Elisabeth une bulle solennelle d'excommunication : « Considérant, disait le Pontife, que cette princesse a usurpé dans » toute l'Angleterre l'autorité du chef suprême de l'Église ; — » qu'elle a détruit le culte de la vraie religion , rétabli par les efy> forts de Marie, la reine légitime ; — qu'elle a défendu aux pré- * lats , au clergé et au peuple , de reconnaître l'Eglise romaine , t d'obéir i s»e& fois et à ses sanctions canoniques ; — qu'elle a fait » emprisonner les évêques et les clercs fidèles et qu'elle en a fait » périr un grand nombre dans les tortures; — qu'elle poursuit o le cours de sss cruautés et qu'elle refuse d'admettre les nonces » apostoliques envoyés par Nous en Angleterre, Nous la déclarons » déchue de toute espèce de droit à ce royaume, Nous délions les » grands, les sujets, le peuple, de leur serment de fidélité. » Le Pape ne parlait point, dans cet acte, de l'odieux traitement qu'on faisait subir à Marie Stuart, de peur d'aggraver encore, au lieu de l'adoucir, la situation de cette malheureuse reine. La bulle de Pie V fut le signal de nouvelles exécutions en Angleterre. Marit Stuart vit se resserrer les liens de sa dure captivité. Cependant son infâme cousine n'osa pas encore consommer le régicide : elle craignait sans doute l'indignation de l'Europe, et ne trouvait pas son pouvoir assez raffermi pour la braver.
19. Le prince qui se montrait le plus zélé pour le maintien de la foi catholique en Europe, était Philippe II, roi d'Espagne. Les Pays-Bas, qu'il tenait en héritage de Charles-Quint, son père, se trouvaient, par leur situation géographique et leur voisinage avec l'Allemagne et la France, naturellement exposés à la double contagion du luthérianisme et du calvinisme. Philippe II en avait confié le gouvernement à la princesse Marguerite, duchesse de