CHAPITRE V. 1W
nations et les rois, et d'où le protestantisme avait voulu le précipiter.
15. L'influence du cardinal saint Charles Borromée fut toutepuissante au sein du conclave, qui se réunit pour donner un successeur à Pie IY, son oncle. «J'ai résolu, dit le saint, de n'avoir » égard, pour le choix à faire, qu'à la Religion et à la foi. Lorsque » ia piété, la vie irréprochable et les sentiments de sainteté du » cardinal d'Alexandrie, Michel Ghisléri, me furent connus , j« » pensai que l'Eglise ne pouvait être mieux gouvernée que par » lui. » Les suffrages du sacré Collège ratifièrent le choix du saint, et le cardinal Michel Ghisléri fut élu souverain Pontife. Sa nomination le plongea dans une profonde douleur. II demeura muet, pendant que ses collègues venaient à l'envi lui offrir leur* hommages. On lui demanda la cause de son silence. « Helas ! ré- » pondit-il, dans notre couvent des Dominicains où nous vivions » tout à Dieu, nous espérions faire notre salut : élu depuis évêque » cardinal, nous avons commencé à craindre ; créé Pape, nou» » désespérons de nous sauver. » Les fervents catholiques applaudirent à sa promotion. « Dieu, s'écriaient-ils, nous a ressuscité » Paul IV ! » Mais le peuple romain , effrayé de l'austérité de* mœurs et de la sévérité connue du nouveau Pape, témoignait toutes ses appréhensions. Saint Pie V en fut averti. « Nous nous » confions en Dieu, dit-il, et nous espérons avoir un règne tel » que les peuples auront à notre mort, un plus grand déplaisir » que celui qu'ils manifestent à notre avènement. » .
1 6 Ses premiers actes furent inspirés par le zèle pour la discipline, dont il donna tant de preuves dans tout le cours de son pontificat. «Il bannit le luxe inutile, convertit, en aumônes les » largesses que le souverain Pontife répandait à son exaltation ; » corrigea les mœurs, obligea les évêques à la résidence, les car- » dinaux à donner des exemples de modestie et de piété ; défendit » les combats particuliers qu'on donnait alors en spectacle ; sup- » prima l'achat pécuniaire des indulgences ; enfin il mit partout » en vigueur la discipline et les principes du concile de Trente. » Il donnait lui-même l'exemple de la régularité qu'il imposait aux autres ; il observait une discipline aussi rigoureuse que lorsqu'il était encore simple religieux. Le jeûne, la prière, les travaux
200 s. pie v (1566-1572).
sans cesse croissants n'effrayaient pas son austérité 9 d'une activité infatigable, il veillait lui-même à l'exécution de ses ordonnances. « Après avoir tant fait pour provoquer et pour avancer l'œuvre » de la restauration religieuse, dit Ranke, après avoir rédigé tant t> de décrets pour la rendre universelle, il fallait un Pape comme » celui-ci, afin qu'elle fut non seulement publiée, mais encore
* introduite et pratiquée partout. Le zèle et l'exemple de saint » Pie V furent infiniment efficaces pour atteindre ce but. »
17. La paix de Lonpjitmeau n'avait été, en France, qu'un intervalle de trêve presqiAïussitôt rompue que signée. La guerre éclata de nouveau. Tous les édits favorables à la Réforme furent révoqués, et la foi catholique devint obligatoire pour remplir toute espèce d'emplois publics. Saint Pie V exhorta Catherine de Médicis et le jeune roi son fils à combattre vigoureusement l'hérésie dans leurs Etats. D prit lui-même des mesures sévères pour préserver de la contagion le Comtat-Venaissin, qui appartenait toujours au Saint-Siège , et fit passer au roi de France des subsides, afin de l'aider dans la guerre contre les calvinistes. Fortifiés par une foule d'aventuriers venus d'Angleterre et d'Allemagne, lei rebelles, sous les ordres du prince de Condé, en vinrent aux mains avec les catholiques, commandés par le maréchal de Tavannes. Le choc eut lieu près de Jarnac, sur la Charente (13 mars 1569). Les calvinistes furent défaits, et le prince de Condé, leur chef, paya de sa vie tout le sang qu'il avait fait répandre en combattant contre son Dieu et contre son roi. Sa mort n'abattit point l' insurrection. Jeanne d'Albret, veuve du roi de Navarre, accourut à Cognac avec Henri de Béarn, son fils, âgé de seize ans, et le jeune fils du prince de Condé. « Mes amis, dit-elle aux soldats, voilà » deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins
* que je vous confie. » On proclama le Béarnais, qui devait être plus tard Henri IV, chef de la ligue, malgré sa jeunesse ; el Coligny commanda sous ses ordres. Bientôt les calvinistes se trouvèrent en état de tenir la campagne : le jeune Henri, qui faisait alors s^s premières armes , signala d'abord son début par ia victoire de la Roche- Abeille ; Coligny fut moins heureux au siège de Poitiers, vaillamment défendu par le jeune duc de Guise, Henrile-Balafré, fils de François de Lorraine, qui promettait dès lor*