CHAPITRE V
de ses partisans, des instructions secrètes, qui leur prescrivaient dans le cas d'une prochaine vacance du Saint-Siège, de s'opposer à l'élection d'u» nouveau Pape, avant d'avoir, obtenu son consentement. A la mort de Pascal II, les cardinaux déjouèrent ces précautions tyranniques; ils se concertèrent et élurent, sept jours après , le diacre Jean de Gaftte, cardinal et chancelier de l'Eglise romaine, nohle vieillard, qui fit éclater, dans le cours d'un pontificat orageux, une vigueur tout apostolique. Il prit le nom de Gélase II. A cette nouvelle, Cencio Frangipani, chef delà faction allemande, envahit l'église avec une troupe armée, saisit le Pape à la gorge, le renverse et lui déchire le corps avec ses éperons. Il jette ensuite le Pontife, tout sanglant et chargé de chaînes, au fond d'un cachot. Les cardinaux et les sénateurs qui ne purent s'enfuir, suhirentun traitement aussi rigoureux; plusieurs furent tués sur la place. A la nouvelle de ces violences, le préfet de Rome, ses troupes et une foule immense de peuple se transportèrent en armes au Capitole, demandant à grands cris qu'on leur ren-~ dît le Pape. Les factieux épouvantés, se hâtèrent de délivrer l'auguste captif. 11 se jettent à ses genoux, demandent et obtiennent leur pardon, et Gélase H, porté en triomphe par le peuple ivre de joie, prend solennellement possession de son Siège.
30. Le jour fut fixé pour son ordination, car il n'était encore que diacre; mais Henri V le prévint. Il accourt, à marche forcée, du fond de l'Allemagne; et une nuit, on vint avertir le Pape que l'empereur occupait, avec ses troupes, l'église de Saint- Pierre. Il faisait dire à Gélase : « Si vous voulez confirmer le
* fc-aité que j'ai fait autrefois signer à Pascal II, je suis prêt à me
* soumettre à votre obédience ; sinon, je fais élire un autre Pape, » et je le mettrai en possession du oaint-Siége. » Le souverain Pontife s'enfuit précipitamment de Rome et s'embarqua sur le Tibre. Une violente tempête poussa son navire sur la côte de Porto. Les soldats allemands encombraient le rivage, et lançaient leurs flèches sur la galère pontificale. A la faveur de la nuit, Gélase leur échappa, et put aborder à Gaëte, sa ville natale, où u fut accueilli avec un respectueux et saint empressement. Cependant Henri V faisait élire, à Rome, un antipape. Maurice Bourdin, le légat infidèle, excommunié par Pascal II, au concile
l*i GÉLASE II (11 18-111).
de Bénêvent, était digne du rôle d'inii\.s, que Tompereur vou-* lait lui faire Jouer. Il se revAtit de la pourpre romaine et prit le nom de Grégoire VII 1. Le véritable Pape avait été é'jcré à Gaëtef en présence de Guillaume, duc d'Apulie, de RcVr**, prince df Capoue, et d'une foule de seigneurs italiens, qui lui prêtèrent k serment de fidélité. Il réunit un concile à Capoue, où il excommunia solennellement l'antipape et l'empereur Henri V. En même temps, il adressait à l'archevêque de Tolède et aux évoques d'Espagne, l'ordre de pourvoir l'église de Braga d'un autre titulaire à la place de Maurice Bouidin, que son intrusion venais de faire retranctar du sein de l'Eglise catholique. Une autre lettre, envoyée aux princes et aux évêques de toute la chrétienté, i ur apprenait le* attentats commis contre la majesté pontificale, et la sentence fulminée eontrp ] ,rs auteurs. Le monde chrétien put ainsi savoir que les indignes héritiers du sceptre de Charlemagne employaient, contre l'Eglise romaine, le pouvoir qu'ils tenaient d'elle et les forces du saint empire romain.
31. Après avoir consommé le schisme et renouvelé, pour la troisième fois, la cérémonie de son couronnement , Henri V rt prit la route de l'Allemagne, laissant Rome au pouvoir de l'antipape et de ses partisans. Au péril de sa vie, l'intrépide Gélase n parvint à rentrer secrètement dans la Ville éternelle, et se tint quelque temps caché, au sein d'une famille fidèle et dévouée. Mais le jour de la fête de sainte Praxède , il voulut officier dans l'église dédiée à cette sainte. Au milieu des cérémonies sacrées, Cencio Frangipani, celui qui avait déjà une fois porté les mains sur l'oint du Seigneur, vint, avec une bande de soldats , faii * C^ siège de l'église. Etienne-le-Normand et Crescence Gaëtano, neveu du Pape, résistèrent vigoureusement. Le combat dura une partie du jour. Gélase II réussit à s'échapper, au milieu du tumulte, et gagna, dans la campagne de Rome, une chaumière isolée où une pauvre femme donna l'hospitalité la plus touchante au vicaire de Jésus-Christ. Le lendemain, les cardinaux et quel, ques-uns de ses serviteurs vinrent le rejoindre. « Fuyons, lein » dit Gélase, fuyons cette terre d'Egypte; fuyons la nouvelle » Babylone ! Au temps marqué, la Providence ramènera ceux » d'entre nous à qui ce bonheur est réservé. » Le souverain Pon-