CHAPITRE V
évêques ou abbés, revêtus des insignes épiscopaux, se réunirent dans la cathédrale, tenant en main des cierges allumés. On lut en leur présence la sentence qui frappait l'antipape Maurice Bourdin et son protecteur Henri V d'Allemagne , se disant empereur, dont les sujets furent déliés du serment, de fidélité envers un monarque parjure. A ce moment , tous les flambeaux furent renversés et éteints, et les assistants répétèrent les solennelles paroles de Panathème. Dans cette circonstance, la clause qui déliait les peuples de Germanie du serment de fidélité envers Henri V, omise à dessein par l'abbé Fleury et le P. Longue val, est remarquable. Elle nous montre ce que les évêques d'Italie, d'Espagne, de France, d'Angleterre et d'Allemagne, réunis à Reims, ce que Le roi et les seigneurs français présents au concile, pensaient alors du pouvoir pontifical, investi par l'opinion publique, au moyen âge, du droit de suprématie sur les royaumes. Pour bien juger un homme ou un siècle, il faut savoir,, avant tout, ce qu'il croit et ce qu'il fait.
34. Avant de partir pour Rome, où il était attendu avec la plus vive impatience par le clergé et le peuple, Calixte II donna le titre de missionnaire apostolique à saint Norbert, et lui recommanda de prêcher le royaume de Dieu aux peuples de France et d'Allemagne. Norbert, d'une naissance illustre, était allié, par son père, aux empereurs de Germanie, et descendait, par sa mère, de la famille de Godefroi de Bouillon. Attaché dès sa jeunesse à la cour de Henri V , il se livrait à tous ses goûts de plaisirs et de frivolités mondaines. Les espérances du siècle, son nom, son mérite, l'étourdissement de la fortune et de la vanité, enivraient son cœur. Un jour (1114), il se rendait à une fête , et traversait à cheval une vallée du duché de Clèves, lorsqu'il fut surpris par un orage. La foudre tombe à ses pieds, renverse le cheval et le cavalier. Norbert demeura près d'une heure étendu à terre, privé de sentiment. Quand il revint à lui, il crut entendre une voix du ciel qui lui disait, comme autrefois à Saul sur le chemin de Damas : « Norbert ! Norbert . pourquoi » me persécutez- vous ? Est-ce ainsi que vous faites servir aux » projets de votre ambition et de votre orgueil, les talents et les » richesses que je vous avais donnés pour ma gloire et pour mon