CHAPITRE VI
en était une pfos surprenante encore. Epuisé par les austérités et par des fatigues surhumaines , ce corps frêle et languissant paraissait toujours prêt d'expirer, et chaque fois il se ranimait par un prodige incessant , sous le souffle de la Providence , qui s'en servait comme d'un instrument pour régler les destinées de l'Eglise et des empires. Obligé de s'enfuir de Milan, pour se dérober aux instances du peuple , qui voulait l'élever , malgré lui , sur le siège archiépiscopal de cette ville , il se rendit successivement à Pavie et à Crémone , où il reçut le même accueil triomphal. Quand il eut terminé cette mission en Lombardie, il repassa les Alpes. « Les pâtres , dit le religieux qui l'avait ac- » compagne et qui a écrit son histoire , descendaient du haut des » rochers pour contempler son visage et lui demander sa béné- » diction. Gravissant ensuite les montagnes , ils retournaient à » leurs troupeaux, se réjouissant de l'avoir vu et fiers de ce que » l'homme de Dieu avait étendu la main sur eux. »
17. Le duc d'Aquitaine s'obstinait toujours dans le schisme. Seul, de tous les seigneurs français, il demeurait attaché au parti de l'antipape. Saint Bernard vint le trouver à Parthenay (1135). Après une conférence sans résultat , l'illustre abbé résolut de recourir à d'autres armes. Il se rendit le lendemain à F église pour y célébrer les divins mystères. Tous les fidèles orthodoxes en* trèrent avec lui dans l'enceinte sacrée ; le duc et les autres schisv matiques se tinrent à la porte. Après la consécration , Bernard , poussé par un mouvement surnaturel , prit dans ses mains la sainte hostie, s'avança vers le duc d'Aquitaine, et élevant le corps de Notre-Seigneur : « Nous avons prié , e+ vous avez » méprisé nos prières , dit-il. \uici le Fils de la Vierge qui vient * à vous, le chef et le Seigneur de l'Eglise que vous persécutez ! % Voici votre juge, au nom duquel tout genou fléchit au ciel, p sur la terre et dans les enfers! votre juge entre les mains du- » quel votre âme tombera ! Le mépriserez -vous aussi? Le méx> priserez- vous comme vous avez méprisé ses serviteur* ? » En prononçant ces paroles, le visage du saint semblait resplendir d'une majesté angélique ; les assistants, prosternés, fondaient en larmes -, le duc lui-même tomba le front dans la poussière. Bernard, le poussant du pied, lui commande de se relever : a Voilà,
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» joute-t-iî, l'évêque Je Poitiers que vous avez chassé de son * siège à cause de son attachement au Pape légitime. Allez vous » réconcilier avec lui. Donnez -lui le baiser de paix ; r<j ,ablissez » l'union dans vos Etats , et soumettez-vous avec toute l'Eglise » catholique au souverain Pontife Innocent II. » Le duc obéit : les évêques catholiques furent réintégrés dans leurs Eglises et la paix fcftmiclue à l'Aciuitaine. Gérard, évêque d'Àngoulême, dont ^ambitktci avait provoqué le schisme , mourut subitement à la même époque. Les derniers restes de la division périrent avec lui, et il n'y eut plus en France une seule province où l'on ne suivît l'obédience d'Innocent II.
1S. iwsâs la vie de saint Bernard, les succès appellent des succès nouveaux. L'heureuse issue de son intervention près de Guillaume d'Aquitaine , engageait le Pape à le mander en Italie pour employer son influence irrésistible à l'égard de Roger , duc de Sicile. Saint Bernard passa donc une troisième lois les Alpes , en 1136 , Tannée même de la mort de Louis-le-Gros en France , et de Eenri II en Angleterre. L'empereur d'Allemagne venait , de son côté , de se rendre en Italie , avec une armée , décidé à agir avec la tiernib/e rigueur et à éteindre enfin le schisme dans le sang de ses auteurs. Mais la présence de saint Bernard changea le cours de ces projets ; et la situation se dénoua par un triomphe pacifique, semblable à ceux dont la vie de l'abbé de Clairvaux était déjà pleine. L'homme de Dieu vint, avec deux cardinaux, trouver le duc de Sicile à Salerne. Le célèbre cardinal Pierre de Pise , qui tenait le parti de l'antipape , fut chargé par le roi de répondre aux arguments de saint Bernard dans une confère.. «$ publique. C'était un beau spectacle de voir aux prises , l'un avec l'autre ? le cardinal le plus savant de son époque dans la jurisprudence civile et canonique , et le saint moine dont l'éloquence et la conviction entraînaient les multitudes et dominaient l'Europe w Pierre de Pise parla le premier en faveur d' Anaclet. « Je » sais, lui répondit saint Bernard, quels sont votre talent et votre » érudition ; et pîût à Dieu que vous eussiez une meilleure cause » à défendre ! il n'y aurait point d'éloquence qui pût vous ré- » sister. Pour nous, pauvre moine, habitant des forêts, plus 9 habitué à cultiver la terre qu'à prononcer des harangues, nous