‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 125 sur 332 · EUGÈNE III · texte numérisé non relu

EUGÈNE III

Jeune flottait entre ces deux autorités également imposantes, lorsque l'évêque de Gabale vint fixer ses ^résolutions. « Le » royaume de Jérusalem, dit-il, a été fondé j>ir les Francs, il » ne peut être sauvé que par eux. La nouvelle croisade fut résolue. Saint Bernard la prêcha, au milieu d'une foule immense, dans la cour plénicre de Véselai, le jour de Pâques (1146), avec tant de véhémence, qu'un enthousiasme religieux saisit tous les assistants. « Lacroix! la croix! » s'écriait on de toutes parts On en avait préparé une quantité considérable qui fût bientôt épuisée. Pour y suppléer, saint Bernard fut obligé de mettre ses vêtements en pèices (1). Louis VII prit le premier la croix, et après lui la reine Eléonore, sa femme ; Robert, comte de Dreux , son frère, les comtes de Toulouse, de Champagne, de Soissons, de Nevers, et une infinité de seigneurs. Entre les prélats, on nomme Geoffroy de Langres, Simon de Noyon, Arnould de Lisieux. On voulait élire saint Bernard pour chef de cet immense armement : mais la chaleur et le succès de son éloquence ne lui avaient rien communiqué de l'enthousiasme de Pierre l'Ermite. Le saint abbé de Qairvaux conjura le Pape de ne pas lur imposer un rôle qui n'était pas le sien. « Qui suis-je, écrit-il à » Eugène III , pour figurer en général d'armée , ranger des » troupes en bataille et marcher à leur tête? En supposant » même que, par extraordinaire, j'en aurais la force et la capa- » cité, qu'y a-t-il de plus éloigné de ma profession?» La France, levée comme un seul homme, pour répondre à sa parole, ne suffisait point au zèle de saint Bernard. Il alla prêcher la croisade 3n Allemagne. La langue de ce pays lui était étrangère; il fut obligé de se faire accompagner d'un interprète qui reproduisait ïes discours. Cependant sa présence, sa renommée et surtout ses îiiracles, produisirent partout des effets prodigieux. A Spire , en - présence du roi Conrad et de toute sa cour, où se trouvait un envoyé de l'empereur de Constantinople ; à Fribourg, à Bâle, à Schaffouse, à Constance, à Cologne, à Aix-la-Chapelle, à Maes-

(1) Pour conserver la mémoire de cette journée, Pons, abbé de Véj&ai, fonaa, «ir la colline jù les chevaliers et les barons s'étaient assemblés, une église qu'il dédia soin 1 titre de Sainte-Croix. La tribune, du haut de laquelle saint Bernard ivaii prêché la croisade, y resta longtemps exposée à la vénération des fidèles.

tricht e* dans la plupart des villages qui se rencontrèrent sur la route, des guérisons merveilleuses signalaient le passage de l'homme de Dieu. Ces miracles étr" nt avérés, constants, de notoriété publique , ils avaient lieu en présence Tle milliers de témoins ; et leur vérité historique est tellement prouvée, que les protestants eux-mêmes n'ont pas essayé de les révoquer en doute. C'était comme une effusion de la grâce divine qui se faisait sur le monde par son intermédiaire. A Spire, le roi Conrad avait interrompu saint Bernard, au milieu d'une de ses entraînantes prédications, et demandé la croix en versant un torrent de larmes. Ses deux frères, Henri, duc de Souabe, et Othon, évêque de Frisingen, qui a écrit l'histoire de cette époque, son neveu Frédéric et une multitude de princes et de seigneurs, témoignèrent le même empressement. Le duc de Bohême/ le marquis de Styrie, le comte de Carinthie, se croisèrent peu de temps après. En quelques mois le roi de Germanie se vit à la tête de 200,000 hommes qui ne demandaient qu'à combattre En rendant compte de sa mission au souverain Pontife, saint Bernard lui disait : « Vous avez commandé, et j'ai obéi; votre autorité a » rendu mon obéissance féconde ; les villes et les châteaux de- » viennent déserts : partout on voit des orphelins et des veuves » dont les pères et les époux sont vivants. » Pour prévenir les désordres qui avaient accompagné l'expédition de Pierre l'Ermite et combattre le fanatisme cruel du moine allemand Rodolphe, qui, en prêchant la croisade à Cologne, à Mayenee et dans les autres cités des provinces du Rhin, excitait lbo populations à massacrer les juifs, comme les plus grands ennemis de l'Evangile, l'abbé de Clair vaux insistait, dans ses discours, sur l'oblication, pour tous les croisés, de respecter la vie des juifs, a Us » sont, disait-il, comme des figures et des lettres vivantes, qui » nous rappellent les mystères de notre religion. D'ailleurs, ils » demeurent en paix au milieu de nous. Si nous faisons la

* guerre aux infidèles, c'est pour repousser la force par la force.

* Des. guerriers chrétiens ne doivent jamais frapper un ennemi » désarmé. »

31. Les croisés Allemands se divisèrent en trois grands corps. Le premier s'embarqua sur deux cents navires an g] ai s et fia-

234 eugî-ne m (1145-1153).

mands, et fit voile pour le Portugal, où Lisbonne était encore au pouvoir des Maures. La ville fut prise, après un siège de quatre mois, et remise, avec le reste du royaume, entre les mains d'Alphonse Henriqu^fe (1147). Après ce succès et l'expédition terminée, le? croisés revinrent dans leur patrie. T*e second corps tourna ses armes contre les Slaves païens, qui, depuis deux siècles, ravageaient la Saxe et le Danemarck. Après avoir porte la terreur et le ravage dans les terres de ces barbares, une paix fut conclue à des conditions honorables : mais les Slaves violèrent le traité aussitôt après le départ des croisés. Le troisième corps enfin devait se rendre en Orient, et prendre part à la croisade proprement dite. De concert avec Louis-le-Jeune, Conrad débattit la question de l'itinéraire à suivre. Roger, roi de Sicile, que ses longues guerres contre l'empire de Constantinople avaient familiarisé avec la perfidie des Grecs, insista près des deux rois pour qu'ils prissent la route de mer; il s'offrit de mettre à leur disposition un nombre de vaisseaux suffisant au transport de leurs troupes. Ce conseil était celui de la sagesse et de l'expérience ; il ne fut point écouté , et l'on n'eut que trop sujet de s'en repentir. Il fut résolu qu'on suivrait la route de Pierre l'Ermite, et qu'on passerait par Constantinople. Conrad partit le premier en se dirigeant vers l'Orient par la Hongrie. Louis-le-Jeune le suivit de près ; il laissait à la France, avec le titre de régent, son habile ministre Suger, qui prévoyait des malheurs et qui exprimait hautement le regret de n'avoir pu les prévenir (1147). Les forces réunies des deux rois s'élevaient à près de 400,000 coranattants. Si une flotte sicilienne, comme le voulait Roger, ei>* débarqué au port de Joppé ce prodigieux armement, le royaume de Jérusalem était sauvé ; la Palestine, la Syrie, et peut-être l'Asie tout entière échappaient aux fils du Prophète pour passer au pouvoir des soldats de Jésiis-Christ. Les armées allemande et française, en traversant Constantinople, purent se convaincre de la faute immense qu'elles avaient com mise. L'empereur Manuel (1), fourbe comme tous les Comnène,

(1) Manuel avait succédé, en 1139, au fils d'Alexis Comnène, auquel ses nobles vertus méritèrent un surnom qui contrastait avec sa petite taille, son teint ba*

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