‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 126 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

accueillit Conrad et Louis-le-Jeune avec des protestations de dévouement et d'admiration tellement hypocrites, que Geoffroy, évêque de Langres, indigné, s'écria : ce Prince, ne parlez pas si » souvent de la gloire, de la majesté, de la sagesse et de la /eli- » gioi) du roi ; il se connaît, et nous le connaissons : dites » promptement et sans détour ce que vous voulez. Manuel prétendait exiger des croisés le serment que toutes les viller d'Asie, prises sur les Turcs, seraient remises immédiatement parles croisés, à l'empire de Constantinople. Dant la discussion qui s'éleva sur cette proposition au conseil des chefs Latins, l'évêque de Langres prononça ces éloquentes paroles : a V us » l'entendez vous-mêmes. Les Grecs vous demandent de recon » na. we leur empire et de vous soumettre à leurs lois Ainsi » donc, la faiblesse doit commander à la force, la lâcheté à la » bravoure! Qu'a donc fait cette nation, qu'ont fait ses ancêtres » pour montrer autant d'orgueil ? Je ne vous parlerai point des » embûches qu'ils ont multipliées sur notre route. Nous avons » vu les prêtres de Byzance, mêlant la raillerie à l'outrage, pu- » rifier par le feu les autels où nos prêtres avaient offert le > saint sacrifice. Ils exigent aujourd'hui de dous des serments j que l'honneur désavoue. N'est-il pas temps de mettre fin à » toutes leurs trahisons, à toutes leurs injures? Jusqu'ici, les » croisés ont eu plus à souffrir de leurs perfides amis, que de d leurs ennemis déclarés. Depuis trop longtemps Constantinople » est une barrière importune entre nous et nos frères de Palestine. » Nous devons enfin nous ouvrir le libre chemin de l'Asie. Les a> Grecs n'ont su défendre ni le sépulcre de Jésus-Christ, ni » aucune des villes chrétiennes de l'Orient. Constantinople, n'en

une et l'irrégularité des traits de son visage. On l'appela Kalo-Joannes, Jean~ U-beau On cite de lui un bel exemple de modestie et de piété. Au retour d'une expédition victorieuse contre les infidèles, Constantinople lui décerna les honneurs du triomphe. L'empereur trouva aux portes de la ville un char brillant tfor et de pierreries qui lui était destiné. Il refusa d'y monter, et y fit placer une statue de la sainte Vierge, pour remercier la reine du Ciel de la protection qu'elle irait accordée à ses armes. Lui-même, une croix à la main, marchai* av*c re* cueillement à la tê»e du cortège. Manuel Comnène, son fils, hérita de son trônet mais non de «es vprtus.

236 eugène m (1145-1153).

» doutez pas, sera bientôt elle-même la proie» le* Turcs et des » Barbares, et, par sa lâcheté, elle leur ouvrira un jour les portes * de l'Occident. La nécessité, la patrie, la religion, vous oi Jon- » nen* de faire ce que je vous propose. Dieu lui-même nous » appelle dans la ville de Constantin ; il nous en ouvre les portes » comme il ouvrait à nos pères celles d'Edesse, d'Antioche et de » Jérusalem.» Si la voix de l'évêque de Langres eût été écoutée, le succès de la seconde croisade était assuré. En effet, pendant que Manuel visitait en ami le camp des croisés, et qu'il entourait d'honneurs, d'adulations, le roi de France et Eléonore d'Aquitaine; pendant qu'il donnait à nos chevaliers le spectacle des jeux de l'hippodrome et de brillants tournois qui leur retraçaient l'image vivante de la patrie, il osait vendre aux croisés de la farine mêlée de chaux , entretenait des liaisons suivies avec le sultan d'Iconium, et mettait les Turcs au courant de tous les projets de l'armée latine. Au milieu de ses protestations d'amour pour les croisés, Manuel aurait voulu les voir disparaître par je ne sais quel coup violent de la fortune. Du jour où ils eurent passé le Bosphore, que nos chroniqueurs appellent le canal de Saint-Georges, la ïoyauté byzantine les environna en quelque sorAe d'invisibles ennemi** : tantôt c'étaient des guides qui avaient reçu la coupable mission d'égarer les armées de la Croix ; tantôt des espions qui se détachaient, pendant les longues marches, à travers les gorges profondes et les défilés des montagnes, pour donner aux Musulmans le signal de l'attaque. L'histoire est là pour dire que ce ne fut point le sort des armes , mais la trahison grecque qui enfanta les malheurs de la seconde croisade. « Je ne » prononcerai pas le nom de cet homme, dit un chroniqueur en » parlant de Manuel, car ce nom n'est point écrit dans le livre » de vie !

32. La haine des Grecs devait se traduire, pos? les croisés, par des désastres irréparables. En quittant Constantinople, Coirad s'avança dans les plaines de l'Anatolie, conduit par des guides que Manuel lui avait donnés. Ces traîtres engagèrent l'armée au milieu de montagnes désertes, et l'abandonnèrent, sans provisions, à la fureur des Turcs. Averti par Manuel , le sultan ^Iconium réunit une armée formidable. A la tête de ces troupes.

Page 1