‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 133 sur 332 · CHANTRE VIL · texte numérisé non relu

CHANTRE VIL

mais leurs expéditions passagères laissaient peu de traces. Le& nationalités italiennes reprenaient ensuite leur œuvre, un instant interrompue par des lances ennemies, et travaillaient à se constituer dans l'indépendance. Il s'était donc formé en Lomhardie., sous la suzeraine^ plus nominale que réelle d'un empereur éventuel d'Allemagne, presque toujours absent, une foule êe républiques, peu importantes par l'étendue du territoire, mais d'une ambition plus grande que leurs limites, qui se gouvernaient par Jeurs propres lois, choisissaient kurs chefs, faisaient la guerre ou la paix, sans prendre l'assentiment des empereurs. Milan était la plus puissante de toutes. Frédéric Barberousse, en montant sur le trône impérial, y portait l'idée du rétablissement de la monarchie universelle. Son rêve fut de ressusciter, en sa personne, la grandeur déchue des Césars romains. « Que le Pape, disait-il, confirme, dans son autorité, » la légitimité de toutes mes entreprises; et le monde entier » deviendra un seul empire dont il sera le chef spirituel, et moi » le chef temporel. » Un tel dessein ne pouvait s'accomplir, dans ce qu'il avait de réalisable, que par un génie aussi juste que grand, aussi vertueux que puissant. Or, Frédéric Barberousse ne connut jamais d'autre justice ni d'autre loi que son ambition, d'autre vertu que celle des armes. Tl eût fallu, pour l'exécuter, un nouveau Gharlemagne : Frédéric Barberousse ne fut trop souvent qu'un Attila. D'ailleurs cette chimère d'un empire universel , qui a perdu des héros plus grands que Frédéric , ne serait, au fond, que le renversement de tous les droits, l'anéantissement de toutes les nationalités, la destruction de toi t sentiment patriotique, au profit d'un seul peuple et d'un seu\ nomme. Le résultat vaudrait-il les flots de sang qu'il aurait fait répandre ! 4. Quoi qu'il en soit, Frédéric Barberousse désirait commencer l'exécution de ses vastes desseins, en ramenant sous son obéissance l'Italie, qu'il regardait comme le patrimoine de l'empire, et qui, dans sa décadence, en était encore la plus riche portion. Plein de ses espérances démesurées, il passe les Alpes, au mois d'octobre 1154, à la tête d'une armée formidable. Milan, Pavie, Crémone, Lodi, ouvrent leurs portes aux vainqueurs. Tortone ose résister : Frédéric la livre aux flammes et fait pro-

250 adrïen iv (1154-1159),

mener ia charrue sur ses débris fumants. Préoédé de la terreuf qui s'attachait a son nom, il arrive sous les murs de Rome. « Il » avait hâte de mettre sur sa tête la couronne de l'empire romain » e^r <u monde entier. » Ce sont les paroles significatives du chr^ftiqueur évêque, Othon de Frisingen, son oncle. Les espérances des révolutionnaires se ranimèrent à son approche. Leurs députés vinrent le trouver à Sutri. « Nous vous avons fait, lui » dirent-ils , notre citoyen et notre prince , d'étranger que voua, » étiez. De votre côté, promettez -nous de délivrer Rome diî » joug pontifical , de confirmer nos anciennes coutumes , et de » rendre à la Vflle éternelle son antique splendeur en réta- » blissant le sénat et Tordre des chevaliers. — Quoi donc! ré- » pondit Frédéric irrité, Rome est-elle donc aujourd'hui la Rome » de César et d'Auguste? Non, vous ne m'avez fait ni citoyen b ni prince. Charlemagne et Othon vous ont conquis par les » armes. Ce n'est pas aux sjjets à faire la loi à leur souverain. » Adrien IV était venu, de son côté, trouver le prince allemand dans son camp de Sutri. Pour rassurer le souverain Pontife sur ses intentions ultérieures, il lui avait promis, par ses députés, une fidélité inviolable. Cependant, dès la première entrevue, un simple incident faillit rompre la bonne intelligence. Frédéric refusa de se soumettre au cérémonial usité en pareil cas, et ne voulut point tenir l'étrier au Pape pendant qu'il descendait de cheval (1). Adrien IV, à son tour, n'admit point Frédéric au

(1 ) Si l'on regardait comme une puérilité la fermeté d'Adrien IV à maintenir an droit de ses prédécesseurs, on ne connaîtrait pas la nature humaine qui procède toujours, dans la voie de l'indépendance, par lei détails en apparence les plus légers. L'hommage que Frédéric refusait ne s'adressait point à la personne du Pape, pauvre Anglais élevé, comme il le disait lui-même, de la bassesse de son origine à la royauté de l'Eglise. Il s'adressait à la dignité pontificale elle-même, au vicaire de saint Pierre, au représentant de Jésus-Christ. En honorant l'autorité, dans sa plus haute expression, les princes, les rois, les empereurs s'honoraient eux-mêmes et donnaient à leur propre pouvoir un caractère plus sacré aux feux des peuples. Les empereurs, depuis Charlemagne jusqu'à Charles-Quint, !e comprirent, et rendirent à la Papauté ce témoignage de vénération. Nous savons, par de cruelbs expériences, ce qu'il en a coûté à l'Europe tout entière pour avoir oublié que l'autorité, qui ne se rattache pas à un principe divin, n'est jlus une autorité pour personne.

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